Hoch’lag pète, les bourgeois se grattent la tête

Volume 10, Numéro 1, 01 décembre 2016

Hoch’lag pète, les bourgeois se grattent la tête

C’est à s’en arracher les cheveux. Ça fait juste depuis les années 80 qu’on revendique du logement social.

Ça prend des manifs, des pétitions, des démonstrations publiques, des gallons et des gallons de peintures, des graffs, des articles, d’autres graffs, une vitrine, deux vitrines… Puis, on regarde autour et rien n’a changé. En fait, ça empire chaque jour: plus ils sont riches, plus on est pauvres. C’est soit on abandonne ou on se choque pour vrai. Alors, de jolis objets continuent de voler en éclats, puisqu’apparemment c’est la seule manière de se faire entendre. Ensuite, comme ils n’écoutent toujours pas, le saccage continue, avec d’autant plus d’allégresse. Dans le fond on a bien compris depuis longtemps: les gens avec du cash qui veulent gérer nos existences, ils n’en ont rien à battre de la misère dehors. Tant que la petite caisse continue de se remplir, tout roule. Ça donne un petit goût de violence, oui – celle qu’on nous enfonce dans la gorge tous les jours.

Pendant ce temps-là, ça continue de se faire foutre dehors de chez soi, de voir le prix de l’épicerie augmenter, de s’empiler dans des apparts minuscules, de recevoir les factures d’hydro comme des coups de masse dans la figure, d’avoir frette en hiver à la banque alimentaire, de traîner son sac sous la neige de divan en divan. De se geler les cuisses nues dans la grêle dehors, en attendant son client, les lèvres mauves. Ça va dans son école moisie le matin avec le ventre creux. Ça fait la file pour son chèque le 1er du mois – pis ça se fait dire que cette fois-ci c’est plus 630$, mais 399$.

Jusqu’à ce que, oups! Attention! Il y a du monde qui commence à être assez furieux pour aller attaquer la marchandise!! Ouuuh, là ça commence à chauffer, par contre. Là on attire l’attention. La gentrification ça commence à déranger, quand c’est rendu à scraper la prochaine bébelle à 1000$ à mettre dans son salon pour faire cute, pis le petit pyjama-bébé écolo-bio-propre-design-local-vert à 50$. Là, on se pose des questions! Et ça se lamente. “Mais qu’est-ce qu’ils veulent à la fin, on peut plus faire de business et profiter des bonnes choses de la vie en paix, calvaire? Ça coûte cher les fenêtres! Ça coûte cher les assurances! Merde, mais vous allez quand même pas commencer à attaquer… l’économie??”

Les commerçant.es sont très dévasté.es et ne comprennent pas, alors les journaux se lancent sur les premiers anarchistes à blâmer. Vite! Imprimer des articles débiles. Surtout, il faut donner aux mon’oncles la joie de s’exclamer “C’est la faute aux hosties de carrés rouges!!”, en commentaire sous un article du Journal de Montréal. Bref, tout le monde se gratte la tête et s’agite. Dans le comble de la confusion, on s’arrange quand même pour courir faire imprimer des t-shirts design, qui disent qu’à Hochelaga on est solidaires, qu’on aime ça les hot-dogs pis promener ses chiens, pis en passant le t-shirt ça va faire 30$. Surtout, oubliez pas votre certificat-cadeau chez votre commerçant.e vandalisé.e du coin!

De son bord, la mairie fait sa part et investit la généreuse somme de 100 000$ pour… une recherche sur l’embourgeoisement, toi! Non, non, surtout pas pour du logement social! Mais quand même, on pourra pas dire qu’ils nous aurons jamais rien donné. Il s’agit, voyez-vous, de nous prendre au sérieux. C’est pour ça qu’ils vont donner plein d’argent à des gens très spécialisés, pour nous revenir avec un joli rapport, qui nous dira peut-être qu’effectivement, ça l’air que les logements sont rendus trop chers pour les pauvres à Hochelaga. D’ici là bien sur, on sera toutes et tous rendu.es dans le prochain quartier-banlieue de pauvres et ils auront gagné leur tant-attendue mixité sociale – c’est à dire la mixité blanche-friquée-confortable-branchée-bon-chic-bon-genre. La mixité de demain! Pas celle avec les punaises de lit, les dreadlocks, pis les pitbulls. Non, ça c’est laitte pis ça traîne dans les parcs, ça fait pas propre.

