Quelle équipe pour Obama?

Barack Obama

C’est maintenant officiel : Barack Obama sera le prochain président des États-Unis. Dès janvier, et pour au moins quatre ans, l’actuel sénateur de l’Illinois dirigera la plus grande puissance mondiale. Et s’il fait campagne depuis deux ans déjà, le plus gros du travail reste cependant devant lui. Qui choisira-t-il comme secrétaires pour l’assister dans ses tâches et le conseiller dans ses décisions ? Voyons un peu de quoi pourrait être composé le pouvoir exécutif américain dans le cabinet Obama.

Contrairement au Canada, chez nos voisins du sud, les secrétaires (équivalents des ministres chez nous) ne sont pas élus. Le président peut donc choisir ceux qui semblent les plus aptes à occuper telle ou telle fonction, après quoi chacun d’eux doit être approuvé par la Chambre Haute (Sénat). Les choix sont nombreux pour Obama qui a, dans son entourage, des dizaines de candidats qualifiés. Malgré tout, il pourrait aller piger un candidat chez ses adversaires républicains, question de limiter les divisions. Voyons un peu les options qui s’offrent à Obama pour combler les postes de trois secrétaires qui, dans la situation actuelle, seront d’une importance capitale.

Secrétaire d’État

Le secrétaire d’État américain est le représentant de la diplomatie du pays et l’équivalent de notre ministre des affaires étrangères. Plusieurs régions du globe sont présentement en plein ébullition et son rôle de médiateur dans des endroits chauds comme le Darfour, la Géorgie et le Moyen-Orient, entre autres, aura une grande influence sur la tournure des évènements. Selon Louis Balthazar, président de l’observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, les candidats sont nombreux. « Obama a une équipe de 300 conseillers brillants  », dit-il. Néanmoins, certains se distinguent du lot. Richard Holbrooke a occupé le poste d’ambassadeur des États-Unis à l’ONU de 1999 à 2001. Il est également l’un des principaux architectes des négociations de paix en Bosnie-Herzégovine par l’intermédiaire des accords de Dayton en 1995. « Il était dans l’équipe d’Hillary Clinton et n’est pas en bons termes, dit-on, avec Anthony Lake, un autre bon candidat, qui lui a soutenu Obama depuis le début  », explique M. Balthazar. Lake est un ancien conseiller en politique étrangère de Bill Clinton durant le premier mandat. Il a également servi en tant qu’officier lors de la guerre du Vietnam.

Secrétaire à la défense

Après le « fiasco  » Rumsfeld (2001-2006), la barre est haute pour celui qui va hériter de la direction du département de la défense des États-Unis. D’autant que Barak Obama souhaite un retrait des troupes américaines d’Irak d’ici deux ans, tout en augmentant de 10 000 hommes les effectifs américains en Afghanistan. Robert Gates, en poste depuis moins de deux ans, s’est tenu à carreau après les gaffes répétées de son prédécesseur. Dans ce dossier, Louis Balthazar est d’avis qu’Obama pourrait opter pour le statu quo. « Il est toujours bon, pour un démocrate, d’avoir un républicain dans son cabinet, explique-t-il. De plus, Gates est plutôt modéré  ». Cet ancien directeur de la CIA (1991-1993) avait d’ailleurs été présenté par George W. Bush au Sénat au lendemain de la débâcle des élections législatives de 2006, alors que les républicains avaient perdu la majorité des deux chambres (Sénat et Chambre des représentants). Outre Gates, M. Balthazar mentionne des noms comme William Perry, qui a occupé le même poste sous Clinton, ou Wesley Clarke, commandant en chef des forces de l’OTAN de 1997 à 2001 (Il a dirigé les opérations lors du conflit au Kosovo) et candidat à l’investiture démocrate de 2004.

Secrétaire au Trésor

La situation économique actuelle a relégué au second plan la guerre en Irak et le terrorisme dans les priorités électorales des Américains. Le prochain secrétaire au trésor aura, lui aussi, fort à faire. Des candidats ? « Pourquoi pas Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, tous deux prix Nobel d’économie ?  », lance M. Balthazar. Stiglitz a servi sous Bill Clinton et critique régulièrement les politiques économiques de l’administration Bush. Krugman, quant à lui, est un économiste réputé et tient une chronique au New York Times. Tout comme Obama, il est en faveur d’une plus grande répartition des richesses. Enfin Obama pourrait être tenté de demeurer avec Henry Paulson et son fameux plan, pour lequel il a d’ailleurs voté. « Pour paraître plus modéré et mieux vu des milieux financiers, à moins que Robert Gates ne soit choisi comme Secrétaire à la Défense  », explique Louis Balthazar, faisant référence au fait qu’Obama n’irait probablement pas jusqu’à nommer deux républicains.

Quant à un retour éventuel de Collin Powell, Secrétaire d’État durant le premier mandat de Bush fils et qui a récemment appuyé publiquement Barack Obama, M. Balthazar n’y croit pas trop. « Il ferait un excellent Secrétaire à la Défense, mais il a déjà occupé beaucoup de fonctions sous différents régimes républicains  », mentionne-t-il.

À propos des récentes critiques provenant du camp McCain qualifiant M. Obama de « socialiste  », Louis Balthazar fait la réflexion suivante : « même s’il a un instinct diplomatique et qu’il est vraiment commis à mieux répartir la richesse, Obama est clairement un homme du centre  ».

Enfin, mentionnons que la profession de Secrétaire est plutôt précaire, et rares sont ceux qui gardent l’emploi plus de quatre ans. En effet, la moyenne de durabilité est de 3,3 ans pour le Secrétaire d’État, de 2,77 ans pour le Secrétaire à la Défense et de 2,95 ans pour le Secrétaire au Trésor.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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