Quatre jours avant la venue du président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, prévue le 24 septembre, à New-York, le Daily News, un quotidien réputé pour ce genre de débilités, invite gracieusement le M. le président d’Iran à aller faire un tour en enfer. Non mais, il faut comprendre : à ce moment, il pensait avoir le droit de faire un discours devant Ground Zero, le site mémorial alias chantier des attentats du 11 septembre. Un tel outrage mérite assurément la damnation éternelle.

La page couverture fut photocopiée, agrandie, et utilisée dans des manifestations qui dénonçaient la venue en sol américain de ce « monstre », de cette « reproduction d’Hitler », et dans bien des éditoriaux, de cet « ennemi ».

Le 24 septembre, jour H (pour Haine) : le président de l’Iran débarque en sol américain, et avant même qu’il pose un pied à terre, le même journal titre, dans un format assez semblable à la présente couverture : « Evil has landed ». (Soit : Le Mal est arrivé) Il n’est pas le seul : AM New-York titre « Bad man on campus » (Mauvais homme sur le campus), le New-York Post appelle le même homme « Madman Iran prez » (Homme dément, président de l’Iran). Les autres journaux sont plus réservés, mais les éditoriaux et les columnists s’en donnent à coeur joie. On s’indigne qu’un tel hurluberlu puisse mettre pied sur le sol états-unien. On ne prend à peu près pas en considération qu’il le faut bien, puisque le siège de l’ONU est à New-York et que c’est là la principale raison du déplacement d’Ahmadinejad.

Mais qu’importe ! Le président n’a pas semblé touché par cette haine qui déferlait sur sa personne. Il a donné, comme prévu, une conférence à l’Université Columbia, où l’accueil du président, Lee Bollinger, a été parfaitement hostile : « M. le président, vous montrez tous les signes d’un dictateur mesquin et cruel ». Ce à quoi le mesquin et cruel personnage a répondu de manière très posée.

Son discours a été du reste un geste de pures relations publiques. De la diplomatie publicitaire, en quelque sorte. Mais là n’est pas le point.

Les raisons de toute cette effervescence agressive sont assez évidentes : rayer Israël de la carte, se doter d’infrastructures nucléaires indépendantes de l’Occident, mettre à mort des hommes pour « crime homosexuel », nier l’ampleur de l’Holocauste, tout ça a de quoi soulever l’ire de bien des gens.

À l’inverse, ces mêmes enjeux, souvent vus de l’autre côté de leur médaille, sont un outil pour Ahmadinejad de gagner de la popularité en Iran et dans le monde arabe. Défendre les Palestiniens, développer une autonomie nucléaire et énergétique, purifier la société en appliquant les lois coraniques, dénoncer la justification par l’Holocauste de l’attitude belliqueuse d’Israël, sont des positions plus positives, surtout en Iran.

Tout cela fait de l’homme un personnage extrême.

Mais le jeu joué, de part et d’autre, est dangereux. Autant les médias que M. le Président iranien en sont responsables. La conséquence en est la montée des antagonismes, des haines, des craintes, des désirs de vengeance ou de ce qui est perçu comme de la justice, entre États-uniens et Musulmans-Arabes-Iraniens. Jusqu’où cela ira-t-il?

Cet a paru dans l'édition Octobre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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