Vous savez quoi, messieurs-dames respectables? Vous, là, avec le portefeuille et les beaux vêtements. Vous les ministres, les député.es, les bien nanti.es. Mettez-vous les où je pense, vos centaines de milliers de dollars, vos recherches pis vos t-shirts. Vous ne voulez pas de nous, eh bien parfait. Nous, on en veux pas plus de vos escroqueries, de vos mensonges et de votre faux lustre “authentique et créatif”. Tant qu’il n’y aura pas de redistribution et de dignité pour toutes et chacuns, ça va continuer de donner envie à des gens d’attaquer vos piaules, vos restaurants et vos petites boutiques fancy. C’est vraiment plate que ça vous prenne de court et que ça gâche vos plans, mais c’est que dehors y’a du monde qui en ont par dessus le cul de vos chigneries, qui veulent un logement abordable et du pain sur leur table. Depuis trop longtemps. On ne sait plus comment vous le dire. Continuez d’avoir l’air mêlé et de faire mine de ne pas comprendre ce qu’on revendique, de vous effondrer devant la violence en conférence de presse, de vous questionner gravement devant la foule grandissante de précaires et d’enragé.es.

Pendant ce temps-là, la bouilloire continue de siffler… et elle n’a pas fini de vous casser les oreilles. Écoutez comme ça siffle, dans les journaux, dans les rues. Les gens en ont marre de se faire voler leur argent par des partis corrompus qui cachent le magot au Panama, de se fendre en quatre pour un salaire de misère, englouti.es dans les dettes, de payer toujours plus pour des logements trop petits et mal chauffés. De payer 3$ pour un poivron vert – encore, c’est moins cher qu’un café chez Arhoma!… La colle ne tiendra plus très longtemps. Et quand enfin ça flanchera pour vrai, vous verrez peut-être l’envers de votre confort et de votre hypocrisie – c’est le chaos social.

Sources:

http://journalmetro.com/local/hochelaga-maisonneuve/actualites/1051480/pres-de-100-000-pour-la-recherche-sur-lembourgeoisement/
http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/faits-divers/201611/29/01-5046364-hochelaga-le-saccage-de-commerces-revendique-sur-un-site-anarchiste.php
http://www.frapru.qc.ca/a-propos/historique/
https://www.facebook.com/jappuiemescommercantscontrelevandalisme/videos/1872977276322072/

17 commentaires sur “Hoch’lag pète, les bourgeois se grattent la tête”

  1. Marc-André Girouard dit :

    Mmmmh. C’est bien manichéen et naïf tout ça. Et on peut savoir qui a écrit l’article? Curieux de voir quel quartier l’auteur-e gentrifiera quand il-elle aura fini ses études.

  2. Nestafari dit :

    Salut, tu sais il y a des pays entiers dans le monde où les gens sont pauvres..ben ils vont pas casser le commerce du coin en espérant que ça va changer les choses.

    Allez, les petits étudiants, les petits BS qui s lèvent à 11h puis s enfumwnt la tête avec des conneries en se demandant comment on va s occuper samedi soir..

    Un jour, j espère, vous verrez ce que c est la misère. Et vous verrez, les gens dans ces pays, ils vous demandent rien et ils sourient plus que vous.

    Bisous

    1. Amanda dit :

      Quelle honte a tout mettre les « ptis bs  » dans un sac a merde.et les familles pré disposées a la précarité ? Ceux qui arrivent au quebec d’urgence , tombent malades et n’ont pas acces a aucune aide ni bs ni rien parce qu’ils sonts parenees? Les jeunes et moins jeunes atteint du cancer, qui se font  » prêter  » de l’aide sociale et doivent débourser tout a partir de la derniere chimio ? Quelle hônte de vous lire, je n’aimerais pas etre votre voisine. Faut PRENDRE soin de notre entourrage, noël , la belle phete bourgoise de bourboun et de consomation, je vous mets au defi, essayer donc d’aider les petits enfants de b.s qui se sont reveillee a 11 am parce qu’ils avaient des chausettes troué et on gelé lestomac vide pour s’endormir sur un canapé trouvé au bords du chemin.

