Les premiers pas d’Obama

Barack Obama, président des États-Unis

Jamais une élection américaine, et encore moins une cérémonie d’investiture, n’avaient suscité autant d’intérêt aux États-Unis comme ailleurs. Pour l’heure, tout baigne dans l’huile, mais combien de temps durera cet état de grâce?

Déjà, au lendemain de son assermentation comme 44e président des États-Unis, Barack Obama se mettait au boulot. Fermeture de la prison de Guantanamo, retrait des troupes américaines d’Irak, plan de paix pour le Proche-Orient et plan de sauvetage de l’économie étaient au nombre de ses promesses, et il a posé plusieurs actions en ce sens dès ses premiers jours en tant que président.

Ainsi, dans la seule journée du 21 janvier, Barack Obama a suspendu toutes les décisions prises par George W. Bush depuis le 4 novembre et les procédures judiciaires ayant cours à Guantanamo, s’est entretenu avec ses principaux conseillers militaires et économiques ainsi qu’avec les leaders israélien et palestinien; Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas.

D’ailleurs, lors de son discours d’investiture, Obama a d’abord misé sur le contenu plutôt que d’enflammer une foule déjà conquise. « Tout comme lors de son discours du 4 novembre, il a fait preuve de retenue alors que beaucoup s’attendaient à ce qu’il fasse lever la foule, explique Pierre Martin, membre de la chaire d’études internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM). On a senti un désir immédiat de commencer à travailler. Il a mis davantage l’accent sur le travail à faire que sur sa propre personne  ». « Il y avait de l’humilité dans son ton, il a fait appel à la responsabilité de tous les Américains. J’ai senti une certaine colère mais aussi une volonté de se battre face à l’immense tâche qui l’attend  », ajoute Jean-François Lisée, directeur exécutif du CÉRIUM.

À quand un premier « faux-pas  »?

À l’heure actuelle, le président américain jouit d’une popularité énorme, tant dans son pays qu’ailleurs sur la planète. Selon Louis Balthazar, président de l’Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, Obama profitera de ce capital de sympathie encore un bon moment. « Jamais de ma vie je n’ai vu autant de regards admiratifs et pleins d’espérance tournés vers les États-Unis, souligne celui qui observe ce pays depuis près d’un demi-siècle. Obama a mené la barque, au cours des premiers jours de son administration, avec une assurance, une détermination et un sens de l’équilibre en continuité avec son attitude des deux dernières années  ».

Cependant, même les plus grands présidents ont connu leurs moments difficiles et Obama ne fera sans doute pas exception. Au niveau de la politique intérieure, il ne devrait pas rencontrer trop de difficultés pour au moins la prochaine année. « Sur ce point, la popularité d’Obama paraît bien assurée pour quelque temps. La situation économique continuera de se détériorer, mais on s’y attend et Obama en a averti la population, explique M. Balthazar. Cependant, dans un an ou deux, si les choses ne s’améliorent pas et que le président doit recourir à des augmentations de taxes, ce qui apparaît bien vraisemblable dans le contexte d’un déficit qui pourra devenir bientôt insupportable, les Américains pourraient se mettre à rouspéter  ».

En politique étrangère, beaucoup de choses peuvent survenir, selon Louis Balthazar. Et quelle que soit la réaction d’Obama, elle pourra difficilement plaire à tout le monde, particulièrement si un attentat devait être perpétré contre des citoyens américains, aux États-Unis ou ailleurs. « Cela mettrait sans doute Obama en mauvaise posture. S’il réagit fortement et militairement, il se met une partie du reste du monde à dos et ses efforts diplomatiques en sont entravés, explique-t-il. S’il ne réagit pas fortement, il encourt le blâme dans la population américaine  ».

Les deux défis qui demeurent sans doute les plus sensibles sont ceux de l’Irak et de l’Afghanistan. Obama a clairement annoncé ses intentions lors de la campagne électorale et de nombreux imprévus sont susceptibles de survenir. Selon M. Balthazar, quitter l’Irak ne se fera pas si facilement car la situation là-bas peut exploser à tout moment. « En Irak, il faut surveiller le progrès du départ des troupes américaines. Si une guerre civile éclate et que les troupes doivent demeurer plus longtemps, contrairement à la promesse d’Obama, cela pourrait le faire mal paraître  », analyse-t-il.

En ce qui concerne l’Afghanistan, la situation n’est guère plus rose. Si les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, ne prennent pas des moyens efficaces, ils pourraient avoir à contenir une forte opposition à l’échelle du pays, comme c’est le cas depuis quelques années dans la région de Kandahar. « Si les forces de l’OTAN devaient s’enliser et faire face à la réprobation de la population afghane, cette guerre pourrait devenir, pour les États-Unis, un autre Vietnam. C’est tout dire…  »

Cela dit, si Obama a l’étoffe d’un grand, comme il semble l’avoir démontré jusqu’ici, il saura éviter les erreurs, ou au pire apprendre de celles-ci, croit M. Balthazar. « Des faux-pas, il y en aura, mais fort probablement et fort heureusement assez peu chez cet homme qui a fait preuve jusqu’ici d’un jugement et d’un équilibre exceptionnels. Il y a tout lieu de croire, au surplus, qu’il saura s’amender après avoir commis des faux-pas  », conclue-t-il.

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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