Regard sur le journalisme indépendant

Jean-Sébastien Marsan – Congrès de l’AJIQ

L’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) a souligné ses vingt années d’existence, autour d’un congrès réussi, le 15 mars dernier. L’événement a rassemblé quelque 80 membres dont plusieurs vétérans du journalisme indépendant.

Cette réunion annuelle permet de briser l’isolement des pigistes et de s’armer contre les nouveaux défis du métier. Les participants ont pu assister à quatre conférences, toutes aussi pertinentes les unes des autres. Le congrès s’est terminé sur une note conviviale et mondaine, par un léger coquetel. Occasion souhaitée pour établir un réseau contact et pour les étudiants de se familiariser avec l’univers journalistique.

À travers les différentes conférences, un portrait est brossé du travail à la pige et de ses enjeux. Les tendances que les médias empruntent sont discutées et l’adaptation que requiert la nouvelle réalité du marché sur la pratique du journalisme, est abordée. Il en ressort que, de plus en plus, on tend vers la spécialisation ; les pigistes sont appelés à acquérir un champ d’expertise particulier. Paradoxalement, le journalisme-citoyen s’accapare avec effervescence l’espace médiatique. L’avènement d’Internet octroie une diffusion massive à certains blogueurs. À ce chapitre, Marie-Claude Ducas, rédactrice en chef d’Info Presse, a déclaré que certains blogs sont davantage visités que The New York Times. Inévitablement un volet est accordé à la concentration des médias qui influe directement sur la pratique des pigistes. La convergence nuit considérablement au travail des collaborateurs. En fait, le texte d’un journaliste peut être exploité sous différents médiums sans, toutefois, gonfler son cachet. L’hebdomadaire, ICI, vitrine de l’empire Quebecor, somme ses collaborateurs à signer un contrat les obligeant à céder les droits moraux qu’ils détiennent sur leur œuvre. L’AJIQ s’est positionné ouvertement contre cette signature. Son président, Nicolas Langelier, a encouragé ses membres à tenir tête à la direction de l’hebdomadaire. Pour le Vice-Président, Jean-Sébastien Marsan, «  Canoë c’est un grand estomac qui remâche tout  ».

Chaque année les écoles de journalisme québécoises forment des centaines de diplômés. Mais, rares sont les journalistes qui, en début de carrière, réussiront à se faire une niche dans les grandes boîtes. La plupart se tourneront vers le travail à la pige qui offre davantage de débouchés aux jeunes débutants. Pour plusieurs journalistes, le travail à la pige découle d’un choix délibéré. Cette pratique souvent dénigrée et considérée comme une porte de sortie, offre un degré de liberté élevé. Les membres de l’AJIQ ont témoigné d’un énorme enthousiasme et d’une haute estime à l’égard de leur métier. Nombre d’étudiants partagent une passion inhérente pour l’international. Toutefois, il s’avère souvent difficile de conjuguer études et voyages. Dans ce cas, la publication d’articles peut s’avérer un excellent moyen d’autofinancement. Dans un atelier donné dans le cadre du dit congrès, les conférenciers invités se sont penchés sur l’exploration de nouveaux marchés, dont le reportage international constitue une facette importante.

« On doit être battant pour faire du reportage à l’international  » a déclaré Lisa-Marie Gervais, pigiste pour Le Devoir et globe-trotter accomplie. Mais, il est possible de décrocher de nombreuses bourses, «  Il s’agit uniquement de postuler et de proposer un projet  » a t-elle souligné. Elle-même récipiendaire de plusieurs bourses, elle en connaît les vertus. Avant de partir à l’étranger, il est également essentiel de soumettre son projet auprès des éditeurs qui, soit dit en passant, privilégient les séries de reportages. Le journalisme à l’étranger est possible et concevable. Si vous êtes curieux et assoiffés d’informations, le journalisme indépendant peut constituer une perspective d’avenir intéressante.

Les pigistes, souvent relayés à l’arrière-scène du journalisme, trouvent voix au sein de cette association qui prend en considération la réalité, souvent difficile, du journalisme indépendant. À l’ère ou les «  webzines  » prennent une expansion fulgurante, le journalisme indépendant constitue une belle avenue à emprunter.

« Vingt ans après sa fondation, l’AJIQ continue de démontrer le rôle essentiel qu’elle joue, en tant que seule organisation au Québec à se préoccuper du sort des journalistes indépendants », a déclaré le président, Nicolas Langelier. L’AJIQ, c’est une oreille tendue qui prend en considération les revendications des collaborateurs pigistes. Non seulement elle traite des enjeux relatifs au métier, elle se propose également de seconder et d’épauler ses membres à travers les chemins battants du journalisme indépendant.

Cet a paru dans l'édition Mars 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires