Dans la cour des grands

Vue d’artiste de la SSI (ESA)

Le 4 octobre 1957, le monde entier suivait avec intérêt les premiers pas de l’exploration spatiale. Les Soviétiques lançaient le bal avec le satellite Spoutnik 1. Cinquante ans plus tard, la conquête de l’espace suscite toujours la fascination. L’exploration spatiale est non seulement une formidable entreprise scientifique, mais elle se pose également en termes d’enjeux politiques.

Plusieurs observateurs croyaient que la fin de la confrontation Est-Ouest favoriserait une approche concertée de l’exploration spatiale. Cependant, il y a eu une multiplication des acteurs depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. Présentement, une trentaine de pays ont leur propre agence nationale en plus du secteur privé qui s’est récemment lancé dans le tourisme spatial. Dans les années 1990, le projet de Station spatiale internationale (SSI) entretenait de grands espoirs de coopération entre nations. Les participants partagent l’effort technique en plus de se répartir les coûts. Le scénario d’une collaboration plus serrée dans les années à venir allait bon train. Une dizaine d’années plus tard, force est de constater qu’une telle coopération resterait limitée aux projets les plus imposants, comme la SSI.

Il y a un nouvel engouement pour l’exploration spatiale et plusieurs indices laissent croire que cette relance doit se faire sur de nouvelles bases juridiques. Le traité de 1967 stipule que les activités non-gouvernementales doivent obtenir l’autorisation de leur État et être surveillées par celles-ci. L’arrivée en force du secteur privé rend malaisée sa surveillance dans un contexte de laisser-faire politique et économique. Aussi, la prolifération des acteurs (secteur privé, Chine, Brésil, etc.) augmente le risque qu’il y ait un détournement des technologies ou des objectifs à des fins politiques ou militaires. Une simple avance technologique ne permet plus aux grandes puissances d’affirmer un leadership et une capacité de mobilisation aussi forte que pendant la Guerre froide. Tous veulent être capables d’améliorer leur système de communication, de mettre leurs propres satellites en orbite et ce, sans passer par un intermédiaire. De façon générale, l’exploration spatiale est une entreprise où les nations se font concurrence. Dans le projet de la SSI, le désir de se répartir les coûts était cependant le plus fort.

D’autre part, les tentatives de militarisation de l’espace de la part de certains États exacerbent les tensions. La mise en place du bouclier antimissile américain remettrait en question le principe d’utilisation de l’espace à des fins non-militaires. Si les leaders de l’exploration spatiale s’entêtent à aller de l’avant dans cette entreprise, il sera difficile de convaincre les autres nations de respecter le traité de 1967. Dans celui-ci, les éléments interdisant la privatisation et la militarisation sont centraux. Le bouclier antimissile et l’arrivée massive du secteur privé remettent doublement en cause le traité. Ces deux éléments forcent à revoir les bases juridiques entourant l’exploration spatiale.

Dans toute cette aventure, il y aura toujours un risque de détournement des technologies à des fins militaires ou encore de privatisation des ressources stellaires. L’humanité est encore à l’aube de la conquête de l’espace et les décisions politiques prises aujourd’hui auront un impact durable sur la suite des choses. Cependant, un élément est bien mis en évidence : l’exploration spatiale va assez peu dans le sens d’une plus grande coopération. Par contre, le désir de se répartir les coûts est un argument de taille en faveur de la coopération.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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