Morte coalition

Michael Ignatieff, nouveau chef du PLC

La coalition est morte, vive la coalition! Le rééquilibrage des forces politiques à Ottawa se déroule sous nos yeux. Quoi de mieux qu’une crise pour des jeux de pouvoir au parlement? Opportunités, suspense, jeux de coulisse peuvent être captivants jusqu’à l’hypnose, mais derrière les manoeuvres journalières, la politique canadienne est en train de se redéfinir profondément.

Les sondages prédisaient l’avenir : moins de 50% d’appui à la coalition dans le Canada anglais. Il aurait fallu que le budget soit singulièrement mauvais pour que Michael Ignatieff trouve profit à renverser le gouvernement. En attendant, celui-ci a fait le juste calcul qu’il valait mieux pousser le parti conservateur, tranquillement, vers le précipice, plutôt que de se jeter devant et prendre le volant à sa place. Le stratagème est ingénieux : trois rapports sur l’efficacité réelle des mesures prises, avant la fin de l’année. Chacun « sera l’occasion de renverser le gouvernement  », nous dit Ignatieff. Pour former une nouvelle coalition ? Certainement pas. C’est la renaissance du Parti Libéral du Canada qui est en jeu ici, pas la croissance de la crédibilité de la gauche.

Le budget boite

M. Ignatieff risque fort bien de gagner son pari et de réinstaurer la suprématie de son parti pour de longues années. Les mesures prévues dans le budget Flaherty ratent la cible et suivent la logique de la réduction de l’État à tout prix derrière une façade qui laisse croire que ces chiffres aient été pensés pour répondre à la crise économique. Il suffit d’examiner les choses de près.

20 milliards en réduction d’impôts, qui font suite aux réductions d’impôts de l’année d’avant, de l’autre année d’avant et à la baisse de la TPS de 2%. Pour la classe moyenne, les revenus additionnels que ces baisses représentent varient entre 50 et 200$. Ça devrait payer la hausse des dépenses à l’épicerie.

4 milliards donnés à l’industrie automobile ontarienne, sans aucune condition. GM peut bien fermer toutes ses usines au Canada, ou commencer à produire uniquement des Hummer, peu importe. Le gouvernement a un cadeau pour elle.

Les prestations reçues de l’assurance-emploi sont allongées de 5 semaines. Comme ça, si la crise dure cinq semaines de plus, les chômeurs seront protégés. En attendant, il n’y a toujours que 46,1% des cotisants qui ont droit, s’ils perdent leur emploi, à recevoir les prestations pour lesquelles ils ont payé.

Un crédit d’impôt est aussi octroyé à ceux qui voudraient faire des rénovations dans leur maison. Pas trop ! Maximum 10 000$. Sinon, rien ! Et, c’est aussi bien comme ça, parce que le crédit d’impôt est tellement petit qu’il couvre à peine le montant des taxes. Ceux qui voudront vraiment investir en ce temps d’incertitude devront se passer du crédit d’impôt.

Enfin, on a droit à 12 milliards prêts à être investis dans les infrastructures. Investir dans les infrastructures est une des meilleures choses à faire en temps de crise, parce que ça génère beaucoup d’emplois bien payés et prépare de manière parfaite la reprise prévue. Toute infrastructure appelle à être utilisée et engendre des gains de productivité… Le hic, c’est que le montant est conditionnel à un investissement des provinces. Ça tombe bien pour le Québec parce que ce sont des mesures déjà prévues, mais pour la plupart des autres provinces, ça ne tombe pas bien du tout. Leurs revenus sont déjà ou seront très bientôt affectés par la crise, quand ils ne sont pas déjà dans le rouge, ou à la limite de l’équilibre budgétaire. Qui dit que tous ces gouvernements seront prêts à basculer dans d’importants déficits ?

En bref, les mesures annoncées risquent pour la plupart de n’avoir à peu près aucune influence sur la santé de l’économie canadienne. La baisse de la consommation vers laquelle la crise entraînera vraisemblablement le pays ne sera jamais contrée efficacement par des crédits d’impôts conditionnels à des dépenses que personne ne fera ou par des revenus supplémentaires d’un poids ridicule.

Certains postes budgétaires risquent de n’être pas ou très peu utilisés, comme les subventions aux rénovations ou aux infrastructures. C’est là qu’entrent en jeu les rapports demandés par Ignatieff : cela se verra et cela jouera à son avantage.

Après, le Parti Libéral, s’il parvient à se faire élire, aura tout le loisir de proposer de vraies mesures de crise et de se targuer, quelques années plus tard, d’être parvenu à surmonter la tempête.

Faisons confiance aux Libéraux pour faire tout ce qu’il faudra pour se réinstaller confortablement au pouvoir.

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires