Grève étudiante en Algérie

Depuis l’avènement de son indépendance, l’Algérie a adopté un régime républicain basé sur une constitution qui lègue au chef d’État un rôle décisif dans la gestion des affaires du pays. En vertu des articles constitutionnels, le président de la République est le chef de l’exécutif, le chef suprême des forces armées et le ministre de la Défense. Il détient également le pouvoir de nommer le premier ministre et les membres du gouvernement. Le Président actuel, Abdelaziz Bouteflika, ne semble pas s’être gêné pour utiliser les pouvoirs que lui confèrent les lois fondatrices de son pays.

Le premier mandat du Président a été marqué par la répression des émeutes en Kabylie entre avril 2001 et 2002. Petite région berbère du nord de l’Algérie, la Kabylie est victime de répression de toutes formes et revendique depuis fort longtemps son autonomie politique et culturelle. En avril 2001, des émeutes éclatent dans la région afin de contester l’attitude d’Alger à son égard. Rapidement, la population kabyle est victime d’une répression étatique sanglante, visant des centaines de civils complètement désarmés. Le bilan est lourd, 123 morts et des milliers de blessés.

La répression envers la Kabylie n’est pas la seule initiative qui entache l’image du chef d’État. La presse écrite est aussi victime de la domination du Président. En 2004, Mohamed Benchichou, directeur du quotidien Le Matin, est condamné à la prison pour avoir publié un livre qui remettait en question les politiques du chef d’État. Reporters sans frontières dénoncent immédiatement cette condamnation en rappelant que Bouteflika avait promis en 1999 de respecter la liberté de la presse.

En 2005, Bouteflika convoque un référendum pour faire adopter des mesures qui visent à restaurer la paix civile en Algérie. Durant la campagne, l’opposition ainsi que les associations des Droits de l’homme sont totalement écartées du débat. Écrasés par la mainmise de Bouteflika, les médias tombent dans le conformisme en écartant toute forme de contestation.

En ordonnant une répression physique envers la Kabylie, en brimant la liberté d’expression et en exerçant un contrôle musclé de la presse, le Président de l’Algérie laisse transparaître que les droits démocratiques ne font pas partie de ses priorités. Il fallait donc s’attendre au pire, lorsqu’en janvier dernier, des étudiants lycéens d’Algérie ont plongé dans un mouvement de protestation contre l’attitude de l’État dans la gestion de l’éducation.

L’histoire débute à la mi-janvier 2008 lorsqu’un collectif d’étudiants représentant sept lycées d’Alger lance un mouvement de grève de trois jours pour exiger un allègement des programmes et la suppression de certaines matières. Les lycéens jugent alors que les programmes imposés par le ministère de l’Éducation constituent une embûche à leur cheminement scolaire, «  les programmes sont trop chargés, nous ne pouvons plus assimiler autant de cours  » ont déclaré des délégués lycéens au quotidien le El Watan. La grève représente pour eux le seul moyen efficace pour forcer l’État à réviser ses programmes.

Quelques jours plus tard, la grève s’étend à travers le pays, les lycéens ne dérougissent pas. Le 20 janvier, partout dans le pays, les étudiants sortent dans les rues pour défendre leur cause. À Alger, des étudiants provenant de plusieurs lycées de la région se mobilisent et se dirigent vers le siège du ministère de l’Éducation. Selon des médias algériens, certains sont bloqués par la police et d’autres même tabassés. Afin de calmer les ardeurs, les responsables du ministère de l’Éducation invitent les représentants étudiants à une réunion avec le secrétaire général du ministère. Cinq jours de moyen de pression auront donc suffi pour que le gouvernement consente à discuter avec les grévistes. Sans succès par contre, la réunion est un échec, les lycéens ne sont pas satisfaits et comptent poursuivre la grève.

Le lendemain, le secrétaire général du ministère de l’Éducation accorde aux lycéens une audience afin de résoudre le conflit. Satisfaits, les représentants étudiants lancent un appel au calme et ordonnent la reprise des cours. La tentative échoue, le mouvement de protestation refuse de battre en retraite et les lycéens rejettent en bloc les recommandations de ses représentants. Des rassemblements s’organisent et de nombreux sit-in ont lieu. Les lycéens annoncent aussi la tenue d’une assemblée générale dans le but d’élaborer une plateforme de revendications. De son côté, le ministère de l’Éducation tourne le dos aux revendications étudiantes et le gouvernement ne se gêne plus pour avoir recours à la force policière. Le mouvement ne s’en laisse pas intimider et reste concentré sur ses revendications, «  nous ne voulons pas de demi-mesure. Notre revendication est très claire et nous exigeons une réponse sans détour et satisfaisante  », fait valoir un élève du lycée de Poirson au El Watan.

Le 24 janvier, les délégués des lycées décident en assemblée générale de suspendre leur mouvement de grève, mais fixe un ultimatum au ministère de l’Éducation pour répondre à leurs revendications. Si rien n’est fait d’ici le 2 février la grève reprendra. Cela ne sera pas nécessaire puisque le 28 janvier, le ministère de l’Éducation consent à alléger les programmes pédagogiques. Après seulement un peu plus de deux semaines de grève, les étudiants ont gain de cause et se disent heureux de l’attitude du gouvernement, «  nous sommes satisfaits de la réponse du ministre. Les responsables nous ont écoutés et ils se sont engagés à prendre en charge nos doléances  » affirment les délégués. Le mouvement prend fin et les lycéens retournent sur les bancs d’école, fiers de la lutte menée.

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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