La plus grande maternelle au monde

Projet de l’îlot voyageur, UQÀM

L’UQAM et le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) ont signé une entente concernant le retour à l’équilibre budgétaire de l’Université. Ce retour à l’équilibre budgétaire serait garant, pour la ministre, de la réalisation par l’UQAM de sa vocation d’enseignement et de recherche et de création. Néanmoins, l’entente conclue entre l’administration de l’Université et le MELS ressemble davantage à une mise en tutelle de l’institution qu’à un retour de celle-ci vers sa mission (qu’elle avait délaissée pour se consacrer au développement immobilier du centre-ville).

L’impression de mise en tutelle se dégage de l’importance paroxystique qu’auront désormais les firmes comptables externes à l’UQAM. Si notre institution représentait depuis peu une cliente importante pour les firmes comptables montréalaises, elle devient désormais un véritable terrain de jeu. Des firmes expertes en matière de retour à l’équilibre budgétaire et devront certifier toutes les données financières émises par le vice-rectorat à l’administration et aux finances. Ces données concernent notamment les masses salariales et l’organisation du travail. Des firmes expertes en matière de conventions collectives devront également procéder à l’examen des conventions collectives actuelles et proposer les modifications qu’elles jugeront appropriées, en plus de présenter un mode de négociation qu’elles estimeront être adéquat. Finalement, les firmes comptables devront faire rapport au Conseil d’administration de l’UQAM et à la ministre, à chaque trimestre, de l’état du retour à l’équilibre budgétaire.

L’entente prévoit que l’UQAM devra atteindre l’équilibre budgétaire au plus tard d’ici 2013-2014. Elle prévoit également que l’UQAM soumettra à l’approbation du gouvernement son plan de retour à l’équilibre budgétaire d’ici le 31 mai 2009. Ensuite, le gouvernement déterminera avant la fin juillet, un calendrier et des modalités de prise en charge d’une partie de l’endettement lié au Complexe des sciences, soit 180 M$. L’été sera donc une période pendant laquelle beaucoup de choses seront négociées à l’UQAM. Il s’agit pourtant d’une période où la communauté universitaire, et surtout étudiante, est peu présente. Alors que le plan de retour à l’équilibre budgétaire devrait faire l’objet d’une étroite collaboration entre toutes les parties de la communauté universitaire, l’administration procédera au plus gros des négociations alors que la majorité de celle-ci est absente, comme cela avait été le cas pour l’élaboration du projet de l’Îlot voyageur.

L’entente prévoit également l’obligation de résultats financiers, c’est-à-dire que l’UQAM doit obligatoirement montrer des signes d’épuration de ses finances. À cette obligation est liée la seule responsabilité de l’UQAM : celle d’établir des plans contingents advenant l’inefficacité des mesures proposées par les firmes comptables. Ces minis-plans de redressement permettront à l’UQAM de s’automutiler lorsque les firmes comptables n’auront pas fait leur travail correctement. Évidemment, ces plans ne sauraient faire l’objet d’une consultation de la communauté universitaire.

Finalement, l’entente prévoit que lorsque l’UQAM présentera un plan de restructuration satisfaisant du projet de l’Îlot voyageur, le gouvernement assurera que l’UQAM se sorte indemne des conséquences financières (lire déboires) qui en découlent. Tout comme c’est le cas pour le Complexe des sciences, le gouvernement assumera en partie les coûts liés au projet de l’Îlot voyageur. En attendant, l’édifice inachevé nous appartient toujours… tant et aussi longtemps que le gouvernement n’en voudra pas.

Nous déplorons vivement qu’aux yeux du gouvernement, ce soient uniquement des indicateurs économiques qui témoignent d’un retour de l’UQAM à sa mission originale. D’autant plus que les mesures d’austérité financière à venir viendront compromettre la qualité et l’accessibilité des études à l’UQAM. L’accessibilité parce que visiblement le gouvernement ne prévoit pas réinvestir dans le système d’éducation public québécois, refilant la facture aux étudiant.e.s (lire client.e.s). La qualité parce que l’UQAM se lancera vraisemblablement dans la recherche de financement issu de partenariats avec des groupes privés qui compromettent la liberté académique et l’indépendance nécessaires à l’enseignement, à la recherche et à la création.

L’UQAM est en voie de devenir la plus grande maternelle au monde. Avec cette tutelle de l’institution et avec le déficit de consultation de sa communauté, l’Université ressemble de plus en plus à une entreprise privée experte dans le gardiennage de petit.e.s adultes (trop jeunes pour être consulté.e.s).

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires