Depuis le début du trimestre d’hiver, le mouvement étudiant uqamien s’est questionné sur les stratégies à adopter et les actions à entreprendre en prévision d’une imminente grève générale illimitée. À partir des forces et des faiblesses de la grève d’une semaine qui a eu lieu l’automne dernier, plusieurs questions ont été soulevées et se sont retrouvées au cœur des débats. Dans le cadre de la présente grève, la collaboration entre les associations, les actions à privilégier et la sensibilisation de la population devront êtes prises au sérieux. Ignorer ces enjeux, c’est prendre le risque de gaspiller notre énergie et de s’embourber dans une grève qui n’aura aucun résultat. La vigueur du mouvement étudiant en serait la première victime et il serait dommage de délégitimer une des rares forces mobilisatrices au Québec.

Aborder le sujet de la grève étudiante est une chose très délicate. Considérée par certains comme un moyen pour arriver à des fins, d’autres la voient plutôt comme un moment d’échanges, de discussions, bref d’un temps libéré ou tous peuvent exprimer leurs idéaux et avoir l’impression de nourrir la société. Pour d’autres, il peut s’agir du moment idéal pour défendre toute cause sociale, à commencer par la lutte contre la répression policière ou encore, la résistance face au capitalisme. Par contre, peu importe les valeurs qui nous animent, il est essentiel de garder à l’esprit les raisons qui nous incitent à débrayer : les revendications étudiantes.

Pour que cela soit possible, il sera nécessaire de faire preuve de plus d’efficacité qu’à l’automne. Le premier objectif est de rallier le plus grand nombre d’étudiants à la cause et le deuxième, de faire entendre notre message sur l’ensemble du territoire du Québec. Sans ces deux éléments, c’est peine perdue, les frais de scolarité augmenteront de 500 $ par session d’ici quelques années.

Se tirer dans les pieds

Une des initiatives pour atteindre ces objectifs est d’éviter tout acte susceptible de nuire à la mobilisation étudiante. Par exemple, l’occupation du cégep du Vieux-Montréal au mois de novembre dernier est un très bon exemple de ce que nous pouvons appeler un repoussoir d’implication. Si jouer à Rambo en s’armant d’un bâton et s’amuser au chat et à la souris avec les forces de l’ordre en attendant qu’elles frappent semble amuser plusieurs d’entre nous, il faut être conscient que ce type d’action constitue un pas vers une légitimation de l’augmentation des frais de scolarité. Pourquoi ? Simplement parce que la plupart des étudiants du Québec jugent inefficace, inutile et dénuée d’intelligence la résistance physique pour faire entendre notre cause. Plusieurs étudiants murmurent dans les couloirs de l’UQAM s’être éloignés des activités de la dernière grève, prétextant ne pas se reconnaître dans ce type d’action. Pourtant, ils étaient d’accords avec les revendications étudiantes et même prêts à militer tout au long de la grève. Le but n’est pas de débattre de la légitimité des événements qui se sont déroulés en novembre dernier, mais de simplement reconnaître leur caractère répressif à l’égard de la mobilisation.

La violence irréfléchie ne doit pas être la cause de l’éclatement de la mobilisation. Une solidarité fragile risque de démontrer que le mouvement étudiant est incapable de mener une lutte à la hauteur de ses revendications. Servons-nous de la sombre grève automnale pour éclairer nos actions au cours de celle-ci.

Alternative

La grève à l’automne, bien qu’éphémère et assez inefficace, aura au moins démontré que les étudiants sont capables d’entreprendre autre chose que des affrontements avec la police. Les nombreuses activités de l’UPÀM ont confirmé la capacité des étudiants à se prendre en charge dans un projet décentralisé et accessible à tous. L’UPÀM représente exactement une vision d’éducation autonome, non institutionnalisée et basée sur des critères d’apprentissages et d’ouvertures plutôt que sur des critères de performances, de hiérarchisations des talents et de formatages.

Si le mouvement étudiant uqamien tient à cœur l’amélioration du système d’éducation post-secondaire québécois, il doit nécessairement privilégier des actions qui lui donneront une légitimité et qui permettront de rassembler l’ensemble des étudiants. L’UPÀM est un moyen d’action imaginatif qui risque de plaire à nombre d’universitaires et plus largement, de s’attirer la sympathie de la population québécoise.

Cet a paru dans l'édition Février 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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