Ville « trois fois sainte » par les trois grandes religions monothéistes qu’elle a abritées, Jérusalem exprime dans son sol même la rivalité entre Israéliens et Palestiniens. Comment ce simple lieu, situé dans des collines presque désertiques du Proche-Orient, a-t-il pu fonder tant de doctrines religieuses pour constituer au début du XXIième siècle un des foyers d’où irradient les violences que nous connaissons. Bref portrait de la « ville éternelle »1.

Des origines à la triple sacralisation

Le site de Jérusalem est habité bien avant l’apparition des trois grands monothéismes. En 1907, des archéologues britanniques découvrent,en effet non loin de l’enceinte actuelle de la ville, une tombe datant de 3200 ans avant Jésus-Christ. Ces fouilles ont pu ainsi indiquer qu’une tribu de Cananéens vivait sur cette colline, intéressante pour ses défenses naturelles, mais surtout pour la présence du seul point d’eau de la région : la source de Gihon.

Ce n’est que vers l’an 1000 avant Jésus-Christ que le destin du village – devenu ville – croisera celui du peuple hébreu. Les douze tribus d’Israël conduites de l’Égypte vers la « Terre promise » s’installent alors dans la région et finissent par former un seul royaume dont Jébus (nom donné à cette époque à l’actuelle Jérusalem) en constitue le centre géographique. La ville est conquise par le roi David qui en fait la capitale religieuse et politique. L’Arche d’Alliance y est installée et le roi Salomon y fait construire quelques années plus tard un temple.

Jérusalem est cependant saccagée et rasée au sixième siècle avant Jésus-Christ par Nabuchodonosor, roi de Babylone. La première reconstruction aura lieu près de cinquante ans plus tard lorsque Nabuchodonosor est vaincu par Syrus, roi des Perses. Ce dernier autorise les Juifs – exilés à Babylone – à regagner Jérusalem et à pratiquer librement leur culte.

La ville connaît une période de splendeur marquée au premier siècle avant Jésus-Christ alors que les romains – ayant fait de la Judée une province romaine – organisent des travaux qui embellissent la ville, notamment quatre murs qui encadrent le Mont Moriah où se dresse le temple. En l’an 70, les romains rasent cependant de nouveau la ville suite à un soulèvement des Juifs qui aura duré quatre ans. Seule une partie du mur occidental de l’enceinte est encore visible aujourd’hui ; cette partie est le fameux « Mur des lamentations » au pied duquel les Juifs viennent prier.

C’est en 130 que l’empereur Hadrien fait construire les contours de la ville tels qu’on les connaît aujourd’hui. Il fait de Jérusalem une ville « romaine » (Aelia Capitolina) et efface tous les signes de la foi juive ; l’entrée de la ville est alors interdite aux Juifs. C’est le début de la diaspora2.

La ville vit un nouveau revirement moins de 200 ans plus tard alors que le christianisme est maintenant la religion de l’État romain3. Hélène, la mère de l’empereur Constantin, se rend alors à Jérusalem et fait détruire les infrastructures romaines pour retrouver la tombe du Christ et fait construire le Saint-Sépulcre. Les monastères et les églises prolifèrent : Jérusalem est désormais la ville sainte des chrétiens.

Or, après les Hébreux et les chrétiens, Jérusalem va aussi devenir ville sainte pour les musulmans. Au 7ième siècle, une nouvelle religion, l’islam, apparaît dans la péninsule arabique. Après la mort du prophète Mahomet, le calife Umar déclare la guerre à l’empire byzantin4 et s’empare de la ville en 638 sans combats ni effusion de sang. La ville est considérée comme troisième lieu saint de l’islam (après La Mecque et Médine), car c’est de Jérusalem que serait monté Mahomet vers Dieu. Fait intéressant, ce sont les vainqueurs musulmans qui permettront aux Juifs d’entrer à nouveau dans Jérusalem.

Des dominations turque et britannique au plan de partage

Après les Hébreux, les Babyloniens, les Syriens, les Romains et les musulmans, Jérusalem passera sous la domination ottomane pendant 400 ans (1516-1917). Les Turcs, contrairement aux croisés, ne massacrent ni les Juifs ni les musulmans et exercent une certaine tolérance à l’égard des communautés. À la fin de la Première Guerre mondiale, Jérusalem passe sous domination britannique. Dans le mandat portant sur la Palestine, il est précisé que Londres devra « contribuer à établir un foyer national pour le peuple juif. Ce mandat est une réponse au projet du mouvement sioniste, mais également aux vagues d’émigration vers la Palestine, de nombreuses familles juives fuyant l’antisémitisme en Europe centrale.

C’est en 1947 que s’articulent les conflits que nous connaissons aujourd’hui. Les Nations Unies votent alors un plan de partage de la Palestine. Jérusalem y est déclarée «zone internationale », précisément afin d’éviter que la ville ne devienne un enjeu national. Le plan de partage est cependant rejeté par les pays arabes qui déclenchent la première guerre israélo-palestienne. Celle-ci sera gagnée par les Israéliens qui sépareront la ville en deux : une section orientale – comprenant le temple et le mur des Lamentations (vieille ville) – va aux Palestiniens ; une section occidentale (nouvelle ville) revient aux Israéliens. Jérusalem est déclarée capitale d’Israël en 1950 et plusieurs institutions quittent Tel-Aviv pour s’y installer ; de nombreux immigrants juifs s’établissent également dans la section occidentale.

La seconde guerre israélo-palestinienne de 1967 permettra à Israël de récupérer la section orientale de la ville, notamment le Mur des Lamentations qui revêt une extrême importance symbolique et religieuse pour le peuple juif. Israël possède alors Jérusalem dans sa totalité ; ce qui est réunification pour Israël est cependant occupation pour les Palestiniens. Mais pas seulement pour eux, car ce sont tous les territoires de la Cisjordanie qui sont considérés occupés par les Nations Unies dans la résolution 242 de 1967.

La loi fondamentale du parlement israélien du 30 juillet 1980 viendra proclamer Jérusalem « entière et réunifiée » comme capitale d’Israël. Sauf que personne, à l’exception du Costa Rica et du Salvador pendant un certain temps, ne reconnaît ce statut de capitale ; toutes les représentations diplomatiques – même celles des États-Unis – demeurent à Tel-Aviv en raison du non-règlement du statut des Palestiniens.

Israël a cependant fait peu de cas de cette rebuffade et poursuit depuis plus de 40 ans l’implantation de colonies du côté est de l’ancienne frontière. Alors qu’en 1948 il n’y avait aucun habitant juif dans la section orientale de Jérusalem, il y en avait environ 200 000 en 2001. Ces colonies5 forment un tampon et un encerclement autour des quartiers palestiniens et rendent difficile, voire carrément impossible le fonctionnement d’une éventuelle capitale palestinienne à Jérusalem en la coupant de ses développements possibles. Les Palestiniens réclament en effet leur propre capitale reliée à leur arrière-pays et un accès à leur lieu saint. Pour les Israéliens cependant, et en particulier pour les religieux, diviser la ville revient à remettre en cause l’identité même d’Israël. Jérusalem représente l’âme collective et le repère du peuple juif : les musulmans ont La Mecque, les catholiques ont le Vatican, mais pour les Juifs, il n’y a que Jérusalem.

Il faut toutefois replacer cette vision dans son contexte historique puisqu’elle s’est imposée depuis seulement une cinquantaine d’années. Au sein même de sa société, Israël a deux visions : 1) une première messianique ; 2) une seconde plus ouverte et en accord avec le monde d’aujourd’hui.

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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