Une couple de (très) bonnes raisons d’appuyer la hausse des frais!

Photo : Alexa Tymocko

Marre ! J’en ai marre, je suis écoeuré, saturé, gonflé à bloc de toute cette propagande gauchiste, de ce totalitarisme socialiste qu’une clique d’étudiants motivés par je ne sais quel fantasme de pouvoir nous garoche en pleine face, au creux de l’oreille, sans arrêt ! Non, sérieusement, je suis certain que vous aussi vous n’êtes plus capables d’entendre ces jérémiades pour la justice sociale ou la gratuité… Ça n’existe pas!! Ça n’a jamais existé, et ça n’existera jamais ! Alors qu’on cesse de nous écoeurer, parce que voyez-vous, si ça n’existe pas, c’est parce que ça ne fonctionne pas. D’ailleurs, on ne peut – en toute franchise ! – que contempler la grandeur de cette décision courageuse du gouvernement. C’est à travers de telles mesures que l’on peut espérer bâtir un monde qui soit réellement meilleur !

Et malgré le fait que, je trouve, ça saute aux yeux, je vais quand même démontrer ici, point par point, pourquoi il faut se battre contre ces forces sociales qui errent loin, très loin, et pour ce changement salvateur qui vient réchapper les pauvres égarés qui luttent en pantalons troués et les cheveux en bataille.

1 – Orientons-nous d’abord vers ce que nous dit la théorie économique. C’est clair, simple, précis. Tout le monde s’entend à dire que, lorsque la demande d’un bien augmente, son prix augmente. Vrai ? Et voilà!! En termes plus généraux, on dit : l’augmentation de la demande est corrélée à une augmentation des prix. Dans notre cas, de plus en plus d’étudiants demandent une éducation de qualité; les prix montent. L’augmentation des frais correspond donc à une augmentation des étudiants ! Au lieu de se plaindre, on devrait se réjouir de cet heureux état de fait : l’éducation n’est pas en danger, elle se porte mieux que jamais!!!

2 – Mais un problème demeure. Avec les bas frais que nous connaissons encore, n’importe quel paresseux peut venir squatter illégitimement les locaux déjà débordants de notre université bien-aimée. Non seulement c’est un problème d’espace, mais on fournit à ces déméritants chômeurs une éducation bien précieuse qu’ils n’ont nullement mérité! C’est absurde, que dis-je, c’est honteux ! Il est plus que temps de remettre à l’endroit le bon vieux système de valeurs qui était cher à nos pères, celui basé sur le mérite et sur le pain gagné à la sueur de son front. Comment donc peut-on demander à notre Québec d’occuper une place enviable sur la scène internationale, si ses citoyens n’ont pas à faire le moindre effort pour accéder à la sphère des privilégiés ? Je vous le demande !

3 – Il est un impératif que nous ne pouvons ignorer : c’est celui de la mise à niveau du Québec par rapport au reste de l’Amérique du Nord. Ils sont riches et prospères; nous sommes pauvres et misérables. Mais pourquoi ? Peut-être que notre façon de faire les choses n’est pas bonne… PEUT-ÊTRE… La première chose à faire est de changer nos mentalités sur leur modèle, et la deuxième, gérer notre société comme ils le font ! Point à la ligne !

4 – Une caractéristique québécoise dont j’ai personnellement très honte lorsque le sujet surgit dans les conversations que j’ai avec les milieux d’affaires new-yorkais, est la propension décadente de l’étudiant moyen d’ici à préférer l’alcool aux travaux scolaires. Cette dégénérescence honteuse, je la porte tel un fardeau hideux, monstrueux, sur mon accent québécois ! Ce gaspillage éhonté de temps et d’argent doit être stoppé au plus vite ! C’est littéralement une maladie sociale, un cancer universitaire qui ronge l’avenir de notre élite politique et économique !

La hausse des frais vient, comme par magie, éradiquer la source du problème à la base : le surplus de capitaux entre les mains d’étudiants irresponsables.

5 – La hausse des frais de scolarité est aussi un moyen de libérer (enfin!) notre pauvre, pauvre, pitoyable classe moyenne, qui croule à elle seule sous le titanesque fardeau fiscal qu’on lui impose. C’est une fatalité malheureuse : les pauvres ne peuvent payer d’impôts, et guère de taxes; les riches et les entreprises bénéficient, comme il se doit, d’échappatoires fiscaux afin de préserver ces forces vives de la Croissance; reste donc la classe moyenne.

Son sort a beau être inévitable, il est possible de la soulager un peu. Chargeons-nous donc du financement de nos propres études, de notre propre avenir, et laissons la classe moyenne souffler un peu.

6 – C’est le marché du travail qui nous attend à l’obtention de notre diplôme. C’est le but exclusif en vue duquel nous sommes formés : être les travailleurs, les producteurs de richesse de demain. C’est un grand rôle et un grand honneur qui nous incombe. Pour bien accomplir ce devoir suprême entre tous, il nous faudra être bien préparé au marché du travail; ce monde hostile de concurrence féroce, dans lequel nous peinerons et nous réaliserons pleinement, si nous avons la force et la volonté de réussir.

Or, notre éducation devrait nous préparer à affronter les vicissitudes du monde réel. Qu’en est-il réellement ? On nous laisse croire que ça ira bien, qu’on aura de bons salaires aisément, on nous habitue à payer peu pour gagner beaucoup. Il me semble évident que ça ne tient pas debout ! Où le monde va-t-il??

L’éducation, c’est aussi apprendre à vivre en société : on devrait apprendre avant tout que la vie, c’est dur, et qu’on sera toute notre vie contraint de gérer de manière responsable les contraintes, les souffrances inévitables du monde. En ce sens, la hausse des frais pourrait faire partie d’un plan plus vaste qui obligerait la population étudiante à oublier ses illusions et à se conformer à la réalité. Le travail pour les études, les études pour le travail. Voilà un juste équilibre.

7 – Sur un tout autre ordre d’idées, ayons une pensée pour l’UQÀM. Elle est criblée de dettes. Des incapables l’ont ruinée. Mais nous en avons besoin ! Je suis prêt à parier que personne dans cette université n’est prêt à baisser les bras et à se retrouver à la rue, sans programme, sans salle de cours, sans école ! Il est temps de mettre la main à la pâte, d’aller chacun et chacune se trouver un nouvel, un deuxième, un troisième emploi pour ensuite rassembler ce capital et renflouer les caisses de l’UQÀM ! Quel beau projet pour notre génération : réparer les erreurs de dirigeants irresponsables, avec un bel esprit de sacrifice pour notre institution bien-aimée !

Faisons-le, mes amis, quitte à compromettre notre session et la poursuite de nos études : le risque en vaut la chandelle. C’est une question de justice et d’équité. On n’a pas le droit de laisser tomber notre université. C’est notre avenir qui est en jeu.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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