Poursuite à l’AFESPED: mettre fin à la culture du secret

Volume 10, Numéro 1, 11 avril 2017

Poursuite à l’AFESPED: mettre fin à la culture du secret

Des étudiant.es de l'AFESPED

Que se passe-t-il à l’AFESPED? Des exécutants.es imposent un omertà depuis maintenant plusieurs mois sur les tenants et aboutissants d’une poursuite visant l’association étudiante. Un texte paru dans Union Libre, le 4 avril dernier, révélait que l’exécutif a fait le choix de ne pas divulguer l’avancement des procédures judiciaires. Interrogée le soir même lors de l’assemblée générale annuelle d’élections, la coordinatrice générale de l’AFESPED soutient avoir été conseillée en ce sens par l’avocate mandatée pour traiter du dossier. Malgré les demandes d’éclaircissement de certains.es membres, l’exécutif entend les garder dans l’ignorance, prétextant agir dans l’intérêt de l’association. Le manque d’enthousiasme des étudiants.es face à l’implication associative et le manque d’expérience de ceux et celles qui prennent des responsabilités, dans un contexte d’anomie généralisée, explique peut-être la situation actuelle, sans toutefois la justifier.

Le dénouement de cette poursuite pourrait être lourd de conséquences. En cas de défaite, l’AFESPED a beaucoup à perdre d’un point de vue financier, mais aussi politique. La création d’un tel précédent pourrait empêcher littéralement la tenue de grèves au sein de l’association et dans l’ensemble du mouvement étudiant. Ultimement cet enjeu concerne donc tous les étudiant.es au Québec et non seulement les membres de l’AFESPED. Il faut faire preuve de naïveté ou d’insouciance pour croire que le considérations entourant cette affaire doivent échapper à une réelle délibération collective et puissent demeurer confidentielles.

Un réel enjeu politique ou des manoeuvres électorales?

L’assemblée générale de l’AFESPED le 4 avril dernier avait pour objet central l’élection d’un nouveau comité exécutif. D’ailleurs, il n’est peut-être pas fortuit que le texte visant à dénoncer la gestion opaque de la poursuite judiciaire par l’exécutif en place ait été publié dans Union Libre le jour même.

Deux candidatures avaient été déposées pour le poste de coordination générale, dont la réélection d’une exécutante. Si l’on avait voulu utiliser le manque de transparence de l’exécutif pour discréditer une candidature, le procédé n’aurait pu mieux réussir. Mais n’est-ce pas plutôt malhonnête de se servir d’un véritable problème au sein de l’AFESPED à des fins électorales? Qui plus est, personne n’a au cours de l’assemblée manifesté de volonté visible d’adresser le problème et d’en faire un enjeu politique, laissant croire qu’il s’agissait plutôt d’un procédé pour gagner une élection.

Enfin, mentionnons que presque tout de suite après l’élection d’un exécutif entièrement masculin, une demande de constatation de quorum a mis fin à l’assemblée, au moment où l’on allait procéder à l’élection d’un poste pour lequel une membre se présentait. Il ne suffisait pas, semble-t-il, de manigancer pour s’approprier le contrôle de l’exécutif, encore fallait-il instrumentaliser la procédure de constatation du quorum. Ces démarches sont honteuses et ne laissent pas présager mieux pour l’exécutif de l’AFESPED. Au-delà des guerres de clocher, il demeure important de reprendre le débat public sur le recours en justice et d’agir en conséquence. Certaines questions doivent donc être posées.

Qui doit prendre les décisions?

Une association étudiante n’est pas une entreprise privée, ni un syndicat traditionnel, où la prise de décision verticale remet ultimement entre les mains des dirigeants.es les orientations de l’organisation. En se soustrayant à leurs obligations envers les membres, les exécutants.es de l’AFESPED se souviennent-ils encore des notions de démocratie directe, de redevabilité et de délégation, pourtant centrales à nos organisations? Il est important dans les circonstances de questionner le principe en fonction duquel la volonté individuelle d’une poignée d’exécutants-es peut se substituer aux mandats d’assemblée générale.

Appelé à expliquer son mutisme, l’exécutif de l’AFESPED invoque des raisons d’ordre juridique afin de se dérober à sa responsabilité de rendre des comptes aux membres de l’association. La démarche judiciaire impliquerait ainsi des engagements de confidentialité, l’irrévocabilité de l’avis des expert.es avocat.es ou des considérations stratégiques secrètes. L’obligation à laquelle sont tenu.es les exécutant.es, c’est à dire de faire preuve de transparence et d’être redevables aux membres en tout temps, semble alors avoir été ignorée. Il est aussi plutôt étonnant qu’en assemblée générale, le sujet n’ait pas été traité plus longuement; serait-ce parce que l’exécutif, en insistant sur le caractère impératif des prérogatives juridiques, ait voulu mettre fin au débat?

L’autorité du droit contre le politique

L’autorité du droit n’a pas à se substituer aux caractère politique de nos décisions collectives. Depuis 2012, l’AFESPED et une partie importante du mouvement étudiant ont défendu la souveraineté des assemblées générales face à des attaques répétées contre nos droits politiques. Nous avons ainsi cherché à protéger la légitimité des processus démocratiques, notamment face au droit en tant qu’instrument servant à limiter notre autonomie et en tant que langage expert nous dépossédant de notre habileté à nous exprimer.

Parce qu’elle a été et demeure aujourd’hui encore visée par cette forme de répression, l’AFESPED condamne la judiciarisation du politique. C’est sa capacité à faire grève et celle de tout le mouvement étudiant qui est menacée. Cette lutte pour le droit de grève ne saurait se mener en huis clos, en limitant la délibération et l’action politique au nom de considérations juridiques.

Il faut donc que l’exécutif de l’AFESPED mette un terme à la culture du secret, informe ses membres et prenne mandat au sujet des principales orientations à donner aux démarches de l’association par rapport à cette poursuite. L’AFESPED ne devrait pas se défendre seule sur un enjeu qui affectera l’ensemble des associations étudiantes et de leurs organisations nationales. Il semble également nécessaire de mettre sur pied des initiatives permettant de mobiliser l’ensemble du mouvement étudiant sur cette question, en planifiant notamment une campagne, des actions concertées et une collectivisation de ressources. Le temps est malheureusement compté, mais nous ne pouvons nous permettre de perdre.

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