Ces externalités humanitaires que l’on préfère oublier

Offensive à Gaza 2009

Certaines situations nous contraignent à prendre position de façon radicale. Ce fut le cas lors de la dernière offensive israélienne à Gaza qui a donné tout un coup d’envoi à 2009. Le désastre humanitaire imposé au peuple palestinien était parfaitement évitable. Pour des considérations électoralistes, stratégiques et sécuritaires, l’État israélien a copieusement bombardé une population déjà mal en point. Civils pris en otage, puis massacrés. Établissements de l’ONU frappés. Écoles et hôpitaux anéantis par les obus. Bref, la débâcle. Et le malaise devant ce mépris total pour le droit international humanitaire.

D’entrée de jeu, il serait malhonnête d’occulter la responsabilité partagée par les miliciens du Hamas qui, eux aussi, n’ont pas respecté le cessez-le-feu. Mais comment ne pas réprouver le terrorisme d’État pratiqué par Israël quand le plus récent différend avec la Palestine se solde par un rapport 1:100 avec plus de 1300 tués et 5300 blessés dans le clan palestinien, des civils innocents pour la plupart ? L’ONU a qualifié les agissements du Tsahal de « crimes contre l’humanité  ». Comment ne pas pouffer de rire quand Israël affirme son droit de défense devant le « terrorisme  » pratiqué par les Hamas ?

Ce faisant, les soutiens traditionnels d’Israël fondent comme neige au soleil après le carnage qu’ils ont offert lors de ce blitz de 22 jours. Outre les déclarations hypocrites et intéressées des dirigeants canadiens, américains et européens qui, eux, « savent faire la part des choses  », nous remarquons une baisse tendancielle des appuis à l’État israélien en raison de l’intensité rare des frappes. Dans un éditorial datant du 24 janvier, le New York Times estime que la riposte israélienne et la crise humanitaire provoquée intentionnellement à Gaza représentent « une punition collective qui ne peut qu’alimenter la colère et l’extrémisme  ».

Tout de même étrange que l’offensive prenne fin avec l’investiture de Barack Obama. Une fois la poussière retombée après ce happening ultra-médiatisé, le journaliste spécialisé sur le Moyen-Orient Robert Fisk a, comme nous, bien hâte de voir la vraie vision du gouvernement Obama à l’égard des sables mouvants israélo-palestiniens. Dans son discours inaugural, Barack Obama s’est adressé aux à la diaspora musulmane à propos des intérêts et du respect mutuels essentiels à l’avenir des relations avec l’Occident, « sans aucune référence aux images du bain de sang à Gaza auxquelles le monde assiste avec effroi2  », souligne M.Fisk.

Le cul-de-sac humanitaire dont héritent les enfants palestiniens

D’ailleurs, les corridors humanitaires de trois heures instaurés unilatéralement par Israël au plus fort des frappes n’étaient évidemment qu’une façade diplomatique. Aucun résultat concret, sinon celui de faire taire temporairement la pluie de critiques contre la brutalité d’Israël à l’égard d’une population dépossédée, sans véritable défense, asphyxiée et malmenée par le blocus depuis trop longtemps. Ne l’oublions pas, les vraies victimes de cette folie meurtrière sont les enfants qui représentent environ le tiers des « victimes collatérales  » des tirs israéliens, les femmes et autres parties civiles palestiniennes. Certains déploreront l’attitude des activistes du Hamas qui ont trouvé refuge plutôt que de prendre le risque d’affronter directement une armée ridiculement mieux équipée. Quoiqu’il en soit, c’est bien à un massacre humanitaire savamment orchestré que nous avons assisté une fois de plus.

Il y a d’ailleurs plusieurs comparaisons possibles entre la dernière incursion à Gaza et la guerre au Liban de l’été 2006. Israël avait visiblement besoin de rassurer sa population sur la fermeté et la bestialité de la réponse du Tsahal à ses ennemis. L’État hébreu a le droit à l’existence, qu’on se le dise, mais comment justifier ces assauts contre les populations civiles, les infrastructures et le destin du Liban et de la Palestine ? Dans ces guerres asymétriques, point de gagnant. Que des victimes choisies au hasard, du ressentiment de la part des populations visées et du fil à retordre pour les travailleurs humanitaires. L’être humain trouve encore un malin plaisir à labourer la mer, en autant que ça puisse rassurer brièvement quelques maniaques de sécurité.

Néanmoins, gare à l’association facile de l’humanitaire à l’urgence des pays pris en otage par les chars d’assaut. Le véritable travail humanitaire se déroule sur le long terme, parlez-en aux enfants palestiniens qui auront besoin de plusieurs décennies avant de se remettre des atrocités auxquelles ils ont assisté sans pouvoir exprimer leur rage. Heureusement, un soutien psycho-social leur est fourni à leur retour sur les bancs d’école, le temps que ces établissements d’enseignements soient reconstruits jusqu’au prochain conflit… C’est là que le bât blesse.

L’Occident peut continuer à subventionner la reconstruction des zones sinistrées et la conduite de processus de paix comme celui d’Annapolis, mais cela ne compense pas pour son attitude égoïste lorsque la guerre resurgit dans la poudrière israélo-arabe. Nous ne pouvons nous permettre de garder la tête dans le sable et de légitimer du bout des lèvres l’« auto-défense » israélienne qui empêche des millions d’enfants de vivre convenablement au Moyen-Orient. Assez d’hypocrisie, cher(ère)s décideur(e)s politiques. À quand la reconnaissance et l’action contre l’apartheid humanitaire quotidien que subit le peuple palestinien ? À chaque jour, on repousse l’échéance. À chaque jour, on viole la dignité humaine de ces populations civiles.

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Yusuf Islam, alias feu Cat Stevens, n’a jamais caché son engagement pour le sort des opprimés. L’artiste a donc sorti un beau morceau intitulé « The Day the World Gets ’Round  » à propos de la dernière tragédie à Gaza. Vous pouvez le télécharger et ainsi apporter une aide humanitaire au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) à l’adresse suivante : http://www.jamalrecords.com

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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