Réfléchir à Printemps 2015, une joke d’anarchiste et une blague de loup mort à la fois

Volume 10, Numéro 1, 10 mars 2016

Réfléchir à Printemps 2015, une joke d’anarchiste et une blague de loup mort à la fois

Un an après le Printemps 2015 (P15), le mouvement fait encore l’objet de textes réflexifs, de virulents débats ou de critiques intempestives à l’intérieur de la gauche étudiante montréalaise. Les objectifs et finalités de P15 ne semblent absolument pas faire consensus, alors que les un.es encensent son organisation décentralisée dans une forme de romantisme intellectuel et que les autres accusent le mouvement de spontanéisme et proclament son échec sur toutes les tribunes.

Il faut au moins remonter à la grève de 2005 pour comprendre ces tensions et les rapports de forces entre les différentes tendances au sein de la gauche étudiante qui gravite autour de l’ASSÉ. La récupération de la grève de 2005 par la FEUQ, suivie des échecs des grèves de 2007 et de 2008, ont amené l’ASSÉ à planifier de longue haleine la grève de 2012. L’objectif principal était d’accroître le rapport de force de l’ASSÉ vis-à-vis de la FEUQ et de la FECQ pour éviter que les scénarios des années précédentes se répètent. Pour ce faire, l’ASSÉ a cherché à gagner en légitimité en redorant son image publique, notamment par une stratégie médiatique qui a transformé de façon permanente ses structures et le rôle qu’elle joue dans la société civile.

C’est dans ce contexte qu’une certaine frange politique à tendance réformiste et syndicaliste est arrivée à orienter le développement de la grève, par le contrôle des structures de la CLASSE et par l’influence qu’elle a réussi à donner à la CLASSE sur le mouvement étudiant. Cette tendance politique a alors réussi à se constituer en pouvoir politique qui a su garder une certaine emprise sur la gauche étudiante montréalaise durant un bon moment. Les façons de faire des réfo-syndicalistes au sein de l’ASSÉ ont été largement critiquées durant leur règne, de la part de militant.es et de groupes provenant de différentes tendances politiques. Leurs inclinaisons partisanes et leur peur du dépassement par la base ont fini par avoir raison de l’ASSÉ, dont les structures organisationnelles ont été tranquillement délaissées par sa frange plus radicale et anti-autoritaire. Ce phénomène culmine avec le mouvement Printemps 2015, organisé en dehors des structures associatives habituelles et sur une base beaucoup plus décentralisée.

En résumé, depuis 2012, un courant politique se revendiquant de principes anarchistes a grugé de plus en plus de pouvoir symbolique au sein de la gauche montréalaise étudiante, les réfo-syndicalistes se sont retrouvés de plus en plus marginalisés et ont du se retrancher dans leurs affaires de réfo. Plutôt que de nourrir un débat qui aurait pu densifier les réflexions sur l’organisation du mouvement – ou de reconnaître que 82409 étudiant.es en grève sans les ressources de l’ASSÉ c’est peut-être le signe qu’il se passe de quoi qui les dépasse – les réfo-syndicalistes ont entrepris de dépolitiser et de ridiculiser toute initiative émanant de ce courant. À coup de blagues de loups morts et de commentaires méprisants, illes envahissent les médias sociaux et continuent d’utiliser tous les prétextes qui se présentent pour basher tout ce qui se rapproche de près où de loin de P15. Leur acharnement et leur complaisance démontre le pathétique de leur situation: en se donnant des coups de coude avec contentement tout ce qu’illes arrivent à faire c’est de nier leur propre incapacité politique actuelle à faire quoi que ce soit d’intéressant.

Au lieu de voir dans le désinvestissement de leurs structures d’organisation et le désintérêt envers leurs différentes initiatives une conséquence de leur propre stratégie, illes dépolitisent la situation en l’interprétant comme un manque de cohérence politique associé à une crise d’adolescence. Ce qui leur semble être du spontanéisme est plutôt le résultat concret d’une tendance lourde qui se trame depuis plusieurs années, pendant lesquelles l’attitude paternaliste qu’illes ont adoptée et l’opacité de leurs structures ont fait fuir ceux et celles que les relations hiérarchiques répugnent.

L’objectif ici n’est pas d’évacuer toute critique de P15. Ce mouvement à évolué à tâtons en cherchant à élaborer de nouvelles stratégies organisationnelles: une critique en profondeur et un retour sur ses bons et mauvais coups sont, au contraire, plus que nécessaires. Mais l’acharnement aigri et belliqueux de la clique has-been de l’ASSÉ n’est pas une critique. En se jetant sur chaque occasion qui se présente de démontrer que P15 est une lubie de 2-3 têtes brûlées, illes créent une guerre de tranchées qui n’a rien de constructif. On est pour ou contre P15, sans nuance, parce que chaque mouvement d’autocritique est utilisé par ses détracteurs pour prouver son échec.

C’est facile en criss de ridiculiser un manque d’articulation politique cohérente quand t’as gardé mainmise sur le pouvoir durant des années en te gardant bien de démocratiser l’élaboration stratégique des luttes. Facile en câlisse aussi de regarder avec mépris des initiatives politiques qui tentent de dépasser tes stratégies sclérosées quand t’es loin, grassement installé.e dans ton bureau de conseiller politique, de professionnel.le des nouveaux médias de gauche, de permanent.e syndical.e ou de prof de cégep – arraché à coups de pistonnage et de copinage sur le dos des mobilisations collectives et du mythe de 2012.

Derrière les blagues de loups qui se répètent, c’est un rire jaune et amère qu’on entend. Le bateau est passé et illes l’ont raté pour de bon. Illes s’en rendent peut-être pas encore compte, mais tout ce qui les attend c’est une vie de syndicaliste ou de politicien.ne bedonnant.e, pis des histoires qui ne se renouvellent pas du temps où illes étaient à l’ASSÉ pis qu’illes ont failli accomplir quelque chose.

 

Un commentaire sur “Réfléchir à Printemps 2015, une joke d’anarchiste et une blague de loup mort à la fois”

  1. Alexis Richard dit :

    Je ne sais pas si les reproches énoncés dans cet article sont fondés, mais, paradoxalement, je vois bien que ce texte les mérites.

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