Barack Obama : de la continuité plutôt que du changement

Barack Obama, président des États-Unis

Les immenses mouvements de célébration acclamant l’investiture de Barack Obama ont démontré en grande partie l’ampleur de l’opposition de la population mondiale à l’administration Bush. Dans la conscience populaire, le personnage de Bush est associé à deux guerres d’agression illégales déclenchées sur la base de mensonges. Il représente aussi l’infâme camp de prisonniers de Guantanamo, synonyme de la torture et des mauvais traitements infligés par un régime criminel.

L’opposition massive à l’administration Bush et à la guerre en Irak a pris la forme, en novembre 2008, de l’élection de Barack Obama, qui a pu bénéficier de cette opposition en se présentant comme un candidat anti-guerre.

Mais l’Internationale étudiante pour l’égalité sociale (IEES) met en garde contre toute forme d’illusion envers Barack Obama. Malgré la vague rhétorique d’Obama sur le « changement  », le nouveau président américain ne répondra pas aux attentes des millions de travailleurs qui l’ont porté au pouvoir et qui font maintenant face à une crise économique historique.

Lors de son discours inaugural, Obama a clairement indiqué qu’il poursuivrait la « guerre au terrorisme  », qui a été le cadre idéologique du militarisme de Bush, déclarant dès les premières phrases significatives que « Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de haine et de violence.  » Il a également imputé la responsabilité de la crise économique à l’ensemble de la population américaine, plaçant les travailleurs ordinaires et les milliardaires de Wall Street sur un pied d’égalité.

Loin d’amener une solution à la crise économique et au militarisme, l’administration Obama continuera de défendre les intérêts de l’élite dirigeante américaine de manière aussi agressive que l’administration Bush et c’est dans cette perspective que l’élite dirigeante appuie Obama.

Des sections importantes de la classe dirigeante américaine sont conscientes que les huit années de Bush ont affaibli sa position dans le monde, principalement en raison de l’échec de la guerre en Irak. Elles voient en Obama un représentant qui sera en mesure d’opérer un changement tactique dans la politique étrangère en se concentrant davantage sur l’Afghanistan ou sur d’autres pays tout en présentant un nouveau visage au monde entier.

Cette position de la classe dirigeante américaine est bien représentée par les commentaires du Wall Street Journal, un journal de droite qui a ardemment défendu la guerre en Irak, en réaction au discours inaugural d’Obama. Le journal écrit : « Plusieurs de ses partisans à gauche, et de partout dans le monde, espèrent que M. Obama retournera la politique de sécurité nationale américaine au niveau qu’elle était avant le 11 septembre 2001. Le démocrate a averti nos adversaires – et certains de nos alliés – que sa politique étrangère aura autant de continuité que de changement, et qu’il n’est pas prêt de rejeter les politiques qui protègent les Américains.  »

Durant les huit années des Républicains au pouvoir, le parti démocrate s’est constamment plié devant les mesures de droite de l’administration Bush, Barack Obama inclus. Le parti démocrate a historiquement servi de rempart de gauche à la bourgeoisie américaine et, à partir du jour où le candidat démocrate aux élections de 2000, Al Gore, a concédé le vol des élections à Bush, ce parti a constamment appuyé les aventures militaires de Bush, ses lois anti-démocratiques et ses nombreuses attaques sur les conditions de la classe ouvrière tout en cherchant à étouffer la colère populaire qui se développait face à Bush.

Quant à Barack Obama, bien qu’il n’était pas congressiste lorsque la résolution permettant au gouvernement américain d’envahir l’Irak a été votée à très forte majorité, il a régulièrement voté pour les crédits permettant de poursuivre la guerre en Irak  en tant que Sénateur de l’État de l’Illinois. Pour bien montrer qu’il est tout à fait dédié à défendre les intérêts de la classe dirigeante, Obama, depuis son élection, s’est entouré d’une équipe très à droite (son équipe à la Sécurité nationale a été qualifiée de très bonne par nul autre que Dick Cheney). Il a nommé comme secrétaire à la Défense Robert Gates, qui a été secrétaire à la Défense sous Bush et qui avait implanté l’ « escalade » de troupes américaines en Irak.

