"Conversation nationale". Voilà la formule adoptée par le PQ pour ne pas parler de souveraineté. Que sera cette conversation nationale ? Nul ne le sait et même les leaders du PQ ne semblent pas le savoir, et l’ont par ailleurs déjà abandonnée. La seule chose que l’on sait, c’est que cette formulation représente un nouveau chapitre dans l’éternel débat sur l’indépendance du Québec.

Nationalisme nécessaire ?

La population québécoise est mature. C’est un constat que l’on peut difficilement réfuter. Bien que l’on pourrait contredire ce point en invoquant les débats de la commission Bouchard-Taylor dur les accommodements raisonnables, nous n’en sommes pas au point de l’affrontement armé entre les divers groupes composant la société québécoise. Le dialogue prévaut et le cas d’Hérouxville reste une exception. Nous sommes conscients de qui nous sommes en tant que collectivité : un ensemble diversifié de gens habitant sur une portion de cette planète et qui interagissent entre eux selon les caractéristiques propres à la société que forme cette collectivité, avec ses qualités et ses défauts.

Il fut un temps où il en était tout autrement. L’arrivée à cette phase de maturation de la société québécoise a été longue et obscure. Avec pour seuls ancrages leur langue et leur religion, nos prédécesseurs couraient le risque de se retrouver noyés dans un vaste océan où cette langue et cette religion avaient difficilement droit de cité. Jusqu’au milieu du dernier siècle, ils ne voyaient comme solution que de s’enfermer dans ces repères linguistiques et religieux. Comment solutionner ce problème ? Par le nationalisme, c’est la réponse la plus évidente ! J’en doute.

Le nationalisme que l’on évoque pour affirmer qu’en tissant des liens serrés entre nous et en se refermant sur nos valeurs religieuses et langagières le peuple québécois a pu être préservé, n’était que la forme locale du nationalisme classique. Celui-ci fait en sorte que l’on tente de se préserver en effectuant un grand repli sur soi-même. Au lieu de s’ouvrir au monde, le nationalisme prêché par les bonzes de l’époque, comme Duplessis ou Lionel Groux, nous renvoyaient vers la religion, vers un dogmatisme qui empêchait le Québec d’entrer dans le monde moderne.

La Révolution tranquille n’était-elle pas une révolution nationaliste, où le peuple québécois a pu assurer sa cohésion en étant « maître chez-lui »? Non. La Révolution tranquille n’est que l’entrée accélérée du Québec dans le monde moderne. C’est l’aboutissement d’un sentiment latent de vouloir faire sa place, non seulement au Canada, mais sur la planète entière. Le seul rôle qu’a joué le nationalisme a été celui de force oppressive qui a fait monter la pression en tentant archaïquement de garder le Québec du XXe siècle à l’image de celui du XIXe.

Et aujourd’hui, qu’en est-il de ce nationalisme ? Si dans les années 1960 et 1970 il a tenté, avec quelques succès, de s’adapter à la réalité, à l’heure actuelle, il est périmé. Certains diront que, sans ce nationalisme moderne, le peuple québécois ne serait pas ce qu’il est présentement. À cela je réponds que même sans ce nationalisme moderne et modéré (nous sommes quand même loin de l’ex-Yougoslavie), le peuple québécois serait arrivé à la même maturité. Comment ? Par le développement de sa culture.

La nation est morte, vive la culture !

Que s’est-il passé dans les dernières décennies du XXe siècle ? Le peuple québécois a découvert (peut-être sans s’en apercevoir) qu’il pouvait y avoir autre chose que l’idée de nation québécoise. La population québécoise a su développer une culture particulière. Influencée autant par ses racines que par ce qu’il a créé et par ce que le monde entier lui offre, la culture québécoise a su s’imposer dans tous les champs. C’est cette idée de culture québécoise qui fait en sorte que la société québécoise est fonctionnelle, et non les éternelles querelles nationales pour définir des frontières artificielles ou pour savoir à qui nous devons allégeance (si nous devons nous soumettre à cette idée répugnante d’allégeance). C’est la culture qui forme la société, car la culture ne connaît pas de frontières.

Au contraire de l’idée de nation, la culture exprime la forme vivante du politique. Le recours au nationalisme démontre au contraire une stagnation, une fermeture, un esprit se nourrissant de ce qui est mort ou mourant, en se référant constamment à ses valeurs ancestrales et en se méfiant de ce que le monde extérieur peut lui apporter. Le nationalisme se réclame du passé de la nation, alors que la culture porte son regard sur l’avenir. L’idée nationale est morte et même le PQ ne sait plus comment en parler…

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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