Une question de procrastination?

L’échec au premier cycle universitaire est un problème crucial au Québec mais également dans le monde entier. Une étude menée à l’UQÀM au milieu des années 90 révèle que 52% des nouveaux inscrits quitteront l’université sans diplôme. Une autre étude, menée à Toulouse, divulgue que 70% des étudiants de première année subiront des échecs. Ces constats sont aujourd’hui connus et l’image de l’université en est fortement affectée. Est-ce à dire que l’université est un véritable espace de sélection sociale et que les étudiants ne possèdent pas les compétences nécessaires pour réussir?

Dans la majorité des cas, les étudiants universitaires vont affronter leurs premiers échecs scolaires pour une raison bien simple : les études antérieures n’ont jamais été assez exigeantes pour qu’ils aient besoin de développer des méthodes de travail efficaces. C’est ce qu’affirme Christian Bégin, professeur au département d’éducation et de pédagogie de l’UQÀM et spécialiste en stratégies d’apprentissage.

La fameuse « dernière minute »

De nombreux étudiants vont utiliser, comme méthode de travail principale, la fameuse « dernière minute ». Repoussant toujours au plus loin possible de l’échéancier ce qu’il a à faire, l’étudiant ne commence à être productif que lorsqu’il se retrouve au pied du mur. « La majorité des jeunes qui vont faire leur secondaire et cégep à la dernière minute réussissent à performer. À l’université, c’est le choc, car les groupes sont plus gros et la densité de matière et de lecture est beaucoup plus importante », souligne M. Bégin.

Confrontés à leurs premières difficultés ou baisses de notes importantes, certains vont s’adapter et découvrir par eux-mêmes des nouvelles méthodes de faire. C’est le cas pour le tiers des étudiants qui rencontrent des problèmes. Les deux autres tiers vont reproduire le comportement de « dernière minute » qu’ils ont toujours fait, et feront face à leurs premiers échecs. M. Bégin explique qu’en ne lisant pas ou peu leurs textes, en ne révisant pas leurs notes et en se prenant qu’une semaine ou moins avant la date de remise, ces étudiants seront capables de produire un travail, mais dont la qualité sera insuffisante. Tôt ou tard, ces élèves abandonneront certains cours ou leur session, ou encore, se rendront à l’évidence : il faut changer la méthode de travail.

Ainsi, la fameuse « dernière minute » risque de mener certains élèves à l’échec scolaire, et d’autres à l’épuisement mental. Après plusieurs semaines et sessions de stress intense, les étudiants craquent et décident d’aller consulter : « La première question que je leur pose : quelles sont tes notes ? Et que la personne me réponde des A. Eh bien c’est dommage, mais ce sera très difficile de changer la ‘’dernière minute car ça performe’’ renchérit M. Bégin. Il n’y a donc pas de raison logique pour ces «bollés », mise à par le mal d’être du moment, de changer leur comportement du tout au tout. Selon M. Bégin, trop d’élèves dans cette situation vont tenter de copier des modèles d’étudiants qui gèrent mieux leur période d’études. Mais il n’y a pas de formule magique : « il faut cibler des périodes personnelles d’efficacité et des échéanciers qui nous conviennent, car si on tente d’adopter un rythme qui n’est pas le nôtre, ça ne fonctionnera pas », ajoute le spécialiste.

Le métier d’étudiant

Une fausse pensée qui règne dans le milieu universitaire est celle de prendre pour acquis que l’étudiant, théoriquement, a les compétences nécessaires pour réussir. En plus des techniques de travail inadéquates, l’élève n’est pas toujours conscient de son métier d’étudiant et de toutes les responsabilités qui l’accompagnent, dont la plus importante : celle d’apprendre. Or, comme le souligne M. Bégin, « pour réellement apprendre, il faut pouvoir transposer l’information de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme ».

Le premier facteur qui va favoriser cet apprentissage en profondeur est l’utilité que l’étudiant va percevoir de son cours. Si l’information semble inutile, il n’apprendra pas. Le hic, c’est que la matière de premier cycle comporte des concepts qui sont très abstraits, et on ne sait pas toujours à quoi ils vont servir. « Les étudiants vont trouver leurs cours ‘’archi-plates’’, car ils cherchent à avoir quelque chose à mâcher alors qu’ils doivent apprendre à mâcher en premier », explique le pédagogue. Effectivement, les universitaires développent une façon de penser propre à leur discipline qui leur permettra d’avoir une capacité d’analyse sur la réalité, mais ça, on ne leur rappelle peut-être pas assez souvent.

