Politique de légume : Quand une revue universitaire censure ses lecteurs et lectrices

Volume 10, Numéro 1, 08 mars 2016

Politique de légume : Quand une revue universitaire censure ses lecteurs et lectrices

Lapsus, Main Blanche et Union Libre, revues et journaux de l'UQAM

Le 3 mars dernier L’Artichaut publie l’éditorial intitulé Très cher bobo : À propos de ta grandiose personne pour réagir à la récente vague d’actions directes dénonçant la gentrification d’Hochelaga-Maisonneuve. S’ensuit, sur la page Facebook du magazine, une mini-polémique à propos du contenu de l’article. Rapidement, certain.e.s utilisateurs et utilisatrices voient leur contre-argumentaire effacé; leur protestation face à cette censure, censurée; et finalement, leur droit de commenter sur la page, bloqué. La présente ne cherche pas à discuter du contenu dudit article, mais bien à dénoncer le manque flagrant d’éthique dont a fait preuve la personne en charge du compte Facebook de L’Artichaut lors de cet incident.

Fondé en 2002 et chapeauté depuis par l’AFÉA, L’Artichaut a, selon leur site web, « pour mission de développer un point de vue original sur les arts et la culture montréalaise à partir du foyer uqamien, dans l’intérêt du renouvellement de la critique et la promotion de projets étudiants ou émergents ». Or, comment renouveler la critique lorsqu’on la censure ? D’autant plus, certain.e.s des censuré.e.s se trouvent à être des collaborateurs et collaboratrices de L’Artichaut : est-ce ainsi qu’on développe « l’originalité », en se donnant le droit de censurer une partie du foyer auquel on doit son existence (et ce, pour de simples divergences d’opinions) ? De ce que nous avons vu, les commentaires dissidents étaient rédigés de manière respectueuse et articulée, cherchant ainsi à ouvrir au dialogue. N’ayant pas eu le réflexe de printscreener le phénomène, il est maintenant impossible d’accéder aux dits commentaires. Cependant, un exemple de cas a été relaté sur le profil personnel d’un.e des censuré.e.s. Nous vous donnons ici une capture d’écran des commentaires de ce statut, le premier étant un copié-collé du message supprimé.

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En tant que revues et journal universitaires, nous ne pouvons que condamner cette attitude et déplorer l’abus de pouvoir qui a eu lieu ici. Les entités que nous sommes n’appartiennent à personne, sinon aux membres des différentes associations qui nourrissent, motivent et légitiment le travail dont nous sommes responsables. En ce sens, les espaces de publication que nous sommes doivent servir d’enclaves au florilège des discours et des dissensus, offrir un espace où les voix et les réflexions peuvent s’entrechoquer pour mieux se former. Surtout, lorsqu’on traite de sujets qui sont d’emblée controversés. Le politique n’est pas une affaire proprette qu’on investit dans le seul but de se construire un capital social à travers les likes et les shares. Évacuer la multiplicité des réactions au nom d’une supposée « salubrité publique » fait preuve d’une hypocrisie dangereusement néfaste (qui fait d’ailleurs penser à celle que prétend dénoncer l’éditorial à la base de tout ça).

Ironie du sort, le lendemain, L’Artichaut partageait sur son mur un article de France Culture en titrant : « Censure, internement : corps politique ». Nous avons alors tenté de souligner l’incohérence entre la posture politique soutenue ici et la manière dont le magazine avait géré les réponses à son éditorial – c’était la première fois que nous commentions sur la page facebook de la revue. La réponse : message supprimé ; utilisateur bloqué. Cette fois, nous avions pensé à faire une capture d’écran.

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​Et, donc, nous réitérons notre invitation. Artichaut, il est temps d’abandonner cette attitude méprisante et déplacée digne des tactiques d’information institutionnelles de Bob Proulx. S’excuser de cette conduite néfaste ne devrait pas être un problème. Le dialogue est possible.

LAPSUS, revue littéraire de l’UQAM
MAIN BLANCHE, revue littéraire de l’UQAM
UNION LIBRE, journal indépendant des étudiantes et étudiants en science politique et droit de l’UQAM

Lien vers l’éditorial de L’Artichaut : http://artichautmag.com/tres-cher-bobo-homa-action-directe/

P.S. Entre le moment de rédaction de ce texte et le moment de sa publication, nous avons reçu anonymement un courriel contenant plusieurs screenshots de commentaires qui sont actuellement censurés. Visiblement, la personne qui nous a fait parvenir ce courriel doit travailler dans L’Artichaut, puisqu’on peut y lire qui utilisait le compte et, donc, qui a procédé à cette censure dans l’exercice de ses fonctions. Les commentaires en gris pâle étant ceux qui sont effacés par L’Artichaut. Nous avons décidé d’anonymiser le responsable dans l’espoir que la situation se règle à l’interne. Nous verrons bien quels seront les gestes à poser si, après cela, rien ne bouge.

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