Armé d’une volonté saisissante, Mario Boulet, étudiant au certificat en intervention éducative en milieu familial et communautaire à l’UQÀM, poursuit ses études malgré une grave déficience visuelle. Même s’il a perdu la vue à l’âge de six ans, rien ne semble maintenant pouvoir l’arrêter. Portrait d’un universitaire acharné qui a choisi l’éducation pour briser l’isolement.

Le parcours post-secondaire de Mario Boulet, qui a commencé au début des années 1980, a de quoi impressionner. Rêvant alors de prendre la relève de la ferme familiale, il entreprend un diplôme d’étude professionnelle en agriculture. Peu après, l’étudiant réalise que l’apprentissage de ce métier est plus difficile qu’il ne l’avait imaginé. « Constatant l’impossibilité pour un non-voyant de gérer une entreprise agricole, j’ai dû me rendre à l’évidence et abandonner ce rêve  », explique-t-il.

« Malgré cette première grande déception professionnelle et académique, je ne me suis pas laissé abattre  », assure l’étudiant. Grâce à l’aide d’un programme gouvernemental, il obtient un cours en massothérapie et une porte d’entrée au cégep, avec des cours d’anglais financés par la Commission scolaire de Montréal, pour ensuite s’inscrire en bureautique. Cependant, lorsqu’il constate que les technologies de l’information sont peu adaptées aux personnes non-voyantes, Mario Boulet déchante une fois de plus. Déçu, il doit encore renoncer à ses projets. « Malgré tout, il était hors de question de me laisser démolir par mon problème de santé, la vie impose ses obstacles et il faut savoir les surmonter  ».

C’est dans cet état d’esprit que l’étudiant débute, quelques années plus tard, une technique administrative qui s’échelonnera sur plusieurs années. En suivant un à deux cours par session, il obtient son diplôme d’études collégiales en 2006. Entre temps, il entame un certificat en gérontologie sociale à l’UQÀM, dont il obtient le diplôme en 2007, et compte maintenant obtenir son certificat en intervention éducative en milieu familial et communautaire au printemps 2010. Avec un cours professionnel, un DEC, un certificat et un deuxième à portée de main, Mario Boulet démontre que l’accès à l’éducation et la réussite scolaire ne sont pas des barrières infranchissables pour les non-voyants.

L’éducation comme moyen de briser l’isolement

Le Québec compte environ 110 000 personnes atteintes de déficience visuelle totale ou partielle. La plupart d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté et doivent recourir à des organismes communautaires pour subvenir à leurs besoins. En plus de devoir composer avec des conditions de vie difficiles, les non-voyants vivent véritablement en marge de la société. Dans un monde où l’image est partout, plus de 80% des informations que nous recevons quotidiennement sont visuelles. Naturellement donc, la société isole les personnes ayant une déficience visuelle. Ces dernières doivent se battre jour après jour pour éviter la solitude, le repli sur soi. Et justement, c’est à travers l’éducation que Mario Boulet lutte contre l’isolement qui le guette constamment.

« En perdant la vue, j’ai nécessairement perdu beaucoup de lieux d’appartenance où je pouvais m’épanouir et socialiser, et c’est grâce l’éducation que j’ai retrouvé une place, un sens à ma vie  », confie Mario Boulet. C’est aussi une question d’estime de soi. « Bien sûr, je pourrais me contenter de mes allocations gouvernementales et fréquenter les organismes communautaires pour briser l’isolement, mais j’ai aussi le désir de réaliser des choses concrètes, de façon autonome  », précise-t-il. Il faut dire que l’étudiant ne néglige pas cet aspect, ayant mis sur pied avec des collègues l’organisme communautaire de loisir pour les non-voyants Groupe Vision Nouvelle.

Être étudiant et non-voyant, un défi colossal

Pour une personne voyante, une vie étudiante sans la vue est difficilement imaginable. La lecture, les déplacements et la rédaction sont des tâches indissociables de la vie universitaire, et les yeux sont sans doute l’outil le plus pratique pour les réaliser. Le quotidien d’un étudiant non-voyant est donc une réalité totalement différente. « Pour moi, connaître le trajet pour me rendre à mes salles de cours ou simplement aller chercher mes recueils de texte me demandent énormément d’effort  », souligne Mario Boulet. Ce qui peut sembler être un petit détail pour une personne voyante peut devenir un facteur de stress énorme pour les non-voyants. « Entrer dans une salle de cours, entendre des voix, et ne pas savoir où sont les places disponibles me rend parfois très nerveux  », illustre-t-il. Les facteurs temps et espace sont donc complètement redéfinis.

Beaucoup d’entraide

Mario Boulet a toujours refusé le soutien d’un chien accompagnateur afin de développer sa propre autonomie. En contrepartie, il se dit satisfait de pouvoir compter sur l’aide de ses collègues étudiants et des professeurs. Même s’il reconnaît qu’il est plus difficile pour un non-voyant de s’intégrer, particulièrement lors de la formation d’équipe de travail, M. Boulet assure que, de manière générale, les étudiants offrent naturellement leur soutien. « Je reçois presque toujours de l’aide spontanée des étudiants pour mes déplacements dans l’université, les étudiants sont très généreux, j’apprécie énormément  ». Les professeurs sont aussi généralement très accommodants. « Dans l’ensemble, mes professeurs collaborent de bonne foi pour les modalités d’évaluations  », déclare l’étudiant.

Pour les services offerts et le soutien administratif, Mario Boulet mentionne avec force qu’il y a place à l’amélioration. « Le délai pour transférer les recueils de texte au format audio est de cinq à six semaines  », précise-t-il. Pour lui, il est anormal d’être ainsi désavantagé par rapport aux étudiants qui ont leur capacité visuelle. Bémol aussi sur le site Internet de l’UQÀM, « le site n’est pas du tout universel, un non-voyant s’y perd beaucoup trop facilement  », clame Boulet.

Projet pour le futur ?

Transporter par un désir de venir en aide aux autres, Mario Boulet a l’intention de poursuivre sa route et servir de modèle pour les non-voyants. « Mon cheminement scolaire m’a permis d’acquérir des connaissances et je souhaite maintenant les transmettre  », explique-t-il. Après avoir décroché un baccalauréat par cumul, il souhaite obtenir un emploi adapté à sa condition physique et à ses connaissances dans un organisme communautaire destiné à aider les déficients visuels. L’envie de servir de modèle d’espoir pour les jeunes non-voyants l’appelle aussi. « Je veux dire à ces jeunes qu’il est possible d’atteindre ses rêves et de prendre sa place en société malgré leur déficience  », fait valoir Mario Boulet.

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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