Le deuxième facteur favorisant l’apprentissage est la capacité de lier une nouvelle connaissance avec quelque chose de connu. En utilisant des exemples ou des analogies, le professeur va faciliter la tâche de l’étudiant de mettre la matière en contexte. Par contre, ajoute M. Bégin, les enseignants à l’université ne sont pas toujours très pédagogues, étant spécialistes dans un domaine à prime abord. « L’étudiant va souvent devoir chercher par lui-même des ressources pour compléter sa compréhension », souligne le docteur.

À qui la faute ?

Hélas, les étudiants ne sont pas tous conscients de leurs responsabilités et faute de persévérer ou de se prendre en main, ils adoptent une attitude passive qui diminue leur capacité d’absorption de la matière. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’on tient compte du faite que l’attitude négative peut affecter jusqu’à 50% du rendement dans la mémorisation. Bien évidemment, si le professeur ne fait pas valoir l’utilité de sa matière ou n’arrive pas à l’articuler, il aura de la difficulté à motiver l’étudiant. Dans tous les cas, les problèmes de sous-performance et de rendement ne peuvent être mis sur le seul compte de la compétence de l’enseignant, ni de l’élève, mais bien d’une multitude de facteurs.

Solution : la Réforme ou quand les poules auront des dents

Est-ce que ces problèmes de rendement auraient pu être évités par une formation primaire et secondaire plus adéquate, plus axée sur les pratiques méthodologiques ? M. Bégin hésite. Non, car il est très compliqué d’expliquer à un élève du secondaire de gérer son horaire puisque le contexte fait en sorte qu’il n’a pas beaucoup d’exigences à tenir en compte. Oui, car à l’aide d’ateliers de gestion du temps obligatoires, les jeunes apprendraient à accorder un certain temps aux études, sans changer pour autant l’ensemble de leur mode de vie.

Et qu’en est-il des programmes de formation des enseignants, se préoccupent-ils suffisamment de la prévention aux difficultés scolaires ? Cette fois-ci, le pédagogue n’hésite pas : la réforme qui est appliquée depuis 1999 dans la formation et dans le milieu de l’enseignement risque de changer la donne. La réforme vise à aider les jeunes à développer les outils intellectuels qui leur permettront d’apprendre pour tous leur niveau d’étude. « Les fondements de cette réforme visent à mettre les apprentissages en contexte, afin que les jeunes voient l’utilité de ce qu’on leur enseigne » souligne Christian Bégin.

Malgré toutes ces belles idées, le spécialiste se montre pessimiste. « Le problème avec la réforme », explique-t-il, « c’est que lors de son application, il y a eu un important dérapage sur les manières de l’interpréter ». Le ministère de l’Éducation n’a jamais facilité la situation puisqu’il a informé de manière grossière le public, les médias et surtout, les professeurs déjà en place. Bref, la réforme a des fondements valables, mais son application semble être, pour l’instant, voué à l’échec. En attendant sa réussite ou l’arrivée sur le marché du travail des nouveaux enseignants formés sous son dictat, les élèves actuels devront s’en passer.

« Dans toutes les situations où les étudiants rencontrent des difficultés, la première personne à consulter devrait être le professeur », explique Christian Bégin. Aussi, dans plusieurs programmes de premier cycle, des moniteurs – anciens étudiants ayant passé à travers le programme- sont disponibles pour offrir leur aide. Il y a également les services à la vie étudiante qui proposent des activités destinées à outiller les étudiants à mieux faire face à leurs exigences scolaires. Les étudiants universitaires, plus que tout autre, doivent se donner les moyens de réussir et les ressources ne manquent pas : il suffit d’aller les consulter. Il faut donc agir et rompre le cycle infernal de la sélection passive au premier cycle d’université.

Cet a paru dans l'édition Novembre 2008 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires

  • ouais et que dire du système élitiste français où il faut passer un concours pour rentrer dans les facs et où un 12 sur 20 représente un travail remarquable ! Québec quand tu me tentes…

    Marc
  • Et quel est le nom de ces fameuses facs ou tu dois passer un concours d’entrée ? tu confondrais pas plutot avec des Ecoles ?

    De plus, 12/20 n’a jamais représenté un travail remarquable… c’est pour ca que les notes vont jusqu’a 20…

    Il faudrait vraiment donner le nom de ta fac et ta discipline

    lilambre