La réponse peut paraître évidente, mais le soir du 8 décembre dernier, dans presque tous les rassemblements partisans, le ton était à la fête, cris et applaudissements à l’appui. Le parti libéral se voyait obtenir un troisième mandat consécutif et Jean Charest gagnait son pari en remportant 18 circonscriptions supplémentaires ainsi que la majorité tant désirée. Du côté du parti québécois, les militants étaient surexcités, scandant des slogans rappelant la campagne référendaire de 1995. Même les solidaires avaient matière à célébrer, faisant élire Amir Khadir dans Mercier, le premier et seul candidat de leur parti.

Mais en politique, s’il y a des gagnants, il y a des perdants. Ce soir là, ils étaient tous, à quelques exceptions près, réunis au sein de l’ADQ. Identifier le perdant est un exercice beaucoup plus facile, si 41 députés adéquistes, avaient réussi à se faire élire en 2007, l’équipe Mario Dumont était maintenant réduite à 7 élus.

Après avoir fait ce constat, nous pourrions être tentés de dire que l’unique victoire revient au PLQ. Jean Charest a effectivement obtenu une majorité à l’assemblée nationale (66 élus sur 125) et n’a donc plus besoin de demander l’avis des partis d’opposition pour mettre en œuvre ses politiques. Il en ressort pourtant que la performance du PLQ a été beaucoup moins bonne que les prévisions en n’obtenant que 42% des votes. Les sondages laissaient entrevoir une écrasante majorité libérale d’au-delà de 75 sièges et 46% du vote populaire. En plus de ces résultats quelques peu décevants, Charest doit porter une partie de la responsabilité du taux de participation populaire historiquement bas. Sur une note plus positive, les libéraux peuvent se vanter d’être présents dans presque toutes les régions du Québec, un problème récurrent pour ce parti ayant des bases essentiellement montréalaises.

Victoire morale, dans l’opposition

De l’autre côté de l’assemblée nationale, les adéquistes étant chassés, nous retrouvons le parti québécois. Pour Pauline Marois, le PQ a effectué une « victoire morale », avec 35% des suffrages et plus de 51 sièges. « Le Parti Québécois est de retour !  » selon ses dires. Le parti québécois est peut-être de retour dans l’opposition officielle, mais il demeure dans l’opposition.

Les conséquences de ces résultats ne sont que financières pour le parti qui bénéficiera de plus importants budgets et quittera le « trou » du fond de la chambre dans lequel il s’est retrouvé en tant que deuxième opposition.

Si le PQ a réussi à avoir 35% du vote, c’est essentiellement parce que les sympathisants libéraux ne sont pas sortis voter et ce, pour trois raisons. Premièrement, parce que personne ne doutait de la victoire libérale à la veille des élections. Deuxièmement, parce que le jour J nombre de personnes âgées n’ont pas voulu affronter le froid glacial et troisièmement, les électeurs libéraux ont préféré s’abstenir plutôt que de voter pour un tiers parti. Les sondeurs ne se sont pas trompés, les électeurs libéraux se sont simplement abstenus, gonflant artificiellement les résultats (en pourcentage) des péquistes et de l’ADQ.

Autre coup de poing; les péquistes ont perdu trois circonscriptions (formant la différence entre gouvernement majoritaire et minoritaire) au profit du PLQ, c’est-à-dire Dubuc, au Saguenay qui est un véritable château fort péquiste depuis 1976, Abitibi-Est et île-de-la-madeleine. En soustrayant ces trois comtés, les libéraux n’en détiennent plus que 63, majorité simple qui leur aurait enlevé le droit de « nommer » le président d’assemblée. En fait, la seule victoire dont le PQ peut se vanter est d’avoir augmenter son appui en terme absolu de plus de 15 000 par rapport à 2007.

