Retour sur une campagne dérisoire

Stéphane Dion et Stephen Harper

Parsemée de hauts et de bas, la dernière élection fédérale n’aura pas changé grand-chose à l’échiquier politique des deux dernières années. Elle a cependant été chargée d’enjeux importants et d’événements de poids, qui ont conduit aux résultats tels qu’on les connaît. Retour chronologique sur une campagne mouvementée.

Semaine 1

Le premier ministre Stephen Harper s’est rendu le 7 septembre dernier, à la résidence de la gouverneure générale Michaëlle Jean afin de dissoudre la Chambre des communes. Dans l’espoir d’obtenir un gouvernement majoritaire, les conservateurs n’ont toutefois pas respecté leur propre projet de loi C-16 sur les élections à date fixe. Croyant avoir de bonnes chances de remporter une majorité, ils se sont cependant défendus d’avoir envoyé les Canadiens aux urnes plus tôt que prévu, parce que le Parlement ne pouvait plus fonctionner dans ce que Harper qualifie de « climat de plus en plus partisan en Chambre.  »

Dès les premiers jours de campagne, l’enjeu de la culture s’est imposé suite aux nombreuses coupures dans le domaine, réalisé par le gouvernement conservateur à la fin de l’été. La suppression de treize programmes de subventions culturelles, totalisant près de 45 millions de dollars, a rapidement entrainé une mobilisation des artistes québécois et canadiens contre le Parti conservateur. Plusieurs vidéos ont été mises en ligne, notamment « Culture en péril  » mettant en vedette Michel Rivard, Stéphane Rousseau et Benoit Brière, tout comme le site Internet Unissons nos Voix, une initiative de la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette, où des dizaines d’artistes et de citoyens ont pris la parole contre ces coupures.

Semaine 2

Alors que la première semaine de campagne a permis de donner rapidement le ton à la 40e élection générale, la deuxième a été plus riche en promesses. Alors que les conservateurs se sont surtout consacrés à la souveraineté du Grand-Nord canadien et à sa prospérité économique, les partis libéral et nouveau démocrate ont misé sur des places supplémentaires en garderies et une augmentation du nombre de médecins pratiquants. Le Bloc Québécois a quant à lui concentré ses promesses sur l’industrie forestière et la production agricole.

Finalement, la chef du parti vert a déposé sa plateforme électorale, présentant principalement des mesures économiques pour encourager le développement durable et la réduction de la pauvreté. Elle a surtout fait campagne dans l’ouest du Canada, surtout en Colombie-Britannique.

Le ministre et sénateur Michael Fortier a également profité de cette semaine de campagne pour lancer un assaut contre le Bloc Québécois en questionnant sa pertinence à Ottawa. Plutôt que de gagner des points, c’est le Parti conservateur au complet qui s’est mis à dos une partie des Québécois, qui ont vivement critiqué le manque de démocratie engendré par une telle action.

Semaine 3

La troisième semaine a une fois de plus été difficile pour le Parti conservateur. Les critiques ont fusé suite à l’annonce de Harper sur son intention de renforcer la loi contre les jeunes contrevenants, leur imposant ainsi des peines allant jusqu’à la prison à vie à partir de 14 ans. Gilles Duceppe a immédiatement affirmé qu’une telle mesure serait « livrer les jeunes en pâture à des agresseurs sexuels.  » Malgré les protestations, le chef du Bloc Québécois n’a pas retiré ses propos en ajoutant que ces mesures ne réhabiliteraient par les contrevenants, mais que cette mesure serait l’équivalent de les inscrire « à l’école du crime.  »

La troisième semaine a également été marquée par la présentation de la plateforme électorale libérale qui présente entre autres son plan vert et une aide importante au développement international. La campagne du NPD a quant à elle tourné autour du thème de l’économie canadienne en proposant de revoir l’ALENA et l’accord sur le bois d’œuvre.

