Rares sont les régimes actuels qui sont comparables au fascisme italien ou hitlérien des années 30. Ceux qui avaient accusé l’ADQ de tremper dans cette sauce ne savaient probablement pas qu’il n’était guère nécessaire d’autant étirer le concept pour trouver en ce début de XXIe siècle des forces politiques réellement fascistes. L’opposition oligarque bolivienne en fait malheureusement partie. Et ce n’est même pas une métaphore, ou une comparaison étirée.

L’opposition bolivienne s’appuie sur des groupes de jeunes militants violents, que ce soient les associations étudiantes de Sucre (capitale constitutionnelle, sud du pays) ou la Unión Juvenil Cruceñista (Union juvénile de Santa Cruz, métropole de l’Est, bastion de l’opposition). Ceux-ci n’hésitent pas à battre et humilier des groupes de supporteurs du MAS, vandaliser ou même incendier des immeubles gouvernementaux et menacer de mort des militants civiques qui dénoncent leurs exactions, saccager des locaux d’organisations paysannes ou indigènes, etc.

Grâce au Grupo Prisa, multinationale espagnole de la presse, l’opposition oligarque contrôle 80% des journaux du pays et la grande majorité des postes de télévision d’information, à travers lesquels elle diabolise systématiquement le gouvernement en place, quand il ne s’agit pas de désinformation pure et simple. Par exemple, faire passer l’absence des députés de l’opposition à une séance de l’Assemblée Constituante, lors de laquelle a été approuvé le projet de nouvelle constitution, sur la faute du MAS qui les aurait empêché d’entrer… alors que ce sont eux qui ont boycotté la séance, tentant par tous les moyens, devant leur position minoritaire, de décrédibiliser la chose.

L’opposition est fondamentalement conservatrice. Elle n’avance aucun projet de société alternatif, mis à part l’autonomie régionale. Elle prétend défendre les institutions libérales de la Bolivie, mais le fait surtout au niveau économique, ses méthodes politiques relevant de la propagande, de la discrimination raciale et de la violence organisée. À Sucre par exemple, une ville où le battage propagandiste masophobe a été assez extraordinaire, les graffitis comme « Mueran los Indígenos  » (Que meurent les Indigènes) ou « Evo cholo  » (cholo est un terme dénigrant les indigènes) sont loin d’être des exceptions. C’est dans la même ville qu’a eu lieu une humiliation sanglante d’indigènes le 24 mai passé (la veille de la fête d’indépendance), la foule les battant et les mettant à genoux, les hommes torse nu, devant leurs bannières qui brûlaient. « La foule  » n’est pas un rassemblement réprouvé de gangs de rue à la mode de Chicago : ce sont des étudiants de l’université San-Francisco-Javier, accompagnés de leur recteur, de la mairesse et de la gouverneure. Tout l’establishment politico-économique de la ville se satisfait de cet « exemple  » donné aux masistas qui auraient la mauvaise idée de se croire en sécurité à Sucre.

Le racisme ne s’exerce pas seulement sur les supporteurs d’Evo Morales qui ont le malheur d’arriver en minorité dans une ville hostile : à Santa Cruz, les indigènes et campesinos (paysans) immigrés en ville se sont fait le plus discret possible, car depuis le mois d’août dernier des incidents violents se sont multipliés dans les rues : crachats, injures, matraquage, tout est bon pour humilier ceux qui sont devenus les « barbares  », les masistas exécrés (qui ne sont souvent que des Boliviens indigènes sans affiliation partisane…).

Racisme institutionnalisé et exalté pour des raisons politiques, groupes de choc, de casseurs, propagande omniprésente autant à travers les médias traditionnels que sur les murs, conservatisme nauséabond : il ne manque plus que le culte de la personnalité et l’ambition d’un Anschluss.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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