  3. LL dit :

    Je comprends toute la revendication qui sous-tend les actions des derniers jours.

    Mais la question, est-ce la bonne cible?!? Oui, ces commerces vendent aux mieux nantis, mais si tu veux rester en vie commercialement, avec les loyers, les assurances, les taux d’imposition, il faut ce qu’il faut, non?!? Doit-on punir ces propriétaires qui tentent d’améliorer leur sort, de faire leur part auprès du quartier (j’entendais la coiffeuse visée qui affirme faire une coupe gratuite pour une femme du quartier dans le besoin)?!?

    Ces proprios de petits commerces sont les citoyens tout juste au dessus des pauvres, que la pauvreté guette à tout moment. Ceux que l’augmentation des loyers, des services, la garderie ou de l’épicerie touche directement chaque semaine. Dont les enfants iront dans ces mêmes écoles moisies.

    Chaque fois que de telles actions se produisent, j’ai toujours les mêmes interrogations. Que doit-on faire afin que la situation des plus pauvres s’améliorent?!? Comme citoyenne juste au dessus de la pauvreté, qui a un certain confort au prix d’un budget serré, que puis-je faire?!? Je crois que la solution se trouve dans la mobilisation d’un plus grand nombre…

    Voilà!

  4. jo dit :

    Je me suis toujours demandé si les proxénètes, pimps et autres tenanciers de crack house n’étaient pas derrière ces dégradations et ne voudraient pas créer des no go zones. Avoir de nouveaux habitants autour de sa business signifie bien des obstacles et exigences en plus, e^tre plus discret par exemple, aller chercher plus loin la clientèle, le bobo décrié n’est pas trop crack…

    La base de l’anarchie, c’est « ni dieu ni maitre », c’est-à-dire une action politique contre les religions et le pouvoir de l’État, pourquoi alors viser d’autres citoyens et des organismes communautaires (le chic resto pop a été graffé alors qu’il travaille sur la sécurité alimentaire du quartier)?

    Est-ce vraiment des anars ou de simples innocents qui ont soif de violence ou encore les clients gelés des « gens d’affaires » cités plus haut?

  5. Gab dit :

    criss de bon texte 100% d’accord

  6. Frédéric Germain dit :

    C’est moi ou l’auteur de l’article n’ose même pas signer?!?… À la hauteur des vandales sans couilles qui commettent ces actes…

  7. Annie dit :

    AILLE L’anarchiste qui est contre « les riches » pis les « bobos » pis les « bourgeois ». Tu pense que les commerçants comprennent pas qu’il y a un problème de pauvreté? Eh bin je vais te péter ta petite bulle de marde dans laquelle tu aime tu rouler à t’en faire un point d’honneur à pas trop travailler pour être certain de ne pas te faire asservir. Les commerçants ne sont pas riches. C’est pas parce qu’ils vendent des chandails écolos à 50$ plutôt que d’en importer de Chine à 5$, faits par des enfants de 8 ans qui ont des conditions de vie plus misérables que la tienne que ça fait d’eux des bourgeois, ils ont juste décidé, eux, de travailler 60h/semaines (et parfois plus) et faire travailler d’autres gens et toi, sous prétexte que tu trouve ça cher tu te dis qu’ils sont forcémment riches et qu’ils sont directement la cause de tes problèmes. Bullshit. Il n’y a pas d’un bord les riches et les pauvres de l’autre. Il y a beaucoup de classes moyennes et basse et j’en fais partie. Les loyers sugments partout, même à pointe au tremble, même affaire pour la bouffe. N’allez pas croire que les tomates augmentent à cause des meuble fancy.

    Que tu veuille te choquer pis briser des beaux objets c’est compréhensible mais si la finalité est decte faire entendre et que les choses changent, tu t’y prend mal. C’est pour ça que les BOBOS, comme tu te plais à les appeler, se gratte la tête d’incompréhension. Ils se demandent pourquoi tu ne vas pas plutôt chialer au maire de l’arrondissement, pourquoi tu n’essaie pas de partir un projet de coop (oui c’est long, oui c’est beaucoup de travail et d’énergie mais tu comprendrais peut-être un peu mieux pourquoi ces propriétaires de boutique se grattent la tête face à ton vandalisme).

