Un rapport de force en danger

En quoi la situation des modules de la Faculté de science politique et droit devrait intéresser et inquiéter l’ensemble des étudiants-es de l’UQAM.

Volume 10, Numéro 1, 07 octobre 2015

Un rapport de force en danger

Le printemps dernier, alors que plusieurs associations étudiantes de notre université étaient en grève générale reconductible, l’Association facultaire de science politique et droit, l’AFESPED, perdait un référendum de représentativité en vertu de la Politique 32 de l’UQAM. Ce faisant, l’AFESPED n’étant plus reconnue comme représentative de ses membres, elle ne peut plus agir comme représentante de ceux et celles-ci auprès des instances, des services et de l’administration de notre université. La perte de l’AFESPED change les dynamiques au sein de l’UQAM et ce, non seulement pour les étudiants-es de cette faculté, mais pour l’ensemble des étudiants-es de l’UQAM. Les changements et problèmes les plus criants, jusqu’à maintenant, se situent aux niveau de la concertation entre les associations étudiantes et de la représentation sur les instances.  Il est pourtant étonnant de constater le peu de réactions que cela provoque et le peu d’intérêt que cela semble susciter chez les associations des autres facultés.

Retour sur un discours trompeur

Tout d’abord, il faut souligner le rôle joué par l’administration de l’UQAM dans ce dossier. Bien que cette demande de référendum, consistant à contester la représentativité d’une association, soit prévue par la voie d’une pétition signée par les étudiants-es concercés-es – quoique dans une bien maigre proportion – dans la politique encadrant le droit d’association à l’UQAM, il n’est pas anodin de remarquer que cela survient au moment même où l’administration affirme vouloir changer la culture de militantisme et de contestation au sein de notre université. Nous ne pouvons non plus passer sous silence le lien de temporalité, sinon de causalité, entre ce référendum et le spectre d’une grève générale illimitée.

En effet, les Services à la vie étudiante (SVE) ainsi que le Secrétariat des instances ont largement dépassé leur devoir d’informer sur la politique et les recours possibles pour contester la représentativité d’une association étudiante. Ils sont intervenus dans le débat en diffusant des renseignements qui ne relevaient pas de leur recours et qui, de surplus, s’avèrent erronés. L’une de ces affirmations était que l’absence d’association facultaire ne changerait rien à la représentation des étudiants-es sur les instances de l’UQAM, ni sur la possibilité de bénéficier d’une couverture d’assurance collective. Affirmation maintenue encore aujourd’hui. Ce faisant, une porte à un discours trompeur a été ouverte laissant ainsi croire que l’absence d’association facultaire ne change rien, si ce n’est que sur les votes de grève. Ce discours de la direction n’est pas aléatoire, il s’attaque aux principaux arguments qu’on invoqués les associations facultaires (l’AFESH, Association facultaire des étudiants-es en sciences humaines, a aussi été soumise à un référendum de reconnaissance la session dernière) lors de la campagne entourant le référendum.  

Les structures de l’UQAM sont basées sur la facultarisation, en ce sens, les différents programmes sont divisés en sept facultés et la représentation sur les instances décisionnelles de l’université suit ce découpage. Autant au Comité à la vie étudiante (CVE) qu’à la Commission des études (CÉ), les étudiants-es bénéficient de sept sièges, un par faculté. Le mode de fonctionnement dont se sont dotées les associations étudiantes fait en sorte que les personnes comblant ces sièges sont élues par les membres de leur association respective et agissent donc en tant que représentantes de ceux et celles-ci.

Qu’arrive-t-il lorsque les étudiants-es d’une faculté n’ont plus d’association facultaire leur permettant d’élire les personnes qui les représenteront sur les instances de l’UQAM? Il suffit de regarder la situation dans laquelle se trouve les associations modulaires de science politique et de droit pour constater que rien ne va. Deux problème se posent : de quelle façon parvenir à consulter l’ensemble des étudiants-es de la faculté? Et, comment assurer une représentativité et une redevabilité des personnes élues?

État de la situation : une concertation difficile

Bien qu’il soit possible de revoir les modes de communication et d’organisation inter-associative, il faut prendre un compte la situation actuelle. Depuis que l’AFESPED ne peut remplir le rôle de représenter les étudiants-es de la Faculté de science politique et droit auprès des autres associations facultaires, il revient aux cinq associations modulaires de le faire. Il faut donc que les modules parviennent d’abord à se doter d’un mode de fonctionnement pour se concerter entre eux suite à leurs assemblés générales respectives, pour ensuite dialoguer avec les autres facultés.

