Récit d’un voyage au Liban

Avant de m’être décicée à retourner au Liban après huit ans d’absence, les seuls souvenirs que ma mémoire avait de ce pays étaient flous. Ils resurgissaient de temps en temps sous forme de flashbacks parfois heureux, parfois ambigus, sur les sept premières années de ma vie : les fins de semaines à la campagne, les étés à la mer, des nuits ou je n’arrivais pas à fermer l’oeil à cause des bombardements et l’inquiétude de mes parents que l’enfant que j ’étais pouvait sentir mais pas comprendre.

Étant donné la façon dont les médias occidentaux rapportaient la situation de crise actuelle engendrée par l’élection du président, j’anticipais le pire. Je m’étais préparée psychologiquement à attendre des heures interminables à des barrages militaires, à faire fouiller mes bagages, à montrer mon passeport une dizaine de fois et à ressentir la peur de la population. Heureusement, aucune de ces prémonitions ne s’est réalisée et au lieu de la peur, je comprenais sur les visages et dans les paroles des Libanais le dégoût et le découragement face à leurs conditions de vie et leurs dirigeants. Le Liban s’enfonce, année après année, guerre après guerre, dans une crise qu’aujourd’hui seul un miracle pourrait régler. À mon arrivée, j’ai repris contact avec des amis d’enfance, à présent tous étudiants universitaires. Ils m’ont bombardée de questions sur la Canada, ce pays qui les fait rêver. Ils m’ont raconté qu’ils avaient l’impression de perdre leur temps à l’école, car les perspectives d’emploi à la sortie de l’université sont très faibles. Ajoutez à cela une baisse drastique des salaires et un coût de la vie relativement élevé et il n’en faut pas plus pour que les jeunes Libanais se rassemblent aux portes des ambassades pour demander des visas d’émigration.

J’ai constaté que la politique prend une grande place dans la vie des Libanais. La majorité des gens sont politisés. De l’enfant de 11 ans au « pépé » sourd en chaise roulante, tout le monde défend son opinion à la vie, à la mort. Vous vous doutez bien que j’ai eu droit à des discours politiques virulents. Chacun a essayé de me convaincre d’appuyer un tel parti ou un tel futur président. Les opinions sont nombreuses et partagées souvent selon la confession des personnes qui les expriment. Je n’aurai pas la prétention de les analyser. Pour les intéressé(e)s, certains journalistes, tel Robert Fisk, le font avec plus de brio que je ne pourrais le faire. Par contre, je partage l’opinion de ce dernier au sujet de la situation politique du pays. Tant que les Libanais ne se feront pas confiance, il n’y aura pas d’espoir de paix permanente. Le Liban vit réellement une situation tragique et paradoxale. La France en a fait un État confessionnel et tant qu’il en sera ainsi, il sera impossible pour le Liban d’être un État moderne. Mais le problème est que le confessionnalisme fait l’identité même de ce petit pays.

Après quelques temps, j’ai réalisé qu’étant donné la complexité de la vie de tous les jours au Liban, je ne pourrai jamais retourner habiter mon pays d’origine sans commencer à prendre des antidépresseurs. Alors, je devrai me contenter du Canada, un prix de consolation qui me satisfait amplement. Par ailleurs, j’ai profité de mon séjour dans mon pays d’origine pour le balayer du nord au sud. Il faut dire que c’est plutôt facile en raison de sa petite superficie. J’ai été étonnée de la diversité des paysages. On passe en quelques heures des forêts de cèdres emblématiques, aux sommets enneigés, aux petites collines à végétation basse caractéristiques des régions méditerranéennes, à la plage et enfin à la mer… J’ai vu des collines façonnées en pentes où l’on cultivait des arbres fruitiers, des oliviers et de la vigne. J’ai parcouru la côte aux allures d’Eden où à perte de vue poussent les agrumes, les bananiers et les palmiers. D’autre part, c’est un pays riche de sa culture. Des traces de couches historiques se superposent sur l’ensemble du territoire, allant de la Préhistoire, à l’occupation des Ottomans en passant par les civilisations phéniciennes et l’empire romain.

Beyrouth, la capitale, est une ville de contrastes avant tout. Au centre-ville, il est possible de trouver des projets architecturaux contemporains de métal et de verre côtoyant de vieux bâtiments de béton troués entre 1975-90 par des balles, des bombes ou je ne sais quel autre instrument de guerre. Ou bien encore une mosquée à quelques mètres d’une église, ou encore des tentes du Hezbollah en plein centre marchand. J’ai été initiée au night life de Beyrouth qui n’a vraiment rien à envier à celui de Montréal. On a l’embarras du choix entre les bars et boîtes de nuit à design moderne et musique électro. On y fait de drôles de rencontres aussi : riches Saoudiens, Syriens, Égyptiens, reconnaissables entre autres à leur accent et leur physionomie différente des Libanais. À les voir aller on les croirait tous à la recherche de belles femmes libanaises à l’esprit libéré et au décolleté plongeant, denrée parfois rare dans leurs pays.

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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