Obama est porté au pouvoir au beau milieu d’une crise économique qui est décrite presqu’à l’unanimité maintenant comme la pire crise à frapper l’économie mondiale depuis la Grande Dépression des années 1930.

Qui est responsable de la crise et surtout qui devra en faire les frais ?

Sur ce dernier point, Obama a été particulièrement clair. Dans son discours d’investiture, le nouveau président américain a déclaré que le krach financier était le résultat « de la cupidité et de l’irresponsabilité de quelques-uns, mais aussi de notre échec collectif à prendre des décisions difficiles et à préparer la nation à une nouvelle époque  ».

Soyons clairs. La crise financière historique qui fait rage devant nos yeux est le résultat d’un long processus dans lequel les activités visant à créer de la richesse aux États-Unis ont été de plus en plus dissociées de la production matérielle et orientées sans cesse davantage vers des pratiques obscures et frauduleuses liées à la financiarisation et à la spéculation. Pour illustrer l’ampleur de ce développement, la statistique suivante est particulièrement éloquente : en 1980, 6 pour cent des profits étaient générés par l’industrie de la finance; en 2008, ce chiffre grimpe à 40 pour cent.

Obama démontre clairement ici à quels intérêts son discours s’adresse. Selon lui, le travailleur américain, qui assiste impuissant au recul constant de sa position sociale, qui lutte pour conserver sa maison et son emploi et qui n’a aucun mot à dire sur les politiques de l’élite dirigeante américaine, est tout aussi responsable de la crise que la mince couche de spéculateurs et de banquiers, les architectes de toute une série d’outils spéculatifs frauduleux, qui ont engrangé des sommes colossales sur la misère de la population.

En 2008, après l’effondrement historique d’une série d’institutions financières géantes le gouvernement américain a très rapidement élaboré un plan de sauvetage visant à engouffrer des centaines de milliards de dollars en fonds publics dans les institutions qui avaient amassé des quantités incroyables d’actifs « toxiques  ». Le gouvernement américain, qui répétait sans cesse ne pas avoir les ressources nécessaires pour investir en santé ou en éducation, a pu débloquer, malgré l’importante opposition populaire et grâce au soutien indispensable de Barack Obama et du Parti démocrate, des sommes colossales pour Wall Street. Cet argent n’a absolument rien fait jusqu’à ce jour pour endiguer la crise.

Le renflouement de ces milliardaires et multimillionnaires contraste vivement avec le traitement réservé à l’industrie automobile et à ses travailleurs. Alors qu’aucune restriction n’a été imposée sur la façon dont les institutions financières devaient disposer des milliers de milliards de dollars qui leur ont été consentis, les 17 milliards de dollars et plus débloqués par le Trésor américain pour General Motors et Chrysler sont rattachés à des clauses de « profitabilité  ». C’est-à-dire que ce prêt est conditionnel à l’intensification drastique de l’exploitation des travailleurs de l’industrie, ce qui signifie une réduction considérable de leurs salaires et avantages sociaux et un retrait du droit de grève, pour ceux du moins qui auront encore un emploi après les nombreuses fermetures d’usines. Ce plan de l’administration Bush avait été élaboré avec la pleine collaboration du Parti démocrate et de la bureaucratie syndicale des United Auto Workers.

L’économie américaine a connu une véritable hémorragie d’emplois en 2008, soit 2,6 millions. Une section de plus en plus considérable de la société américaine se voit littéralement jetée à la rue, incapable de satisfaire ses besoins fondamentaux. Et 2009 risque de s’avérer, selon plusieurs économistes, la première année depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale où l’économie mondiale va se contracter.

La profonde crise du capitalisme va inévitablement révéler les véritables intérêts de classe qui se cachent derrière le Parti démocrate et Barack Obama. Les travailleurs ordinaires, qui souhaitent un véritable changement, vont nécessairement entrer en intense conflit avec la nouvelle administration.

Déclaration de l’Internationale étudiante pour l’égalité sociale (UQAM)

Pour nous joindre : ieesuqam@er.uqam.ca

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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