Semaine 4

La deuxième partie de la campagne électorale a été monopolisée par les deux débats des chefs, auxquels participait pour la première fois le Parti vert. et la première participation du Parti Vert. Plusieurs ont gagné des points par leur assurance et leurs propositions, alors que le chef conservateur a reculé dans les sondages suite à sa piètre performance, à la fois dans le débat francophone que dans le débat en anglais. Stéphane Dion a été nommé grand gagnant par plusieurs, Jack Layton a montré une facette de sa personnalité plus sérieuse, Gilles Duceppe a excellé en rhétorique et Elizabeth May s’est fait connaître par plusieurs millions de téléspectateurs à travers le pays. Tous se sont cependant attaqués à une même cible, le chef conservateur Stephen Harper.

Cette semaine de campagne a également permis à un thème en particulier de dominer les débats : l’économie. La crise économique mondiale et le refus de Stephen Harper d’y voir un problème ont permis aux autres partis de prendre plus de place dans l’espace public et de démontrer leurs capacités à gouverner.

Semaine 5

La dernière semaine complète de campagne a été caractérisée par une mobilisation commune des partis fédéraux dans l’espoir de bloquer l’essor des conservateurs, partout à travers le pays. Le manque de crédibilité de Stéphane Dion s’est fait sentir de plus en plus, surtout après la diffusion d’une entrevue embarrassante pour le chef libéral sur les ondes de CTV. Après avoir demandé à trois reprises de reprendre l’entrevue, le chef libéral a dû se faire expliquer la question par un membre de son équipe. Stephen Harper a profité de cette gaffe pour ridiculiser Dion et expliquer qu’il est un meilleur chef et un meilleur chef. Toujours dans l’optique d’une mobilisation commune, même Gilles Duceppe s’est porté à la défense de Dion en affirmant que la connaissance de la langue anglaise ne devrait pas être un enjeu dans la campagne, puisque plusieurs chefs ne maîtrisent pas mieux la langue française.

De plus, le site Internet « Vote for the environment  » a été publicisé à la fois par le Bloc Québécois que par le Parti Libéral, dans l’optique d’encourager les Canadiens à voter stratégiquement pour éviter un autre gouvernement conservateur.

Finalement, les conservateurs ont profité des dernières journées de campagne pour présenter leur plateforme électorale et du même coup, annuler les coupures dans la culture. Avec cette dernière intention, les conservateurs ont tenté le tout pour le tout afin de rallier les citoyens autour d’un gouvernement majoritaire plus fort.

Semaine 6

Après avoir parcouru le pays plusieurs fois et mis de l’avant des dizaines de propositions, les Canadiens ont réélu pour la deuxième fois un gouvernement minoritaire conservateur. Malgré le plan vert audacieux présenté par les libéraux, l’image négative du chef Stéphane Dion a valu au parti sa deuxième pire performance de l’histoire en ne récoltant que 76 députés. L’aisance de Jack Layton et les propositions progressistes ont permis au Nouveau Parti Démocrate de faire un gain de huit sièges. Le travail acharné de Gilles Duceppe et son équipe partout à travers le Québec lui a permis de bloquer plusieurs députés conservateurs, tout en préservant plus ou moins leurs acquis. La victoire la plus importante aura certainement été celle de la députée de Vaudreuil-Soulanges Meili Faille sur le ministre Michael Fortier, pourtant présent dans le comté depuis plus de deux ans. Le système électoral uninominal à un tour du Canada n’aura pas permis aux Verts de faire élire leur chef ni même de députés, mais le parti aura réussi à presque doubler le nombre de votes reçus.

Finalement, malgré les protestations et les critiques, les conservateurs ont conservé leurs dix sièges au Québec, mais en gagnant 19 autres comtés un peu à travers le pays, principalement en Ontario et en Colombie-Britannique.

Résultat de cette 40e élection générale ? Rien n’a vraiment changé. Le scrutin a coûté aux Canadiens près de 350 millions de dollars et en fin de compte, Stephen Harper n’est pas ressorti plus fort de cette élection, puisqu’il conserve un gouvernement minoritaire. La débandade du Parti Libéral aura cependant couté sa place au chef Stéphane Dion, qui a remis sa démission près d’une semaine après le scrutin. La seule donnée alarmante de cette campagne, le taux de participation des électeurs n’aura été que de 59,1%, le plus bas dans l’histoire du pays, prouvant une fois de plus que la dernière élection était dérisoire.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires