Depuis la nuit des temps, la polygamie a joué un rôle important dans l’évolution socio-culturelle en Afrique. Certains comportements ont émergé et forcé une évolution de certaines traditions. En effet, certains fondements de la tradition sont remis en cause par l’homme nouveau qui souhaite vivre dans une Afrique nouvelle. Nous pouvons citer notamment la cicatrisation de la figure, l’excision de parties génitales, la circoncision et la polygamie. C’est justement ce dernier cas qui sera brièvement étudié dans cet article.

La conscience étant le phare de l’Histoire des peuples et la culture résultant du combat des peuples, l’homme africain de jadis et même de nos jours était conscient du bien-fondé de la polygamie et combattait pour que la pratique soit perpétuée au fil des ans. À l’instar de bon nombre de sociétés, l’homme africain détenait la propriété privée et les moyens de production tout en concevant la femme comme son bien. L’homme africain riche était celui qui avait plusieurs femmes et plusieurs hectares. Les rois incarnaient donc la polygamie et la domination par excellence en Afrique. La richesse se calculait aussi en termes de personnes que l’on avait sous sa coupe. Plus nous avions de personnes, plus les revenus et les possessions étaient élevés, en particulier les récoltes céréalières. Les rois étaient donc plus forts. C’est ainsi qu’ils pouvaient avoir plus de trente à cinquante femmes.

Or, qui parle de polygamie parle aussi de mariage forcé. Il est hors de tout doute que toutes les femmes ne se marient pas de façon consentante, mais ce mal nécessaire permettait de solidifier la cohésion sociale. Une famille donnant sa fille en mariage à une autre famille consolide donc la paix, car cela devient une alliance inter-villageoise et inter-ethnique. Dans un même village, nous pouvons souvent compter des centaines voire des milliers de femmes venant de villages différents, ce qui a contribué à enrayer les guerres tribales.

Dans les familles polygames, l’éducation, la santé et la nutrition des enfants étaient assurées par toutes les femmes de la cour. La solidarité était de mise dans toutes les situations (maladie, accouchement, baptême, etc). La prise en charge de ces femmes est aussi soutenue par les frères, les oncles, les cousins et les neveux de l’homme polygame. Si parmi ces femmes il y en avait une qui, de façon biologique, ne pouvait pas enfanter, elle trouverait tout de suite des propositions venant de la part des autres femmes.

Mais comment établir la relation entre le chef de famille et ses nombreuses femmes ? Dans une concession, il y a autant de maisons (à ne pas confondre avec les maisons d’ici!) que de femmes en plus de celle du chef. Admettons qu’un individu ait six femmes. Le calendrier est donc réparti sur six jours et chaque jour est attribué à une femme qui non seulement devra faire la cuisine pour toute la famille, mais aussi aura le privilège de dormir avec son mari et ainsi de suite jusqu’au sixième jour. Au septième jour, c’est le repos pour tous et chacune fait sa petite nourriture qu’elle partagera volontiers avec son mari.

Ce qu’on appelle de nos jours des aphrodisiaques ou autres produits de la trempe du Viagra étaient connus chez l’homme africain des temps anciens. Par exemple, le chef de Tema-bokin, un village burkinabé, a eu 105 enfants au total. Il paraît que 96 d’entre eux sont bien vivants.

La polygamie ne s’arrêtera pas de sitôt, mais elle perd considérablement de terrain de nos jours. En effet, quel amour peut avoir une femme dans une cour polygame envers son mari ? À ce titre, les mouvements de libération de la femme réclament sans cesse une meilleure considération de notre part. Aucune personne ne souhaite être violentée ou marchandisée. C’est ce qui explique les cas de suicide chez les jeunes filles données en mariage soit à un homme avec déjà sept ou huit femmes, soit à un homme qui a peut-être l’âge de son grand-père. Ensuite, la vie dans les familles polygames n’est pas de tout repos. En témoignent les bagarres interminables entre les épouses d’un mari qui ne peut toutes les satisfaire au même titre (matériels sexuels).

Cet a paru dans l'édition Décembre 2007 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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