    C’est drôle mais le Tim Horton est épargné. Oui c’est plus cher que chez Arhoma mais cette bannière est maintenant américaine 😉

    Tout le monde comprends bien la problématique du quartier, mais des actions comme vous faites encouragent la sympathie dnvers les commerçants au détriment des organismes qui en on encore plus besoin. Vous nuisez à la discussion et à l’avancement. Les propriétaires visés chialent que les assurances vont monter et ils ont raison. Comment pensez-vous qu’ils vont pallier leur manque à gagner?? En haussant les prix dont salut champion.

    Au lieu de passer 10 minutes à tout saccager et poser des actes criminels qui vous nuiront, ainsi qu’à passe votre vie à haïr les RICHES, prenez donc ce précieux temps pour poser des action concrêtes parce que là, vous ne jouez pas intelligemment, vous avez juste l’air d’une bande d’ados attardéx « rebels whitout a cause.

  8. Sam dit :

    On va se jaser entre adultes. Je m’appelle Sam, salut, et j’suis Travailleur social. J’ai travaillé à la Mission Old Brewery pendant 3 ans, un organisme oeuvrant auprès des sans domicile fixe à Montréal, avec plusieurs programmes de réinsertion sociale. Effectivement, la situation concernant les logements sociaux est déplorable. Y’a un grand manque à ce niveau là. Toutefois, plusieurs projets commencent à se mettre en place, comme le Projet Logement Montréal nouveau de l’année passée. Mais tsé, pour avoir moi-même recherché sur le sujet de la mise en place de ces services là, on se rend rapidement compte que ce sont des démarches longues et exhaustives.

    Plusieurs tables de concertation et plusieurs comités sont déjà mit en place pour faire les démarches légales et civiles nécessaires. Peu de gens le mentionne. J’vous invite quand même à vous renseigner, notamment en regardant les projets proposés par Valérie Plante, qui se présente à la chefferie de Projet Montréal.

    Qu’est-ce qui met des bâtons dans les roues de ces gens là? Les abrutis qui cassent toute pour avoir ce qu’ils veulent. Bin oui, toi. Pasque casser les choses des autres, ça fait peur. Et la population aime pas ça la peur. Personne veut voter pour des idéaux véhiculés par des gens qui sont rentrer chez eux pour briser leurs choses. De cibler Martin Lafrance, Eric Duchesne, etc, des personnes comme vous et moi qui ont dû faire un emprunt bancaire, de s’endetter, pour commencer leur tout petit commerce, c’est surtout pas la bonne idée non plus. Même mes itinérants, qui vivent dans des conditions bien pires que les vôtres, font pas des actes imbéciles comme ça.

    Écoute, j’comprend que c’est une situation frustrante, que ça amène de la colère chez certain. Mais qu’est-ce que font les adultes dans ce temps là? Ils prennent les choses en main de façon responsable. Le vandalisme, le terrorisme, c’est une affaire de jeunes enfants irresponsables. Quand j’étais dans les manifestations du printemps 2012, que je me gelais le cul dehors pour faire passer un message, il ne suffisait que d’un incident de vandalisme pour rendre TOUTE notre message non légitime.

    Alors, si tu veux que les choses changent, laisse les intervenants, les travailleurs sociaux, les acteurs communautaires et les coordonateurs d’OBNL faire leur job. Si t’as l’intention de sortir faire du criss dehors, RESTE CHEZ VOUS. Si tu veux vraiment faire un changement concret, va t’impliquer dans ta communauté, va voter, reste au courant des projets qui se mettent en place.

    Pi si tu trouves que c’est lent, sois patient. Dis-toi que les mouvements sociaux sont longs, pi que les changements d’envergure sociétale ont prit des dizaines d’années à se mettre en place.

    Merci bin.

  9. Renard frak dit :

    bravo !

