… et le lance-flamme états-unien. Le deuxième enflammera-t-il la première ? Et si oui, à quoi doit-on s’attendre ? La première question n’a pas de réponse. La deuxième, si.

C’est du moins le bilan de la conférence donnée par l’Institut d’Études Internationales de Montréal (IEIM) sur le sujet, le 17 janvier dernier. Malgré les divergences de point de vue assez manifestes entre les différents panélistes, quelques consensus ont pu être dégagés.

Première à prendre la parole, Mme Elaheh Chokrai, présidente fondatrice de l’association des femmes iraniennes à Montréal, rappela toute l’escalade des tensions. Dès le lendemain de la publication du rapport de la NIE [Services secrets états-uniens], qui établissait que l’Iran avait abandonné tout programme nucléaire militaire dès 2003, George W. Bush proclamait au monde que l’Iran était un « leader du terrorisme  ». Devant une telle volonté de trouver des prétextes pour un éventuel recours à la guerre, c’est avec une tristesse visible que Mme Chokrai énumérait les facteurs qui rendraient catastrophique une intervention militaire dans son pays. Un climat de peur et de confrontation savamment entretenus à la fois par Israël, les États-Unis et le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, une population iranienne de 75 millions de personnes, dont 70% sous le seuil des 35 ans, des missiles capables de frapper Israël, première cible évidente en cas d’attaque; le cocktail est on ne peut plus explosif. Et accablant.

D’autant plus qu’il y avait consensus, dans la salle, sur le fait que dans l’éventualité d’une guerre, le peuple, quoique majoritairement en faveur d’une réforme du régime vers plus de liberté et de démocratie, se rangerait néanmoins derrière les mollahs pour affronter l’envahisseur. Le désir de démocratie des Iraniens ne passe pas par une intervention états-unienne, tout au contraire. Tous les panélistes étaient aussi d’accord pour évoquer la radicalisation et l’expansion des mouvements intégristes et terroristes, si guerre il y a. Et ce d’autant plus que l’Iran est le pays stable entre l’Irak et l’Afghanistan. La mise à feu et à sang de la région entière, voire de l’Orient musulman au complet, de l’Indonésie au Maghreb, si elle tient du cauchemar apocalyptique, était bien appréhendée, par tous, comme quelque chose de possible.

Pourquoi ?

La question est : comment en est-on arrivé là? Les tentatives d’explication ont été nombreuses et ne sont pas toujours conciliables. Ainsi, si pour Amir Khadir, les guerres états-uniennes et israéliennes du Moyen-Orient sont le fruit de pressions constantes des lobbys militaires. Seule explication possible selon lui à cette politique absurde qui jette sans cesse de l’huile sur le feu et qui embrase toujours, en bout de ligne, les deux côtés. Pour Pierre Pahlavi, du Collège des Forces armées canadiennes de Toronto, ces attitudes bellicistes ne sont que des relents de la mentalité de la Guerre Froide, qui tient au principe de l’anéantissement de l’ennemi comme seule vraie victoire.

Les « appuis au terrorisme  » de l’Iran ont, au contraire, été passés un peu sous silence. Évoqués comme des prétextes utilisés par Washington, il n’en reste pas moins que la politique étrangère de l’Iran va clairement à l’encontre du credo occidentalo-israélien : support au Hezbollah libanais, au Hamas palestinien, mais aussi à la résistance chiite en Irak (l’Armée du Mehdi, dirigée par Moqtada Al-Sadr, ainsi que le Parti pour un Kurdistan Islamique). Si on ne peut pas contester le qualificatif de terroriste à un mouvement comme le Hamas, par exemple, qui revendique sans honte les attentats qu’il perpètre, on ne peut pas non plus lui refuser son statut de parti jadis élu tout à fait démocratiquement.

Ces différents appuis ne sont pas fournis dans l’unique but de nuire à Washington ou à Tel-Aviv. Ils assurent aussi à l’Iran une position très influente dans la région, à la hauteur de ses capacités et de ses besoins en tant que puissance régionale. Cette dimension est d’ailleurs une constante de la politique étrangère du pays, quels que furent les gouvernements à sa tête. Une autre facette, cachée, du comportement de l’Iran à l’extérieur de ses frontières est celle de la coopération avec les États-Unis en Irak. La pacification étant dans l’intérêt des deux États, ceux qu’on voit souvent comme ennemis retranchés, en fait, se parlent, et savent coopérer où c’est nécessaire.

Une lumière au bout du tunnel ?

Si une guerre est toujours perçue comme possible, c’est que quelque chose quelque part ne tourne pas rond. Dans l’enchevêtrement labyrinthique des intérêts, passions, discours et lobbies qu’il serait vain d’essayer d’approfondir ici, des points importants ressortent. Si l’on sait que c’est avant tout les tensions extérieures qui font accepter le régime dictatorial des mollahs à la population iranienne, que l’Iran respecte à la lettre le traité de non-prolifération nucléaire, on doit conclure que pour un règlement définitif des tensions, il faut sortir du cercle vicieux des menaces.

Comme a conclu Mme Chokrai, la voix pétrie d’une conviction profonde : « La campagne pour la paix et la démocratie dans le monde est une urgence, n’attendons pas qu’il soit trop tard pour agir  ».

Cet a paru dans l'édition Février 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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