Les liaisons dangereuses de la Chine

Le Tibet, le Darfour, TaïwanAutant de dossiers que la Chine tente de cacher et qui refont surface à quelques mois de l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. Entre les intérêts économiques et pétroliers et les vieux désirs d’impérialisme, la Chine continue à faire couler du sang et à réprimer dans ces trois régions du monde, malgré les pressions de la communauté internationale. Analyse des crises qui secouent actuellement le Darfour, le Tibet et l’île de Taïwan.

La démission de Steven Spielberg, le 12 février, de son poste de «  conseiller artistique  » pour les cérémonies d’ouverture et de clôture a permis de médiatiser les relations entre la Chine et le Soudan, et donc son implication indirecte dans la crise du Darfour. Le célèbre cinéaste américain a justifié son geste par l’inaction chinoise dans le dossier du Darfour : «  La Chine a des liens économiques, militaires et diplomatiques, avec le Soudan qui lui offrent la possibilité et lui font l’obligation d’exercer une pression pour un changement dans l’attitude de Khartoum  » a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Ce désistement est un geste très embarrassant pour Pékin qui doit faire face à de plus en plus de critiques sur son implication dans le conflit du Darfour.

Le Darfour, région saharienne située à l’Ouest du Soudan, est un territoire riche en uranium, en cuivre et en pétrole, ce qui attire la convoitise de Khartoum. Cette région est secouée depuis 2003 par une guerre civile sanglante, opposant les Janjawids (" hommes armés à cheval « ) aux populations civiles du Darfour, notamment les tribus Fours, Masalits et Zaghawas. Le régime islamiste de Khartoum s’appuie sur les milices arabes Janjawids pour massacrer les tribus musulmanes  » africaines «  contestataires du régime dans l’Ouest du pays. Pour le moment, aucune solution diplomatique n’a pu être trouvée par la communauté internationale pour mettre fin à ce conflit. La première raison de cette impasse est le soutien inconditionnel de la Chine à Khartoum.

La République Populaire de Chine (RPC), en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, s’oppose systématiquement à toute sanction contre Khartoum car elle est le premier importateur de pétrole du Soudan et le premier investisseur dans ce pays. Pékin achète, en effet, près de deux tiers de son pétrole au Soudan et lui fournit en échange de l’armement. Or ce sont ces armes qui sont actuellement utilisées par les milices arabes Janjawids pour commettre des exactions contre la population du Darfour, près de la frontière tchadienne. La Chine est donc indirectement responsable de ces massacres et directement responsable de l’enlisement du conflit puisqu’elle refuse catégoriquement de tordre le bras à Omar Al-Béchir, le Président soudanais.

Si l’implication de la Chine dans le conflit du Darfour est aujourd’hui fortement médiatisée, les tensions entre Pékin et Taïwan se déroulent loin de l’attention des grands médias. La République de Chine (Taïwan), île située au sud est de la Chine continentale, jouit d’une indépendance de fait depuis le début des années 1950, mais son statut est toujours controversé entre les nationalistes de l’île et Pékin. La Chine essaie en vain de réunifier Taïwan au nom du principe d’ » une seule Chine ". Cela s’est traduit en 2005 par la promulgation d’une loi anti-sécession par Pékin afin de contrer une éventuelle déclaration d’indépendance de Taïwan. Les répressions contre les nationalistes taïwanais risquent de s’accentuer à l’approche des JO pour museler les oppositions sur cette île que tout sépare de la Chine puisqu’elle est à la fois démocratique et anti-communiste.

Mais Taïwan et le Darfour ne sont pas les seuls conflits dans lesquels la Chine est impliquée. La violente répression des dernières manifestations des moines bouddhistes à Lhassa, capitale du Tibet, montre à quel point la situation entre la Chine et le Tibet reste, encore et toujours, sous haute tension. Cette région himalayenne, historiquement administrée par les Dalaïs Lamas, a été indépendante de facto entre les deux Guerres Mondiales, puis elle est retombée sous le joug de la Chine en 1951. Le gouvernement tibétain a dû fuir en exil dans le nord-est de l’Inde, à Dharamsala en 1959, suite à une insurrection anti-chinoise sévèrement réprimée par l’armée. La RPC considère le Tibet comme un territoire relevant de sa souveraineté et avance l’argument historique de l’ancienne présence chinoise sur ce territoire et le protectorat de la Chine sur le Tibet (1750-1910) pour justifier ses positions. De son côté, le gouvernement tibétain en exil considère la présence chinoise comme une occupation étrangère et accuse la Chine d’avoir massacré une partie de la population et de la culture tibétaine. À l’occasion du 49ème anniversaire de son exil en Inde, le Dalaï Lama, défenseur de l’autonomie du Tibet et prix Nobel de la paix en 1989, s’est insurgé contre les violations des droits de l’Homme commises par la Chine au Tibet. Il a néanmoins réaffirmé le droit de Pékin d’organiser les JO. Le boycott pur et simple des JO serait, selon lui, une position « trop radicale ». Récemment, près d’une centaine de Tibétains en exil en Inde ont voulu entreprendre une « Marche de retour vers le Tibet  » pour traverser les 4000 kilomètres qui les séparent de leur ancien pays. Ils avaient prévu arriver au Tibet après cinq mois de marche, lors du début des JO. Mais cette marche symbolique a été stoppée par les autorités indiennes à la frontière dès le 11 mars.

Cet embrasement du conflit entre le Tibet et la Chine vient ternir un peu plus l’image que Pékin voulait présenter au reste du monde lors des JO. Récemment les appels au boycott se sont multipliés au sein de la communauté artistique et politique. Mais ce réveil soudain de l’opinion publique mondiale aux malheurs du Tibet, de Taïwan et du Darfour va-t-il déboucher sur une mobilisation concrète des États ou rester un simple «  effet de mode  » chez le jet set hollywoodien?

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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