  10. em dit :

    L’angle apporté dans cet article est exprimé de manière profondément incohérente et manque incroyablement de substance. C’est difficile à croire que cet article est publié dans une journal universitaire. Les gens possédant de petits commerces sont loin d’être riches et prospères; ce sont des gens qui essaient de survivre en créant leurs emplois afin de détenir une indépendance financière malgré les nombreuses difficultés et l’instabilité que cela engendre. Plutôt que d’écrire des articles haineux, pourquoi ne pas essayer de changer sa propre situation et d’améliorer celle de son entourage par des initiatives/ intervention? C’est tellement facile de critiquer mais de ne rien faire.

    1. Jos dit :

      Je veux plutot dire a Lopposition, qu’il a tout a fait raison et qu’il pose les bonnes questions…

      Leur anonymat et leurs actions sans revendications formelles et sans but ou presque…m’irritent….c’est quoi leur message?

      Ok, s’attaquer a la banque nationale sur Ontario ou au Tim Horton..j’approuve pas mais je comprend mieux! Merde, c’est le 1% des plus riches a qui il faut s’attaquer….En ce moment, ils rient car les un peu moins pauvres sont attaqués par les un peu plus pauvres et ils se battent entre eux, pendant que les supers riches se foutent de nous tous…

  11. Lopposition dit :

    Ben bravo!

    Continue de pèter les vitrines de gens qui gagnent moins que 12 $ / Heure et qui sont imposés à 35 %!

    C’est pas les vitrines d’Hydro Québec ou des ministres ou de Lotto Québec qu’il faut beurrer, mais bien celles proches de chez vous, parce qu’après on peut vite courir chez soi pour se cacher.
    Faudrait surtout pas qu’on te voit la face d’un coup que t’aie une vraie opinion à partager en société!

    Pas de pitié pour tes voisins qui vivent dans les mêmes appartements que toi, mais qui osent les laver une fois de temps en temps pour prendre soin de ses biens pour qu’ils durent plus longtemps!
    Oh non, je veux pas m’habiller en pouilleux, ça doit faire de moi quelqu’un qui gagne 100 000$ par année et qui te vole ton argent!

    Parce que tu fais quoi, toi de ta vie à part chialer??
    ça te tente pas de répandre le bonheur autour de toi pis partir des initiatives d’échanges, de faire une commune pis de partager au lieu de crisser le bordel chez du monde qui n’ont RIEN à voir avec ton combat?

    Réveille chose, c’est le 1% qui faut attaquer, pas monsieur-madame tout-le-monde.

    1. Cecili dit :

      Eille t’es constructif en estik toi. Rassure-toi : on te reconnaît le droit de nettoyer ton appart et de t’habiller comme tu veux, même de répandre le bonheur! T’inquiète pas man, pas d’intention de menace de ce côté-là, je vais te dire un secret : le cheval de bataille de la lutte contre la gentrification, imagine-toi donc que c’est autre chose que les effets que ça a indirectement sur toi!

      Même, ne t’en déplaise : c’est constructif : une «vraie opinion»!
      Ça te tente tu un tout petit peu de l’écouter pis d’y répondre, si t’es pour t’exprimer sur le sujet?
      On fait un exercice ok? Promis, je te blaste mais je t’ai écouté-e un ptit peu.

      La gentrification là, tsé? Le phénomène de transformation planifiée d’un quartier qui implique une inaccessibilité croissante des logements, des mesures de nettoyage social et une transformation du visage commercial du quartier en image de marque adressée à une classe?

      T’en penses quoi, mon beau, ma belle pit? Y as-tu réfléchi, ou t’as occupé 95% de ton temps à chercher des arguments contre le pétage de vitrine? Du temps que t’aurais juste occupé à autre chose, s’il n’y avait pas eu les vitrines?

      N’empêche, tu y as assez réfléchi pour trouver que c’est plus la faute au 1% ; eille on est d’accord là-dessus! Mais encore? Parce qu’on peut en parler ben en masse, toi pis moi, de la lutte contre le 1%. Pis tsé, je voudrais surtout pas que tu penses que je trouve pas ça nice que tu travailles, dans ta vie, peut-être, vers plus de vert, plus d’échelle locale, plus de redistribution.
      Sauf que, bel-le ami-e, dans ta vie tu ne te gênes pas non plus pour me piler sur la tête… avec ton mépris facile, tes privilèges de personne productive dans le néolibéralisme qui peut se permettre de penser que je ne contribue pas à la société, ta nonchalance quand je te dis que je perds mes conditions de vie dignes qui me permettent de m’organiser.

