Le manifeste des Échassiers

Julien Durand-Guay et Jérôme Cotte

Nous, les Échassiers, portons un idéal : l’action citoyenne doit jouer un rôle de première importance dans une démocratie. La participation des citoyens aux débats, à la prise de décision et à la mise en œuvre, permet d’engendrer le mouvement social qui est au cœur de ce concept. Les Échassiers dénoncent la réduction de la citoyenneté à l’acte de voter. Être citoyen, c’est avant tout développer une pensée critique qui permet à l’individu de prendre position dans l’espace public.

Les Échassiers sont préoccupés de la situation particulière de l’éducation au sein de la société québécoise. Le débat vise tous les niveaux d’enseignement. L’éveil de la pensée critique se forge dès l’enfance. L’éducation doit donner à tous, tous les outils nécessaires afin d’acquérir le pouvoir de penser par soi-même. Elle vise le développement de la raison par une culture générale plurielle (histoire, philosophie, géographie, économie, science, droit, etc.). La multiplicité des savoirs est capitale dans formation des citoyens de demain.

Nous déplorons le fait que la transmission du savoir soit soumise à l’offre et à la demande du marché du travail. Au détriment d’une éducation de qualité, tous les champs d’études sont technicisés. Ces courbes agissent comme deux fouets manipulés par une main invisible maladroite qui domptent l’éducation.

Face à cette réalité, le gouvernement se désinvestit de son rôle de pourvoyeur en éducation. La longue marche des Échassiers veut éveiller la conscience citoyenne, et stimuler le niveau des débats politiques actuels. Par ce manifeste, les Échassiers s’engagent à chausser leurs échasses et à parcourir plus de 2000 kilomètres pour revaloriser l’éducation.

Notre système d’éducation devrait développer davantage ses dimensions humanistes, culturelles et pratiques. Les Échassiers croient que cette évolution doit s’enraciner dans des discussions inclusives et franches. Par notre longue marche nous voulons provoquer des débats sur des qui nous préoccupent particulièrement :

• Le rôle de l’éducation au sein de la société

L’éducation doit permettre à l’humain de comprendre les mondes dans lesquels il vit et de développer la capacité d’y poser un regard critique.

• L’accessibilité de l’éducation

À tous les niveaux, l’éducation doit être accessible. Si une seule personne ne peut avoir accès à une éducation diversifiée de qualité, il y a une sérieuse faille dans le système.

• La qualité de l’enseignement

Les étudiants doivent avoir accès à un maximum de ressources académiques, matérielles et pédagogiques. Les écoles doivent pouvoir compter sur des enseignants spécialisés qui ont à cœur la transmission du savoir dans tous les champs d’étude qu’elles proposent.

Les Échassiers dénoncent la constante ambiguïté du discours des politiciens. Ce qu’ils appellent « besoin » est en fait « idéologie ». Le choix du laisser-aller en éducation est directement lié au mode d’analyse dominant de nos sociétés : le regard économiste. Le monde est pluriel et nous le comprenons avec un regard global. Cette capacité à « penser la complexité  » est inhérente à une réflexion novatrice qui prend en compte les différentes disciplines.

La richesse de la diversité humaine transcende toute logique marchande. La complémentarité des mondes est le moteur de l’évolution. La dérive technique et professionnelle de l’éducation inquiète puisqu’elle menace la base fondamentale de cette diversité. La vie ne se résume pas aux quarante heures de travail hebdomadaire rémunérées.

Les Échassiers ont traversé plusieurs mouvements de grève et de protestation. Les statistiques et les études financières étaient au cœur des débats entourant ces événements. Curieusement, chaque vision s’appuie sur des données de rapports scientifiques. Cela nous attriste et nous laisse perplexe. Pour que la situation débloque, le débat devra dépasser ces considérations.

Le débat sur la valeur de l’éducation au sein d’une société est d’abord d’ordre philosophique. Nous pouvons choisir l’importance et le rôle qu’elle doit occuper.

Le plaisir dynamise et aide l’individu dans la réalisation de ses projets. Les échasses rappellent que la folie donne une dimension ludique à notre cause. Elles nous portent plus haut et nous permettent de diffuser notre point de vue dans le débat sur l’éducation

Les Échassiers se lancent dans ce périple, animés par un esprit d’aventure et d’espoir. Notre geste est avant tout politique.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires