Le tant attendu Persepolis n’a pas déçu lorsqu’il a pris l’affiche au cinéma. Ce brûlot politique est parvenu à traiter fidèlement de sujets déchirants comme la guerre Iran-Irak(1980-1988), le règne du shah en Iran, la prise du pouvoir par un régime théocratique en 1979 et la lente dégradation des conditions de vie de la classe moyenne en Iran. En fait, l’analyse politique qu’offre la réalisatrice Marjane Satrapi à travers la vie d’une enfant de Téhéran est saisissante malgré l’aspect sombre du film.

La question de la modernité occupe une place de choix dans cet opus autobiographique où l’actrice principale semble prise au dépourvu dans une société anachronique sous la joug d’un pouvoir politique conservateur, religieux et autoritaire à souhait. En témoigne la chanson-thème Eye of the Tiger claironnée dans un Téhéran atterré et tendu.

Néanmoins, la question de la place des femmes dans nos sociétés actuelles constitue la toile de fond de Persepolis. Malgré le regard occidental et parfois narcissique de la réalisatrice, le film approfondit admirablement bien tout le malaise entourant le sort déplorable réservé aux femmes à la suite de la prise du pouvoir de l’ayatollah Khomeiny à la fin des années 1970. Alors que partout au monde, des groupes de femmes enregistraient des gains cruciaux sur le plan juridique et symbolique, les Iraniennes semblent avoir été flouées par la révolte populaire qui a précédé le départ du shah. Révolte sanglante qui n’aura même pas réussi à ramener le statu quo ante. Dans ce drame national, les idéologies marquantes tels le marxisme ou le libéralisme ont eu peu de poids par rapport au pouvoir religieux qui a étendu son emprise sur la quasi-totalité de l’espace public iranien.

Enfin, Persepolis demeure un film à voir pour l’ampleur des sujets politiques abordés et l’originalité des dessins animés. Après avoir vu ça, les velléités d’un chef d’un parti conservateur québécois qui réclame un moratoire sur l’enseignement religieux au primaire paraîtront comme du petit houblon. Comme quoi le rapport entre la religion et l’État restera tant un écueil qu’un atout important pour les politiciens.

Cet a paru dans l'édition Février 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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