      Tsé, c’est pas contre toi, c’est pas nécessairement non plus contre ce que tu fais. Mais demande-moi pas, quand je fais tout pour me sortir la tête de l’eau pis pour pouvoir lutter pour un monde qui a du sens, de faire autant attention à ta sensibilité, à tes conditions de vie, que si c’était réciproque. Que si je ne devais pas sans cesse me méfier de toi. C’est toi qui te calisses tellement de moi, au départ, que ça ne devient plus possible. C’est pas un manque d’analyse politico-économique, c’est pas qu’on confonds dramatiquement ton pouvoir avec celui de Coca Cola. C’est juste parce que t’es un vraiment moins bon allié que tu penses.

      Mettons qu’on va un peu plus loin, mettons qu’on est capable de se rendre là, toi pis moi, mettons qu’on se dit : eille, on est d’accord là-dessus, c’est grave ces phénomènes-là. Jpeux tu te demander un autre tout petit effort de réflexion? ok, un gros, mais j’aimerais ben ça que tu le fasses.

      Ça serait de te rendre compte que quand tu réponds qu’on devrait inclure plus de logements sociaux au plan de développement de Homa… ou que tu te dis que c’est une bonne affaire que «les pauvres» soient exposés à une culture de consommation bio-locale-indépendante, pis que le point à travailler est plutôt qu’ils y aient accès…

      Ben tu fais reposer l’action, la réflexion, l’«agency» politique, la connaissance du bon et du mieux, entre les mains de réseaux bien précis. Que, sous des aspirations purement vertueuses (du bio pour tous!), tu oublies de déconstruire un mépris bien réel du «mauvais goût» des pauvres, et t’as de la misère à respecter les gens tout de suite et maintenant, pas juste dans une lunette pédagogique, dans leur capacité à changer. Que tu poses un mode de vie bien intégré et jouissant du néolibéralisme comme idéal à atteindre, et qu’on a peut-être besoin, pour respirer, de rêves qui prennent un peu plus l’époque à bras-le-corps?

      Peux-tu te rendre compte, aussi, que ce sont des objectifs qui demandent beaucoup de travail, beaucoup de lutte, que tu ne vas pas les réaliser tout-e seul-e, que chacun-e travaille à sa manière dans ce sens? Peux-tu admettre juste un peu humblement que, même si tu as des méthodes favorites et que d’autres te paraissent poser des problèmes sérieux, t’as pas de solution miracle à la gentrification (peut-être que t’en as même pas le début d’une, peut-être que tu ne comprends même pas c’est quoi, finement, parce que t’écoutes pas ce que les gens nomment)? Pis que s’il n’y avait eu aucune vitrine de pétée, on ne vivrait pas forcément aujourd’hui dans un quartier plus juste et harmonieux pour tous? Que c’est pas toi qui en subis le plus directement les conséquences?

      À partir de là, la conversation sur les oeufs cassés qu’on pourrait p-ê ne pas casser… toi qui te sens oppressé-e dans la rue par ton style vestimentaire, la question de comment effectivement rendre le bio accessible, la question de l’ambiance de bonheur et de partage entre voisins, la question de respecter les gens dans ce à quoi ils se dédient de beau… Ça sera ben l’fun d’en discuter. Quand tu seras prêt-e à lâcher ton mépris dégueulasse pis à écouter, toi aussi.

      Ojalà.

  12. Niloc dit :

    Correction: tu peux même pas les commenter, les articles de LaPresse! Merci d’avoir écrit ça, je vais le partager à mon entourage qui comprend pas toujours pourquoi ça se passe, justement parce que LaPresse et cie. s’organisent pour pas qu’on comprenne. Alors cet article là est plus que le bienvenu dans le n’importe quoi médiatique qui utilise des mots comme  »vandalisme ».

    1. FP dit :

      Merci! Corrigé 🙂

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