Les intellos raisonnables?

Photo : Krystelle Larouche

Décidément, le débat sur les accommodements raisonnables, au sens populaire et non juridique du terme, n’a pas fini de faire couler de l’encre et d’assécher les langues. Dans le milieu universitaire, on se questionne déjà sur l’instauration de la Commission Bouchard-Taylor. Le 25 septembre dernier, une table ronde remettant en cause les perspectives paradoxales de l’instauration de la Commission Bouchard-Taylor était organisée par le Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (CRIEC) à l’UQÀM. Les invités ? Des experts en sociologie, en sciences religieuses et en éducation, bien entendu. Laissez-moi vous rapporter quelques propos intellectuels sur ce débat qui se veut populaire…

En bref, tous les intervenants s’entendaient pour revendiquer la prise en considération de l’aspect socio-historique du Québec dans ce dossier. Louis Rousseau, professeur au département des sciences religieuses, soutient que le peuple québécois est né d’un contexte multiculturel et qu’il devrait davantage se le remémorer; les origines mêmes des « Québécois de souche  » ne sont-elles pas partagées entre irlandaises, amérindiennes, françaises, etc.? Pour le sociologue Rachad Anthonius, le débat actuel fut mal enclenché puisqu’il s’articule autour d’une victimisation qu’il qualifie d’historique : « les Canadiens français ont toujours eu un sentiment d’envahissement.  » Si ce sentiment est si historique, pourquoi une telle crise n’est-elle pas apparue avant ?

Rousseau, prêchant pour sa paroisse, considère que de plus en plus, le mot « religion  » s’est ancré comme un « marqueur dans le vocabulaire de l’anxiété  ». Réduit maintenant à l’intime, « la religion a pourtant des portées d’humanisme, de valeurs universelles et d’orientations morales  », soutient ce dernier.

Chose certaine, la dualité Québec-Canada marque un facteur important des paradoxes apparents dans l’intégration des immigrants. La sociologue Micheline Labelle remarque qu’une différence flagrante sépare les modèles d’intégration de la province et du pays, ne conférant ainsi aucune assise sociologique aux nouveaux arrivants. Pierre Toussaint, issu du domaine de l’éducation et de la pédagogie, affirme quant à lui que les deux chartes officielles transpirent des valeurs d’ordre collectif d’un côté, et individuel de l’autre ; rien pour faciliter l’insertion sociale des immigrants.

Un autre reproche mis de l’avant par Labelle est de penser les rapports entre minorités et majorités exclusivement par la religion, alors que plusieurs variables entrent en jeu dans la discrimination. N’est-ce pas justement le facteur récurrent dans toute cette histoire, la religion ? Pour la sociologue, une telle crise s’inscrit dans un contexte social d’une libéralisation transformée par le 11 septembre 2001. Le présent malaise serait le résultat de « transformations sociales accélérées  », renchérit-elle.

Les écoles ethno-religieuses (lesquelles j’avais pour ma part totalement oubliées), subventionnées par l’État circonscrivent aussi un arrêt à considérer, selon Toussaint. Ces dispositifs n’encouragent guère l’intégration à la société québécoise : « Le petit juif qui va à son école juive devra tôt ou tard travailler avec le petit latino, mais le connaîtra-t-il ?  »

Rachad Anthonius remarque que la plupart du temps, un seul « non  » suffit à mettre fin aux dérapages d’accommodements raisonnables. De plus, « les médias perpétuent le sentiment de crise et utilise mal leur temps d’antenne  », accuse le sociologue. Pour lui, le poids des mots, souvent sous-estimé, peut entraîner un climat hostile.

Disons-le, ce n’est pas ce monde universitaire qui a conduit le débat des accommodements raisonnables dans l’espace public. Il est facile de blâmer les codirecteurs de ne pas considérer certains aspects de la problématique, mais rappelons qu’il s’agit là d’un débat populaire et que la tâche est colossale. Les consultations publiques, parfait exemple de la démocratie, doivent être bondées pour que le rapport final comprenne le phénomène; elles ne doivent pas effrayer l’auditoire par des contorsions intellectuelles sur mille et un concepts.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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