Le bal des finis

Quelle naïveté de croire qu’en sortant d’une classe prépa, on va continuer à philosopher, à réfléchir sur les concepts et à les critiquer pour en faire ressortir les failles. Non, désormais, ce n’est plus la même chose. Au HEC comme dans toutes les écoles de commerce, il ne faut plus discuter mais se formater !

Il faut ressortir du moule avec les dimensions attendues par les entreprises, et il faut se formater l’esprit pour apprendre à se fondre dans la structure sans la perturber. On nous apprend donc à devenir de bons petits « managers », qui après être sortis du HEC sont persuadés qu’ils ont la science infuse de la gestion et qu’ils vont pouvoir régler tous les problèmes tel qu’on leur a appris à le faire.

Il n’y a rien à redire, le HEC est au top, bien rodé, car il faut dire que cela fait des années que son réseau et ses contacts lui confèrent une certaine notoriété et il sait exactement ce que les entreprises attendent. Ces dernières ont d’ailleurs l’opportunité de venir régulièrement admirer leurs futures troupes et de les convaincre : recrutement, présence au sein de l’école lors d’événements, donations au profit de l’école, chaque salle de classe porte d’ailleurs le nom d’une entreprise (quel bonheur de nous accoutumer à votre présence !). Et c’est bien pour ça qu’il faut que l’on reste digne de vos attentes.

Alors prêt à être formaté? C’est parti…

Désormais il faut devenir un rouage du système, exécuter les règles et les principes préétablis que l’on nous fait avaler sans même les analyser ou les critiquer, le pire c’est que la plupart des théories ne sont même plus d’actualité (je veux dire par là qu’elles ont été démenties par les faits). Elles sont simplement l’éloge du libre marché et du capitalisme.

Assez dur vous me direz quand on a l’habitude de toujours critiquer, analyser, remettre en cause, poser des questions, contredire… Non, surtout il ne faut plus parler des auteurs et des théories contestataires, qui critiquent ce « super  » modèle. N’allez d’ailleurs pas chercher dans les cours du HEC, ils n’y sont pas ou rarement mentionnés. Je dois vous mettre en garde d’ailleurs que s’il vous vient à l’esprit de vouloir aborder une théorie ou d’émettre une réflexion en désaccord avec la matière du cours, la discussion risque fort d’être vite écourtée pour reprendre le fil du cours – ne pas s’aventurer vers l’inconnu ou vers ce que l’on ne veut pas voir ?

Donc le but n’est pas de discuter des méthodes et encore moins d’essayer d’apporter de nouvelles solutions, le but est simplement d’appliquer et d’exécuter sans poser de question et sans réfléchir trop!!! De toute façon la réflexion tout comme la culture ne semblent pas être les valeurs premières du HEC, elles sont davantage vues comme une curiosité et pas comme une fin en soi. Cependant, une part de responsabilité incombe aussi aux élèves, car ceux-ci ne cherchent pas souvent à contredire ou remettre en cause ce qui se dit dans le cours. La culture ne semble pas être leur apanage non plus (allez jeter un coup d’œil au journal L’intérêt des étudiants du HEC, il y a de quoi se poser des questions). Pour la plupart des étudiants il faut simplement réussir son examen pour s’assurer une place toute sécurisée, et un salaire plus qu’avantageux. Il est étonnant de voir le nombre d’élèves qui choisissent la spécialisation comptable (que va-t-on faire de tout ces comptables je me demande?) Il n’y aura bientôt plus que des comptables et analystes financiers dans l’entreprise…

Enfin, ce n’est pas toujours évident de passer inaperçu dans ce milieu lorsque vous ne vous formatez pas, c’est qu’on vous repère vite croyez-moi et alors les réactions fusent : pas les mêmes valeurs, pas dans la tendance, de gauche (ce qui ici est synonyme de communiste!), certains vont peut être sourire…

En guise de conclusion, je dirais que ce qui différencie le HEC de l’UQAM ce n’est pas tellement un question de niveau (comme le pensent la plupart de nos HECiens) et j’en prends pour preuve les chaires de l’UQAM ainsi que les professeurs qui sont aussi diplômés que les nôtres, mais plutôt une manière de penser ou une idéologie si vous préférez qui n’est pas la même. La diversité des programmes qu’offre l’UQAM (politique, science, arts…) lui confère probablement une certaine ouverture d’esprit, et le fait que cela reste une université et non une école de commerce la préserve en quelque sorte de s’enfermer dans une pure logique marchande. J’émets toutefois quelques doutes à l’égard du département de gestion qui est lui aussi soumis à une uniformisation de pensée alignée sur le HEC.

N’oubliez pas, un esprit critique est une des plus belles preuves de votre liberté!

Cet a paru dans l'édition Février 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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