La solution à l’abstention ? Le vote!

Dans plusieurs pays, le vote est obligatoire

59,1 %, c’est le taux de participation obtenu aux élections fédérales du 14 octobre 2008. Un record de faiblesse enregistré au Canada pour une élection générale. Alors que pour plusieurs démocraties occidentales le taux d’abstentionnisme grandit à chaque scrutin, dans d’autres pays, jusqu’à 90% des citoyens se rendent aux urnes pour accomplir leur devoir. En fait, ce n’est pas que ces électeurs portent nécessairement plus d’intérêt à la politique que les Canadiens, mais bien que pour eux, le vote est obligatoire.

Voter : une obligation morale

Dans plusieurs pays, l’abstention électorale est considérée comme une infraction à la loi, mais bien souvent, les sanctions imposées aux contrevenants sont plutôt de nature symbolique. Au Liechtenstein par exemple, les personnes qui ne se présentent pas aux urnes et qui ne peuvent donner d’excuses valables sont passibles d’une amende d’environ 13 euros, qui n’est en pratique jamais exigée. En Suisse, dans le canton de Schaffhouse, les électeurs qui n’ont pas été voter doivent verser 2 euros dans les banques de l’État. Bien que ces mesures peuvent sembler inefficaces, la participation électorale au Liechtenstein dépasse généralement 80% et celle du canton de Schaffhouse est habituellement la plus importante au pays.

L’abstention, un choix dispendieux

Bien entendu, c’est dans les États où les sanctions sont les plus sévères que l’imposition du vote obligatoire a réellement eu un impact sur le taux de participation. En Australie, celui-ci est passé de 58 à 91% suite à l’adoption de cette loi. Les électeurs australiens doivent dorénavant payer une amende s’ils ne s’inscrivent pas sur la liste électorale, et une autre s’ils n’ont pas été voter. Celles-ci s’élèvent à environ 50 et 20 dollars australiens chacune. Contrairement à certains pays où les sanctions ne sont jamais réellement appliquées, en Australie, les fautifs qui refusent de payer peuvent être condamnés à des travaux d’intérêt général, à la saisie de leurs biens ou même à une courte peine de prison. En Autriche, dans le Land du Vorarlberg, les amendes peuvent varier entre 400 et 700 euros; tandis qu’au Luxembourg, elles peuvent atteindre de 100 et 250 euros pour une première abstention et de 500 à 1 000 euros en cas de récidive dans les cinq ans suivant la première condamnation. Ces amendes sont donc assez élevées pour convaincre les électeurs d’accomplir leur devoir de citoyen.

Quand l’abstention est un crime

Au-delà des sanctions monétaires, quelques pays ont choisi d’appliquer des mesures qui ont un impact directe sur la vie politique et sociale des citoyens. En Belgique par exemple, si un électeur s’abstient quatre fois dans une période de quinze ans, il risque de perdre son droit de vote pour les dix prochaines années et d’être écarté des nominations, des promotions et des distinctions offertes par les autorités publiques durant ce laps de temps. En Grèce, les abstentionnistes peuvent se voir refuser l’obtention d’un passeport ou d’un permis de conduire.

Certains pays ont adopté des mesures encore plus radicales, comme le Pérou, où certains services publics peuvent être refusés aux personnes qui ne sont pas en mesure de présenter un bulletin d’électeur validé. Dans quelques États, comme le Chili ou l’Égypte, les citoyens n’ayant pas été voter peuvent même courir le risque d’être emprisonnés.

Faciliter le vote

Bien que ces pays appliquent des mesures coercitives pour inciter les gens à se rendre aux urnes, certains gouvernements ont aussi adopté plusieurs moyens pour faciliter le vote. En Belgique, en contrepartie des sanctions, l’État s’est engagé à rembourser les frais de déplacement des électeurs qui ne résident plus dans la commune où ils sont inscrits. Les Belges ont aussi la possibilité de voter par procuration à la seule condition de justifier leur impossibilité de se rendre au bureau de vote. Plusieurs pays permettent aux citoyens de voter par correspondance, à domicile ou par anticipation. En Italie, les tarifs des transports ferroviaires et des péages autoroutiers sont réduits la journée du vote. Quant au gouvernement australien, il offre même des bureaux de vote mobiles pour faciliter l’accès aux citoyens qui ne peuvent se déplacer.

Un vote obligé est-il un vote éclairé?

Le vote obligatoire a réellement un impact sur la hausse du taux de participation dans les pays qui imposent des sanctions aux électeurs qui s’abstiennent de voter. En Belgique par exemple, environ 90% de la population se rend aux urnes le jour du scrutin. Toutefois, le fait d’obliger les gens à aller voter a-t-il une influence concrète sur l’intérêt qu’ils portent à la politique ? L’étude « The Paradox of Compulsory Voting : Participation Does Not Equal Political Knowledge  », réalisée par Henry Milner, Peter John Loewen et Bruce M. Hicks de l’Université de Montréal, a tenté de vérifier si le vote obligatoire amène les citoyens à mieux s’informer sur les enjeux politiques. Cette recherche a été menée pendant la campagne électorale québécoise de 2007 sur un groupe d’étudiants de niveaux collégial. Les chercheurs ont payé deux groupes de jeunes pour répondre à leurs sondages, mais un des deux groupes devait obligatoirement aller voter pour obtenir son dû. Ils ont ainsi tenté de déterminer si les étudiants payés pour se rendre aux urnes se renseigneraient plus sur la politique, en discuteraient plus souvent et suivraient l’actualité plus fréquemment, que ceux qui n’étaient pas obligés d’aller voter pour obtenir leur récompense. Leur conclusion : ils n’ont constaté aucune différence entre les deux groupes. Bref, cette recherche a démontré que le vote obligatoire ne crée pas nécessairement des citoyens mieux informés des enjeux politiques.

Le vote obligatoire : est-ce vraiment la solution ?

Le vote obligatoire n’a peut-être pas d’impact véritable sur le devoir de chaque citoyen de s’informer des questions politiques pour faire un choix mieux éclairé, mais il contraint les politiciens à prendre en compte les intérêts de toutes les classes dans leur campagne électorale. Les jeunes, les pauvres, les différents groupes en marge de la société sont les électeurs qui désertent le plus les bureaux de scrutin. Dans une démocratie où le vote est obligatoire, leur voix peut avoir une importance significative dans les résultats du scrutin. Ensemble, ils constituent un contrepoids aux petits groupes plus influents.

Au Canada, le débat sur l’adoption de sanctions pour contrer l’abstentionnisme est loin d’être clos. Plusieurs personnes considèrent que le vote obligatoire brime la liberté civile des citoyens et qu’il ne s’attaque pas au fond du problème. Les politiciens doivent peut-être se questionner davantage sur le désintérêt et le cynisme de la population face au politique avant d’imposer des mesures coercitives à ceux qui ne se sentent pas interpellés par leur discours.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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