Si le Québec est laïque, alors il l’est et il faut en tenir compte dans nos agissements. Mais, ces derniers mois, les agissements des élus laissent penser le contraire. D’abord, le refus des élus nationaux de retirer de l’Assemblée le crucifix (symbole catholique, non musulman, non juif), et ensuite toutes ces prières récitées par des maires et leurs citoyens. Qu’en est-il de notre laïcité au Québec?

La conséquence première du Rapport sur les pratiques d’accommodements raisonnables est que celui-ci a été mis sur une tablette dans la journée-même, et ce par un parti politique pour qui l’être humain n’est qu’une patate chaude à gérer et qui ne mériterait que d’entendre parler d’économie. Mais si ce rapport avait été appliqué quant à sa proposition de laïcité ouverte, celle-ci aurait pour conséquences d’ouvrir le Québec a davantage de multiculturalisme, ou l’interculturalisme si vous préférez.

La laïcité ouverte, telle que le préconisent le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard, consiste à permettre l’intrusion de la religion dans l’espace public en autorisant le port de symboles religieux, et ce au nom de la tolérance. L’État reste-t-il neutre face à l’Église lorsque ses acteurs publics portent les symboles de leurs croyances ? Charles Taylor redéfinit ce qu’est la laïcité pour la conformer au multiculturalisme canadien –d’où cette idée de laïcité ouverte–, alors que les québécois ont été réfractaires au multiculturalisme. De son côté, le Mouvement Laïque québécois (MLQ) prône la laïcité, sans adjectif ni ajout dénaturant la laïcité, laquelle permet la liberté de croyance. Celle-ci, dans un État laïc, « ne confère nullement aux croyants ou aux incroyants le droit à quelque assistance des pouvoirs publics et des institutions pour l’expression de leurs convictions respectives  », comme nous le souligne Henri Laberge, ex-président du MLQ.

Certes, la province du Québec est laïque, mais il semble pertinent d’établir clairement, suite à ce rapport vite oublié, ce qu’est la laïcité et de quelle laïcité nous parlons au Québec, ainsi que de sa portée et de ses limites au niveau du vivre-ensemble. Cette question est toujours d’actualité car certains maires du Québec bafouent ce principe de séparation de l’État de l’Église. Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, a été forcé par la cours, ayant refusé de se soumettre à la l’avis de la Commission des droits de la personne, de retirer la prière lors de la tenue des conseils municipaux de cette ville; cela avait tout de même coûté quelques 240 000$ de deniers publics avant qu’il n’obtempère. Il en a été de même pour les maires de Verdun et de Valleyfield, geste que n’ont pas encore fait les maires de Trois-Rivières, Yves Lévesque, et de Saguenay, Jean Tremblay.

Pourtant, au nom de leurs convictions personnelles religieuses, ces deux maires récalcitrants face aux recommandations de la Commission occasionnent des dépenses publiques pour la défense personnelle de leur foi. Évidemment, ceci brime les droits des citoyens, en plus de la neutralité de l’État au niveau de ses institutions. Au nom de leur liberté d’expression –ce qui n’est pas la même chose que liberté d’expression religieuse–, les maires de Saguenay et de Trois-Rivières briment celle de tous leurs concitoyens, et indirectement de tous les Québécois, catholiques et autres. Et pourtant, il est si simple de conserver ses convictions religieuses à un niveau personnel, dégagées et éloignées de ses fonctions publiques, de l’espace public.

Comme le disait John Locke, penseur anglais, le culte religieux est cet hommage que rend le croyant à son dieu, qu’il adore d’ailleurs à la manière qui lui sied et où il ne s’agit que d’un commerce qui n’a lieu qu’entre cette divinité et le croyant lui-même; celui qui le gouverne, voire ses voisins, n’y ont aucune part. Lorsque des maires font leur prière, peu importe la divinité à laquelle ils s’adressent, ils menacent la paix de la laïcité. Ils détournent le bien public vers l’usage privé. En somme, ils nous abusent en abusant de leurs fonctions.

Peut-être que l’une des simples méthodes pour vraiment séparer l’État de l’Église, donc le politique du religieux, c’est de confronter les croyants avec l’impossibilité qu’ils ont de prouver l’existence de leur divinité. En fait, c’est même plus simple que cela : pourquoi leur divinité ne viendrait-elle pas, elle-même, réciter la prière. C’est parce qu’elle n’existe pas. Fin des sottises!

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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