Carolle Simard renvoyée de la direction du département de science politique de l’UQAM

Volume 10, Numéro 1, 11 novembre 2017

Carolle Simard renvoyée de la direction du département de science politique de l’UQAM

Des étudiant.e.s

À l’issue d’un vote de confiance des professeur.e.s du département de science politique à l’UQAM réuni.e.s en assemblée départementale mercredi dernier, Carolle Simard (directrice du département) a dû rendre sa démission. Si le climat au sein du département semblait présager, depuis un moment déjà, de profondes insatisfactions quant à son mode de gestion, c’est le contournement d’une décision de l’assemblée départementale quant à l’attribution d’un poste de professeur.e en pensée politique qui aura eu raison de son poste de direction. Surprise, vendredi matin, Mme Simard change d’idée et annonce qu’elle entend finalement exercer son mandat de directrice jusqu’en mai 2019. La réaction des professeur.e.s du département est attendue quant à ce retournement de situation. Pourquoi s’accroche-t-elle au pouvoir?

Sabotage de l’attribution d’un poste de professeur.e en pensée politique

À chaque année, les départements de l’université font parvenir à la Commission des études leurs priorités d’attribution pour l’embauche de nouveaux professeur.e.s et un argumentaire expliquant leur importance. Ces priorités sont établies par chaque assemblée départementale de professeur.e.s à l’issue de discussions quant aux besoins des différentes disciplines et les orientations de développement.

L’assemblée départementale de science politique avait fixé, dans une décision sans équivoque, sa plus récente priorité sur l’embauche d’un.e professeur.e en pensée politique, rédigeant un texte à l’appui de cette demande. C’est toutefois d’abord un texte expliquant pourquoi il NE faudrait PAS embaucher ce professeur.e que Carolle Simard a fait parvenir à la Commission des études, s’opposant ainsi à la décision du département et sabotant du même coup une telle embauche. Le texte envoyé à la Commission des études peut être téléchargé ici.

Les professeur.e.s de science politique, réuni.e.s en assemblée le 1er juin 2016, avaient en effet mandaté la direction du département de faire parvenir une demande pour un poste en pensée politique (vote à 21 pour, 3 contre et 2 abstentions). La direction du département, s’opposant à ce poste, avait déposé en assemblée le 10 mai 2017 une proposition de retirer la demande. Cette proposition a été rejetée à forte majorité (vote à 3 pour, 16 contre, 0 abstentions). C’est donc avec surprise que les membres de la Commission des études ont accusé réception, le 7 novembre dernier, d’une demande de poste en pensée politique… accompagnée d’un texte expliquant pourquoi il ne faudrait pas procéder à une telle embauche.

Une lutte entre différents champs de discipline en science politique

Une liste de cinq priorités d’embauche au département de science politique avait été fixée, fin 2012, à la suite de tractations et de luttes intestines entre les différents champs de discipline en science politique. Les professeur.e.s en administration publique – dont Carolle Simard fait partie – avaient alors réussi à arracher deux postes en haute priorité, malgré l’opposition de la communauté étudiante. L’Association étudiante des cycles supérieurs de science politique de l’UQAM (AECSSP) avait alors pris position contre une priorisation d’embauches en administration publique plaidant, chiffres à l’appui, qu’il s’agissait du champ dans lequel se trouvait le moins d’étudiant.e.s inscrit.e.s (aucun.e étudiant.e n’était inscrit.e en administration publique au 2ème cycle à l’époque).

La pensée politique était alors demeurée en reste, avec un seul poste en 5ème position de la liste. L’assemblée départementale avait en effet rejeté une demande pour un poste en théorie et analyse du discours et avait retiré du libellé de poste pensée politique la mention d’une spécialisation en théories critiques.

Le contrôle des professeur.e.s en administration publique sur le département s’est confirmé depuis 2012. Le département a en effet réalisé plusieurs embauches dans ce domaine, alors que deux professeur.e.s en pensée politique ont pris leur retraite et que l’offre de cours dans ce champs est en net déclin. Cinq ans et quatre embauches plus tard dans les domaines de l’administration publique et des relations internationales, alors que le poste en pensée politique devait être le prochain sur la liste, certain.e.s professeur.e.s entendent tout faire pour s’assurer que cette embauche n’ait jamais lieu.

Carolle Simard, directrice du département

Carolle Simard a pris la direction du département de science politique en 2016, seule candidate au poste. Un article publié dans Union Libre avait alors décrié sa candidature et enjoint les professeur.e.s du département à ne pas procéder à son élection [NDLR: L’article a depuis été retiré du web à la suite de la réception d’une mise en demeure, expédiée par les soins de Mme Simard]. Des étudiant.e.s craignaient en effet qu’un mode de gestion autoritaire et un mépris vis à vis des étudiant.e.s et des décisions démocratiques ne caractérisent sa direction. Un article du Montréal Campus faisait état, quelques semaines plus tard, de la controverse entourant l’élection de Mme Simard. Cette dernière s’était par ailleurs illustrée au cours de la grève du printemps 2015 par ses prises de position réactionnaires dans les grands médias

Il semble que ce présage se soit révélé vrai. Alors que les directions de département doivent veiller au respect des décisions de leurs membres, Carolle Simard a démontré le peu de considération qu’elle a pour les choix collectifs en s’arrogeant le droit de contrevenir aux décisions de l’assemblée départementale des professeur.e.s. C’est pourquoi les professeur.e.s du département en sont venu.e.s aujourd’hui à retirer leur confiance en Carolle Simard. L’ennui, c’est que Mme Simard semble encore réfractaire à l’avènement d’une telle conclusion aux nombreux déboires qui ont illustrés son mandat de direction (qu’on pourrait qualifier de désastreux pour le département). 

Suite à l’assemblée départementale qui lui a retiré sa confiance et au cours de laquelle elle a déposé sa démission, Carolle Simard persiste et signe. En effet, nous apprenions vendredi qu’elle est revenue sur sa décision dans un courriel envoyé aux professeur.e.s du département, arguant qu’elle exercerait son mandat de direction jusqu’à son terme. Elle, qui avait pourtant vidé son bureau et retiré toute trace de son passage. Jusqu’à quand et au prix de quoi s’accrochera-t-elle encore au pouvoir?

Quoi qu’il en soit, nous lui souhaitons une bonne retraite!

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Photomontage/illustration de l’article: Carolle Simard prenait la parole sur les ondes de Radio-Canada le 9 avril 2015 afin de dénoncer les actes des étudiant.e.s en grève, selon elle « de plus en plus déviants » (source).

Liens

http://www.unionlibre.net/wp-content/uploads/2017/11/Poste-pensée-politique.pdf

http://www.unionlibre.net/wp-content/uploads/2017/11/Consultation-étudiante-sur-les-demandes-de-postes-de-professeur-es.pdf

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/715110/uqam-intervention-police-professeur-carolle-simard-partie-blame-certains-etudiants

https://www.facebook.com/radiocanada.info/videos/965615203483487/?hc_ref=ARR4sW9kB8gjZJQT6-DadIIO5fYbqBl1wOJOIiVRfAmbsg87aVFC5f0CP-MleXRTjH0

http://montrealcampus.ca/2016/02/retablir-un-dialogue-inexistant/

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