Dévastation planifiée

« Gaza est complètement détruite. » Ce sont les mots de l’archevêque de Winnipeg V. James Weisberger, au retour d’un voyage en Israël et en Palestine du 6 au 16 janvier.

La guerre a fait, officiellement et au moment de la rédaction de cet article, 1300 morts et 5000 blessés palestiniens, et 13 morts et environ 150 blessés israéliens. Parmi ces derniers, 3 civils sont morts à cause des roquettes lancées par le Hamas, et plus d’une centaine ont été blessés. Les roquettes lancées en Israël ont une précision quais nulle; certaine retombent même à Gaza. Le territoire d’Israël est visé sans discrimination.

Outre cela, les dommages matériaux sont considérables : 22 000 bâtiments ont été détruits par l’armée israélienne; 4 000 étaient des immeubles à logements et des maisons. 100 000 personnes se retrouvent sans abris, soit 7% de la population de Gaza.

Israël a repris à Gaza la même tactique qu’au Liban en 2006 : loin de désarmer le Hezbollah d’alors, ou le Hamas aujourd’hui, la conséquence première de la guerre est un nombre important de morts et la destruction systématique des infrastructures.

Les conséquences risquent d’être dramatiques : 75% de l’électricité n’est plus disponible, au moins 30% de la population n’a plus accès à l’eau potable et au réseau d’aqueduc évacuant les eaux usées. On estime qu’un minimum de 10 000 personnes risquent de voir leurs maisons inondées par les eaux d’égout. C’est là la recette parfaite pour une éclosion de choléra.

Le Hamas a déclaré qu’il faudrait au minimum 1,6 milliard de dollars pour reconstruire Gaza.

La dévastation est complète.

Mais le pire n’est pas là. L’armée israélienne n’a pas seulement détruit des centrales électriques, des bureaux civils ou des entrepôts. Des hôpitaux et des écoles ont été la cible des bombes, avec les quartiers généraux de l’ONU à Gaza.

Pour camoufler les manoeuvres de ses troupes, l’armée a employé du phosphore blanc. Ce produit, pulvérisé dans les airs, crée un brouillard impénétrable qui masque ce qui se passe de l’autre côté. Surtout qu’en descendant au sol, cette fine poussière brûle tout ce qu’elle touche – bois, métal, peau, yeux, chair et os – jusqu’à être totalement consumée. Les incendies et les blessures horribles causées par cette arme furent nombreux. Il suffit pour se faire une idée des dégâts de se rappeler que Gaza est l’endroit le plus densément peuplé sur terre, avec 1,5 million d’habitants vivant à l’intérieur de leur ghetto fermé de 400 km carrés.

Des accusations concernant l’emploi d’uranium appauvri dans les obus ont aussi été émises. L’uranium appauvri est utilisé dans certains obus pour leur permettre de pénétrer des blindages et des bunkers; sa grande densité alourdit les obus sans les rendre plus gros. Mais l’uranium appauvri, s’il est moins radioactif que l’uranium natif, l’est tout de même, et sa poussière se répand dans les parages quand l’obus explose, contaminant ainsi l’environnement ambiant. L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a annoncé qu’elle enquêterait.

Cet irrespect total des populations civiles est hélas conscient et assumé. Tzipi Livni, première ministre par intérim d’Israël, a dit à propos de la différence entre civils et combattants : « Le Hamas ne la fait pas. Pourquoi devrions-nous la faire aussi ?  »

Que faut-il lire dans ces lignes ? Un cynisme écoeurant, un portrait de la barbarie humaine, ou l’aveu de crimes de guerre?

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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