Arrogance et mépris

Jean Chrétien

Dans son livre Passions Politiques, paru le 16 octobre dernier, l’ancien Premier ministre Jean Chrétien affirme qu’une faible majorité pour le camp du OUI, lors du référendum de 1995, n’aurait pas suffi à séparer le Québec du reste du Canada. Cette déclaration est irresponsable et indigne d’un ex-chef d’État.

En affirmant cela, M. Chrétien a une attitude antidémocratique. Si l’on suit ce raisonnement, le camp du OUI aurait-il dû contester la mince victoire de ses adversaires du NON ? L’ancien député de Shawinigan prétend que la question de 1995 n’était pas assez claire pour donner un mandat de sécession au gouvernement de Jacques Parizeau. Pourtant, deux jours avant le vote, lors d’un discours adressé aux Québécois, Jean Chrétien (alors chef du camp du NON) avait dit la chose suivante : La question est claire; si vous votez OUI, vous quittez le Canada, si vous votez NON, vous restez au Canada ».

Les Québécois sont en droit de se demander ce que cette contradiction signifie. Qu’aurait vraiment fait le gouvernement fédéral au lendemain d’une mince victoire du OUI au référendum de 1995 ? Le Canada, qui se targue d’être un exemple de démocratie à travers le monde, aurait-il donné le feu vert au Québec et à M. Parizeau pour déclencher le processus de création d’un nouvel État ? Lorsqu’on remarque avec quelle arrogance les libéraux fédéraux (de Trudeau jusqu’à Dion, en passant par Chrétien) ont traité les Québécois, il est sérieusement permis d’en douter.

Depuis sa démission en 2003, et encore plus avec la parution de ce livre, on remarque à quel point Jean Chrétien tente de redorer son blason et, surtout, son image dans les livres d’histoire. Ainsi, il n’hésite nullement à écorcher ses adversaires, mêmes libéraux. Dans Passions Politiques, il rejette le blâme sur son successeur Paul Martin pour le fiasco de plus en plus probable de nos soldats en Afghanistan. Il affirme que c’est ce dernier qui a ordonné le déplacement des troupes de Kaboul vers Khandahar. Cela est vrai, mais, ce faisant, il donne des armes aux Conservateurs de Stephen Harper si jamais des élections devaient êtres déclenchées cet automne ou au printemps prochain.

On se rappelle tous de sa comparution devant la commission Gomery. Il s’y était présenté avec l’humour, mais aussi avec l’arrogance qu’on lui connaît. Il avait même blâmé M. Martin d’avoir été l’instigateur de cette commission dont il ne voyait pas la raison d’être. Pour lui, cependant, il était tout à fait légitime de dépenser des centaines de millions de dollars dans un programme qui avait pour but de promouvoir le Canada auprès des québécois.

Bien sûr, peu avant sa démission, Jean Chrétien s’était attiré de nombreux admirateurs, notamment en tenant tête à George W. Bush sur plusieurs dossiers et, surtout, en refusant que le Canada aille se battre aux côtés des Américains en Irak. Fait à noter, il était plutôt facile pour lui d’agir ainsi. Sachant qu’il ne serait bientôt plus Premier ministre, il évitait tous les désagréments que peut entraîner le fait de tenir tête à notre seul voisin et première puissance mondiale.

Espérons seulement que dans 100 ans, les canadiens et les Québécois auront été assez bien informés sur M. Chrétien pour voir en lui, certainement un fin stratège politique, mais aussi un politicien arrogant et incapable de reconnaître ses propres fautes…

Cet a paru dans l'édition Décembre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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