Aux racines de l’écologie rouge

Écologie rouge ? De kessé? Une espèce de mélange explosif d’idées végétaliennes et communistes ? Pas vraiment, mais vous êtes proches. L’écologie rouge, alias socialisme vert, est une vision du monde à construire pour demain qui joint ensemble les nécessités écologiques et les impératifs du socialisme. Étrange ? Trop beau ? Trop utopique ? Irréaliste ? Trop hippie ? Laissez-moi prendre, l’instant d’un article, le flambeau de l’écosocialisme, gracieuseté d’une journée de conférences du 10 novembre passé, ici, à l’UQÀM.

Écologie radicale

… qui consiste à prendre conscience, une fois pour toutes, que l’humanité fait bel et bien partie de l’écosystème planétaire, qu’elle en dépend pour sa survie et qu’elle doit veiller à sa préservation. En gros, l’écologiste radical se distingue de l’écologiste classique en ne mettant pas l’humanité au centre du monde. L’espèce des lombrics est aussi importante que l’espèce humaine. Peut-être pas les vers de terre pris un par un, mais l’espèce et son rôle dans l’équilibre biologique terrestre, si. Ce n’est pas vu comme un rabaissement de l’humain, mais plutôt comme une mise à niveau de la valeur réelle des lombrics. La raison en est fort simple : c’est l’humain qui fait partie de la Vie, et non la Vie qui fait partie de l’humain.

Les tenants de l’écologie radicale insistent sur la nécessité d’examiner les problèmes dans toutes leurs dimensions. Rien de plus normal, à bien y penser : la préservation de la forêt boréale implique toutes les répercussions qu’ont un arrêt de l’activité industrielle des coupes à blanc : pertes/transferts d’emploi, approvisionnement en papier, usage et recyclage du papier, reforestation, restauration de la biodiversité, gestion de la chasse, etc.

En bref, l’écologie radicale est une manière de voir les choses à la racine. On se questionnera donc sur la nature humaine – grégaire, porteuse de sens, culturelle, 5 ’’ f ’’ (feed, fuck, fight, flee, faith) – sur les inévitables liens qui existent entre toutes choses – rien n’est isolé – sur l’organisation idéale du politique – les gens de Montréal ont-ils à se prononcer sur la gestion des ressources des régions ? Les résidents de Chicoutimi ont-ils à se prononcer sur les questions des accommodements raisonnables et de l’immigration, qui touche avant tout Montréal ? – etc.

L’écologie radicale se vante de pouvoir être adaptée à presque tous les systèmes politiques, et ce malgré qu’elle considère définitivement les sociétés avant les individus, que la propriété privée ressemble à un mal nécessaire – elle prive la société d’un bien, au profit d’un particulier, qui en prend alors soin et en fait usage – et que personne ne peut être considéré supérieur à personne. Fouillez un peu, ça fait quand même déjà une bonne couple de systèmes de pensée qui sont éliminés. Ce n’est pas pour rien que la notion d’écologie radicale se marie parfaitement à l’écosocialisme.

Développement durable ou décroissance ?

Aïe ! Décroissance?… ? … ? Fou ? Peut-être pas tant que ça. Imaginez-vous le monde parfait. Tout le monde a un char hybride, tout le monde est beau, tout le monde est riche, tout le monde a son cinéma maison, son chalet dans le nord, etc. Le monde est durablement occidentalisé, et c’est pour le mieux. Parfait ? Vous avez votre bulle bien ronde, bien rose ?

Voici la mauvaise nouvelle : la bulle a besoin de 4 planètes Terre. En estimant qu’on n’a pas fait de génocide massif et que la population cesse de croître maintenant. Hé! hé. On n’a comme pas 4 planètes Terre.

Mais ça, c’est les problèmes qu’on aurait. Voici les problèmes qu’on a, présentement :

– Le développement actuel ne profite que très, très peu aux pauvres, en comparaison de ce qu’il procure aux minorités déjà fortunées.

– La technologie ne peut pas tout régler.

– 27 000 espèces disparaissent chaque année. Au rythme actuel, la Terre enregistre une baisse de 10% de la biodiversité chaque décennie.

– Les États-Unis, qui forment 5% de la population mondiale, consomment 40% de la production énergétique mondiale.

– En bref, même si on se dit que le développement pour les pauvres est en marche et réglera les problèmes de richesse… on va tous mourir étouffés avant.

Voilà. La conclusion de M. Gaétan Breton, ancien militant de l’UFP et professeur à l’UQÀM : le problème, ainsi que la solution, résident dans la répartition de la richesse. Et à toutes fins pratiques, un mode de vie durable, où tout le monde serait sur le même pied économique, amènerait l’humanité à vivre à peu près comme la moyenne de la classe moyenne de l’Amérique du Sud, avec toutes les difficultés de comparaison et d’estimation que cela comporte.

Ce n’est pas l’enfer. C’est loin d’être notre petit paradis. Maintenant, imaginons un monde viable, une économie durable – c’est important, parce qu’imaginer une économie non-durable, c’est condamner l’humanité à se planter solide, mais solide, dans un mur dur, mais dur… – avec le même mode de vie comme médiane, mais avec maintien des inégalités actuelles. Ouch… Je ne sais pas pour vous, mais je n’aimerais pas être au bas de l’échelle.

Ce qui nous mène à…

L’écosocialisme

… dénonce l’environnementalisme libéral. C’est bien connu, les idéologies de gauche se développent toujours en réaction à une réalité de droite. L’écosocialisme n’échappe pas à la règle.

L’environnementalisme libéral, c’est Al Gore. C’est les solutions proposées dans le film « An Inconvenient Truth  » : Acheter le DVD, signer des pétitions, écrire aux députés, encourager les énergies renouvelables, rouler en voiture peu polluante, investir dans les fonds verts,

voter vert, devenir carboniquement neutre ! C’est l’ensemble des solutions individuelles que l’on peut imaginer. La critique que l’écosocialisme fait de cette pensée, c’est qu’elle ne considère par les problèmes structuraux, les problèmes que le système capitaliste de consommation engendre inévitablement. La poursuite de la course folle au profit, le maintien de la surconsommation sont dénoncés.

L’écosocialisme adopte une position qui s’inscrit en faux avec celle de l’écologie libérale : c’est dans la structure de l’économie que réside le problème. Le capitalisme ne parviendra jamais à un développement authentiquement durable. Tout au plus fera-t-il quelques accommodements. Il faut donc… une économie planifiée.

L’écosocialisme reprend les fondements de l’analyse marxiste, en établissant avant tout que c’est à la base, chez les travailleurs, que réside la solution. Il rejette cependant un trop grand intégrisme communiste, refusant notamment toute notion marxiste de productivisme, le temps n’étant plus à la croissance, mais à la gestion de la décroissance et à la répartition des richesses. Se méfiant de l’autoritarisme bureaucratique, il prône – il faut bien rêver – l’établissement d’un gouvernement mondial capable de gérer la décroissance et la répartition, tout en étant décentralisé au maximum, et sous strict contrôle démocratique.

Si l’utopie est flagrante, elle apparaît aux yeux des écosocialistes comme inévitable pour la perpétuation heureuse du genre humain. Tant qu’à sortir des rêves, l’écosocialisme peut se définir comme « un projet de société qui sur une planète aux ressources limitées, permettrait à toutes les communautés humaines de jouir d’un mode de vie autonome, équitable et en harmonie avec la nature et les autres être humains.  »

Les 7 et 8 octobre, un « réseau écosocialiste international  » a été fondé en France. Le début d’une nouvelle Internationale?

Cet a paru dans l'édition Décembre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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