Or, jusqu’à présent, aucun processus n’a été mise en place pour permettre aux modulaires de se concerter avec les autres facultés. Si la situation s’avère difficile dans une faculté comprenant cinq associations modulaires, nous sommes en droit de nous demander ce qui arriverait dans les cas des autres facultés, comprenant dix ou quinze modules.  Sans parler du fait qu’en l’absence d’une association facultaire, les modules héritent de plusieurs dossiers et responsabilités, comme c’est notamment le cas des assurances collectives. Ces nouvelles responsabilités entraîne l’obligation pour les modules de prendre des décisions communes et de pouvoir adéquatement travailler ensemble.

La communication entre les différentes associations étudiants-es est nécessaire pour que celles-ci puissent entretenir un rapport de force avec l’administration et agir dans la vie politique et social de l’université. L’exemple des dynamiques sur les instances décisionnelles de l’UQAM le montre bien. En effet, sur ces instances les représentants-es étudiants-es doivent composer avec un nombre minoritaire et des dynamiques de pouvoir et d’intimidation fréquentes. C’est en travaillant ensemble, en s’entraidant et en faisant, le plus souvent possible, front commun, que les étudiants-es parviennent à intervenir dans les décisions de l’administration. Cette force nécessite une concertation minutieuse entre les représentants-es, mais aussi une bonne compréhension et un respect des différents mandats de chacun-e. Cette concertation, jusqu’à maintenant, passe par le biais des associations facultaires.

Ce faisant, il est pratiquement assuré que la situation en science politique et en droit va résulter en un affaiblissement de la partie étudiante sur les instances. Que les sièges soient comblés ou laissés vacants n’y changent pratiquement rien, puisque les personnes nommées, sans instance légitime pour le faire, ne pourrons pas assurer une redevabilité aux étudiants-es qu’elles sont pourtant censées représenter. De plus, tout laisse croire qu’elles ne pourront adéquatement se concerter avec les autres représentants-es.

Ainsi, une réflexion s’impose : dans le cas où aucune association facultaire n’existe plus, ne serait-il pas mieux de laisser les places vacantes? D’une part, pour garder une cohérence de principe sur la redevabilité des personnes élues et la démocratie directe comme moyen d’action et, d’autre part, pour prévenir le risque, présent actuellement, que des personnes soient nommés-es sans mandat. D’autant plus qu’à l’heure actuelle, l’AFESPED n’est pas dissoute; elle demeure encore un organisme à but non lucratif. Elle a perdu sa reconnaissance, mais pourrait être reconnu de nouveau si les membres le désirent.  

Et, maintenant?

Il est intéressant de voir comment, depuis le début de la session, l’administration tire déjà avantage de cette désorganisation au sein des associations modulaires de la Faculté de science politique et droit, notamment dans la pression qu’elle applique sur ces dernières afin que soient nommés-es dans les plus bref délais des représentants-es selon des règles dictées. Règles dont le processus diffère par ailleurs entre le Comité à la vie étudiante et la Commission des études, comme si cette dernière instance nécessitait un contrôle accru de l’administration. Ou encore, en imposant des dates butoirs pour le partage des sièges étudiants aux sous-comités du Comité à la vie étudiante. Dans les deux cas, l’état d’urgence invoqué vise à précipiter des décisions, ce qui a pour résultat de diviser les associations. Par cette démarche (ou stratégie), l’administration de l’UQAM s’attaque aux principes démocratiques que nous nous sommes donnés et tente du même souffle de diminuer le rapport de force des étudiants-es au sein de l’université.

Il serait important que les associations étudiantes facultaires, ainsi que les modulaires,  dénoncent le discours faussé que tiennent les Services à la vie étudiante et le Secrétariat des instances, le rôle joué par ceux-ci dans le processus de non-reconnaissance, la pression qu’ils mettent sur les associations modulaires pour pallier à l’absence d’association facultaire et de diffuser de l’information sur la réelle situation causée par la perte de reconnaissance de l’AFESPED. Mais cela va plus loin. Dans le contexte actuel post-grève, grève particulièrement répressive, ce sont plusieurs associations étudiantes qui se trouvent face à une possible contestation de représentativité.

En constatant le silence des associations étudiantes, on peut se demander si cet immobilisme apparent démontre déjà les dégâts engendrés par cette situation critique. Il est donc plus que temps de se questionner sur ces enjeux et de revenir sur les fondements de base de nos associations étudiantes. L’administration de l’UQAM ne lésinera pas pour fragiliser nos structures, nos prises de position et notre légitimité politique.

Un commentaire sur “Un rapport de force en danger”

  1. Luc Chioine dit :

    Qui sont les auteurs de ce texte?

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