La faute aux médias

Photo : Krystelle Larouche

De toutes les consultations publiques de la Commission Bouchard-Taylor, un propos semble récurrent à travers le Québec : les médias ont gonflé le débat sur les accommodements raisonnables. Pour éclairer le sujet, l’École des médias organisait le 27 septembre dernier, une table ronde avec plusieurs intervenants qui ont finalement prouvé que le rôle des médias est difficile à cerner.

L’intervention la plus surprenante demeurera celle de la journaliste de La Presse Rima Elkouri qui affirma que la sphère médiatique s’est transformée en véritable « industrie de désinformation  ». Selon elle, le scandale de la cabane à sucre a marqué le dérapage officiel des médias dans ce dossier. Le professeur et journaliste Antoine Char vint rationaliser ces dires en soutenant que différentes idées sont véhiculées dans l’univers de l’information et qu’il relève de la responsabilité du citoyen de les utiliser. Celui-ci ajoute même que « le public n’est pas devenu hystérique  » au contact des médias ; preuve inévitable que leur rôle n’est pas devenu si dramatique.

Selon Jean-Luc Mongrain, le débat sur les accommodements raisonnables n’est que le fruit d’un Québec mal assumé sorti de la révolution tranquille. La laïcité acquise en ces temps n’aurait pas encore été inculquée auprès de la population. Ainsi, le débat tournerait autour d’un problème d’incompréhension de la laïcité. Le coloré lecteur de nouvelle de TQS perçoit l’instauration de la Commission comme « une entourloupette politique  » afin de ne pas perdre la confiance du public.

Ayant moi-même assisté à une consultation publique, laissez-moi vous dire que les prises de parole sous-tendent un certain malaise social. Comment remettre en cause cette Commission alors qu’elle s’intéresse à une problématique bien présente au sein de la société ? Le rôle des médias, a priori, n’est-il pas de rapporter les faits ? Au fond, si les hommes politiques s’intéressent aux médias, c’est qu’ils forment le relayeur principal de l’opinion publique, non ?

Jeff Heinrich, journaliste à The Gazette, couvre quotidiennement les consultations publiques de la Commission d’étude à travers les régions du Québec. Contrairement à la croyance populaire, celui-ci remarque que très peu de variation s’immisce dans les interventions tenues entre Montréal et les régions. Antoine Char attribue ce phénomène à la convergence des médias. Lors d’une entrevue réalisée en avril dernier, la chef d’antenne de Radio-Canada à Trois-Rivières, Nancy Sabourin, pensait plutôt à « la montréalisation de l’information  ».

S’il est vrai que les médias sont allés parfois trop loin dans la couverture des accommodements raisonnables, ils ont néanmoins su se faire rapidement pointer du doigt. La faute n’est certainement pas celle des journalistes, restreints avec des contraintes de temps, de convergence, de sensationnalisme, etc. Une meilleure couverture résulterait peut-être de réformes importantes dans la gestion complète du système de l’information…

Cet a paru dans l'édition Octobre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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