Discours prononcé lors de l’Assemblée générale extraordinaire de grève de l’AFESPED, le 14 mars 2008 par Laury Chayer et Victor Alexandre Reyes Bruneau.

Chers collègues étudiants et étudiantes,

L’UQÀM est une institution qui nous est chère. C’est à l’UQÀM que nous avons rencontré une panoplie de gens avec qui nous entretenons des relations privilégiées. Pour nous, l’UQÀM, c’est bien plus qu’une bâtisse. C’est le lieu où la société de nos parents a décidé qu’il était temps d’arrêter d’être des « suiveux  » pour devenir des membres à part entière de notre petit coin de pays. Autant en tant qu’individu, qu’en tant que société, nous sommes tributaires de ce lieu symbolique qu’est l’Université. Oui, l’UQÀM, de par son histoire, est un symbole de ce qui est québécois.

Mais voilà…

Nous sommes devant un dilemme. Des recteurs mal venus ont mis la santé financière de notre fleuron en grave danger. La souveraineté de notre établissement est mise à mal par un plan de redressement qui s’avère inacceptable. On va couper des cours qui, soit disant, ne sont pas importants. On va mettre fin à l’embauche de professeurs et, par le fait même, rajouter du poids sur le dos de ceux et celles qui résistent au goût d’aller voir ailleurs. Bref, on va nous demander d’éponger les dégâts de Denis, d’endosser le plan de Corbo et de faire des courbettes à Courchesne. C’est inacceptable !

On donne une mission plus que questionnable à l’institution universitaire en lui demandant d’être rentable comme Nike ou Ford. On méprise l’Université quand on oublie à quoi elle sert, ce qu’elle apporte à notre société : des chercheurs, penseurs, scientifiques, visionnaires, artistes, gestionnaires, juristes, etc. Des membres du monde du travail qui sont, bien souvent, des ancien(ne)s étudiant(e)s de l’UQÀM. D’où l’importance de l’Université. Des gens ayant appris un métier entre ces murs, des gens avec des convictions.

Justement, parlant de convictions, cessons de faire l’autruche et soyons introspectifs. Comment se fait-il que notre discours ait peine à sortir de nos murs de béton ? Comment se fait-il qu’après autant d’efforts, autant d’effervescence progressiste et ingénieuse, nos concitoyens ne voient en l’UQÀM qu’un amalgame de hurlements, de sabotage et de jeunes irresponsables ? Est-ce que l’intifada contre Charest et Corbo est une méthode à privilégier ? Permettez-nous d’en douter. C’est la communauté étudiante qui perd, au bout du compte.

De nouvelles réalisations

Nous avons autre chose à faire que de lancer des roches à un vieux Corbo coincé dans un étau entre un gouvernement borné et un état financier catastrophique. Parce que ce gouvernement borné, ce sont nos concitoyens qui l’ont élu. Ce sont des citoyens et des citoyennes qui ont légitimé leurs programmes.

Nous avons la conviction qu’il ne faut pas attendre que l’opinion publique soit sensible à la cause, on risque d’attendre longtemps. Il faut aller la chercher nous-mêmes. Comment convaincre les gens que l’éducation est une priorité que notre gouvernement néglige ? À nous de bâtir un discours constructif, de retourner à l’essence même de l’Université. Ce qui dépasse largement les chiffres, les profits, la rentabilité administrative et la logique technocrate ; cet opium si répandu. Au final, une université forte ne sert pas qu’à la communauté étudiante, elle sert aussi et surtout à l’ensemble de la société.

Nous devons construire un nouveau discours, mais cela demande du temps et de la rigueur. Cependant, ce discours est essentiel à la justification de la grève et il pourrait se construire à partir de ces actions précises :

Rassembler des anciens étudiants et des anciennes étudiantes pour qu’ils s’expriment publiquement sur ce que l’UQÀM a pu leur apporter.

Exposer leurs accomplissements, ce qu’ils ont apporté à la société québécoise, en soulignant que l’Université est inhérente à ces réalisations.

Contrer l’amnésie collective en dressant un portrait historique de ce que la scolarisation a généré comme transformations essentielles au Québec, tout comme dans n’importe quelle société.

Autant de propositions concrètes qui, selon nous, méritent d’être considérées. Nous fêterons bientôt l’anniversaire de mai 68. Une génération s’est levée pour de nouveaux acquis sociaux… Il faut le leur rappeler.

La grève pour se donner du temps ?

Nous savons que la mobilisation prend du temps et certains diront que la grève pourrait nous en donner. Or, une grève, c’est tout sauf une banque de temps. Une grève, c’est l’action symbolique par prédilection, l’apogée du processus. Partir en grève pour se donner du temps, c’est comme partir en guerre sans plan stratégique. C’est envoyer des soldats au front sans respecter leur sacrifice. Justement, ne trouvez-vous pas qu’on perd beaucoup trop de soldats ? Excusez la démonstration militaire, mais le parallèle est éloquent. Les problèmes de quorums insuffisants, de découragement, d’épuisement et de ras-le-bol collectifs survenant de façon intermittente, entre des résultats frustrants et une nouvelle envolée de mandats adoptés, en sont des exemples flagrants.

Avons-nous un véritable rapport de force avec la ministre ou l’administration ? Chaque fois que nous déclenchons une grève dans l’espoir qu’un éventuel « momentum  » se crée, nous en réduisons la portée. La CSN, lorsqu’elle sort en grève avec ses membres, prévoit frapper une fois, frapper fort, frapper précisément en s’assurant d’avoir un rapport de force solide.

Tout est dans l’approche

Évitons de compromettre nos efforts de mobilisation dans des actions qui suscitent trop souvent l’indignation et qui nous éloignent de notre cause première : la valorisation et la défense de l’éducation. Cessons de concentrer notre énergie sur quelques personnages monotones et prônons un argumentaire non pas mou et perverti, mais constructif et enrôlant.

Alors, il ne nous reste plus qu’à dire oui à la discussion et à un mouvement étudiant basé sur le partage et la solidarité.

Oui au retour de ce que devrait être l’Université du Québec à Montréal ; un lieu d’échange, de culture et d’apprentissage.

Pour un réinvestissement pas n’importe comment. Un réinvestissement en communication !

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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