Fin de la lune de miel québécoise avec l’ADQ

Pour ce qui est du désastre adéquiste, quoi dire ? Quelques conclusions sont possibles. D’abord, la base électorale de l’ADQ représente à peu près 15%, ce qui n’est pas énorme et nettement insuffisant pour espérer gagner un bon nombre de siège au sein du système électoral québécois. Les deux principales raisons invoquées (entres autres par M. Dumont) pour expliquer la défaite de l’ADQ sont la montée rapide du parti pour aboutir à l’opposition officielle et l’inexpérience des nouveaux élus. Or, ces deux arguments ne tiennent pas la route. D’abord parce que l’Action Démocratique du Québec a été fondée il y a plus de 14 ans et que son programme a eu le temps d’être réfléchi et modifié à de multiples reprises. De plus, nul ne peut avancer que son chef était inexpérimenté.

L’histoire politique récente nous démontre la montée de nouveaux partis politiques; pensons au Bloc Québécois. Le parti a été fondé en 1991 et a réussi à gagner le statut d’opposition officielle avec 54 députés élus moins de 2 ans plus tard. À l’époque, les élus bloquistes étaient, en grande majorité, élus pour la première fois, sans avoir d’expérience politique antérieure, ce qui n’a pas empêché le parti souverainiste d’obtenir une majorité de députés élus au Québec jusqu’à aujourd’hui, malgré sa nature temporaire. Autre exemple, en 1976, René Lévesque, contre toutes attentes, formait un gouvernement majoritaire, passant de 6 à 71 sièges. Ces deux exemples ne visent pas à démontrer que les indépendantistes sont de meilleurs parlementaires mais plutôt à souligner la faiblesse de l’équipe Mario Dumont comme cause de la défaite adéquiste lors de la dernière élection.

Partis alternatifs : entre réussite et échec

Du côté des partis dits alternatifs, une surprise et une déception. Le parti vert du Québec aurait pu profiter de la surexposition médiatique d’Élizabeth May aux élections fédérales pour se faire connaître et éventuellement gagner une partie des votes populaires. Malheureusement pour les verts, la population a voté en moins grand nombre (en pourcentage et en nombre absolu) pour le parti écologiste. Deux principales raisons peuvent être invoquées pour expliquer le constat : le parti était mal préparé, surpris par le déclenchement des élections et ils n’ont pas su trouver plus de 80 candidats à présenter sur une possibilité de 125. Moins de candidat veut nécessairement dire moins de vote puisque dans certaines régions, aucun candidat ne s’est présenté sous la bannière verte. Ces résultats conduisent inévitablement à la question de la pertinence du PVQ.

La surprise est évidemment la victoire d’Amir Khadir dans Mercier. Une victoire que le principal intéressé était confiant de remporter durant la campagne où il a répété de nombreuses fois qu’il allait gagner, comme Françoise David qui a été moins chanceuse en finissant bonne deuxième dans Gouin. Cette victoire est largement attribuable à l’effondrement du vote vert dans Mercier (de 8,5% en 2007 à 3,6% en 2008). Il semble en effet que les écolos du plateau ont entendu les voix de gauche (y compris celles provenant de l’organisation du PVQ) appelant à se ranger derrière Khadir pour « la cause » durant la campagne. En effet, QS n’a pas vu ses appuis augmenter au niveau provincial, malgré les 122 candidats solidaires qui se sont présentés le nombre de votes a baissé de 20 000 par rapport aux élections de 2007. Malgré ce que peuvent dire les deux porte-paroles du parti, Québec solidaire reste un parti montréalais. À l’extérieur de l’île, le parti a du mal à traverser le cap des 3% dans l’immense majorité des comtés. Cette défaite est un coup dur pour le PQ pour qui Mercier représentait un château fort où même le chef du PLQ, Robert Bourassa, avait été battu en 1976.

Il est difficile de trouver un véritable gagnant à la sortie de cette élection. Personnellement, je ne sais pas si j’ai gagné mes élections. Et vous, vous avez gagné les vôtres?

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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