La peine de mort est une sentence en voie d’extinction dans les sociétés industrialisées et modernes. Certes, la façon dont elle est appliquée suscite pour le moins des questionnements éthiques alors que nous avons accès à toute une panoplie d’interventions plus humaine et respectueuse du corps humain que les autres. Cependant, je me propose de vous présenter une synthèse de ma philosophie politique de la sentence qui se centre sur le retour de la peine de mort. Le premier article de cette série se préoccupera des criminels et des torts qu’ils posent au genre humain.
Que nous le reconnaissions ou non, il y a une sorte de contrat social dans toute collectivité où des gens s’unissent pour vivre ensemble, en paix et en sécurité, pour partager des tâches et pour concrétiser des projets de divers ordres. Indirectement, je parle de la nécessité de l’État. Il est le moyen politique par excellence, légalement institué pour consolider la vie et sa subsistance sur un territoire. Il assure cela par le monopole, et l’usage au besoin, de la violence légitime. Tous, en nous unissant pour le former, nous lui transférons notre souveraineté individuelle pour que celle collective soit plus forte que toutes séparées, voire même plus forte que toutes les souverainetés additionnées. « L’attitude par rapport à l’existence individuelle dérive de cette volonté de préservation collective : d’une part, la puissance du groupe dépend de la vie de ses membres; d’autre part, la défense de chacun impose de restreindre et de désamorcer la violence interne, y compris en s’en prenant à l’existence de ceux qui refusent de se soumettre à une telle discipline », nous souligne Pascal Hintermeyer. Et dans cette phrase, il y a tout le condensé du contrat social : respect de la vie, défense des contractants (ou respectueux de la loi) et contrainte des infracteurs à cette vie (individuelle autant que collective).
Une fois la stabilité du Contrat créée, il faut l’assurer par d’autres principes, nommés lois. Elles vont baliser plus fortement le passage de l’être-ensemble au vivre-ensemble, de sorte à solidifier l’union des gens formant une collectivité. Et les lois vont servir principalement à l’encontre des gens qui nuisent à ce vivre-ensemble, troublant la paix : les criminels. S’il n’y avait pas de criminalité, il n’y aurait nul besoin d’un Code criminel. Ce sont donc les criminels les principaux instigateurs de l’édification d’une loi qui n’a à servir, dans les faits, que contre eux. Ceux-ci, par leurs agissements, ne portent pas en eux les principes sociaux qui sont le respect et la responsabilité à l’égard du Contrat (et de la vie conséquemment). Sans ce minimum, une société ne tiendrait guère longtemps. Nous pouvons dire que les lois n’existent que pour punir les criminels de leurs infractions tout en cherchant à garantir la sécurité aux gens respectueux du Contrat (État et loi étant synonymes).
La vie organisée en collectivité ne peut être cohésive que si chacun respecte la loi. Les infractions à celle-ci amènent des conséquences néfastes à la collectivité puisque la loi s’avère ainsi brimée dans ses propres droits sociaux d’organisation de la normalisation et de la cohésion (la loi fait l’ordre). Face à ces infractions qui lui sont faites, la collectivité a pour devoir moral de réagir pour sa propre survie et son émancipation à venir ; que de laisser libre les criminels dans une société instituée sur la paix, c’est courir à sa perte.
Sans sanction, les lois sont vaines et ridicules puisqu’elles ne sont que des mots, aucun geste pour les mettre en action, pour les mettre en réaction aux crimes. S’il n’y avait que des lois et aucune police, ni aucun juge, ni aucune prison et ni aucun gardien, les lois feraient le bien des méchants et le mal des respectueux des lois. Les peines prodiguées par la justice sont ainsi une mesure d’utilité sociale.
Lorsque les criminels commettent des crimes, c’est dans l’État qu’ils le font, et lorsqu’ils commettent ils se commettent contre la justice, bien public indivisible. Tout crime, pour s’exercer, a besoin d’une cible, d’une victime, et de lui nuire. Le crime fonctionne au vice, non à la vertu de l’ascèse, ou encore de s’auto-exclure de la société pour en fonder une autre. Lorsqu’un trafiquant de drogues agit, c’est pour distribuer un poison à une clientèle qu’il souhaite la plus vaste possible –cela se nomme un empoisonnement collectif– et il n’y a aucune utilité pour lui à être son seul client. Il se fait donc prédateur de la Cité.
Il n’y a rien à attendre des criminels puisque leur monde ne coïncide pas avec le nôtre ; en fait, eux violent le nôtre alors que nous cherchons à le développer, à nous émanciper et oeuvrons à l’amener plus haut et loin. Cependant, il faut bien le reconnaître, comme pour l’Église et l’État malgré leur séparation politique, le monde des criminels et celui des citoyens ne sont en fait que le même. Puisqu’il est le même, rien n’oblige à le partager avec des gens qui méprisent la vie. Il y a d’ailleurs très peu de criminels qui ne s’arrêtent dans leurs crimes avant que la loi soit formulée et dite, qui ne s’arrêtent par un soudain souci altruiste. Il faut que la loi prenne sa force par l’action des policiers pour que les criminels s’arrêtent de commettre leurs méfaits sociaux, non par eux mêmes.
Le criminel agit par choix, selon son libre arbitre. Même si ces conditions sociales l’orientent vers la facilité du crime, il peut refuser cette condition-là car il dispose toujours du libre arbitre pour s’en sortir. Mais il aurait très bien pu ne pas se tourner vers la criminalité et rester dans le droit chemin ; mais il a fait le crime. Le criminel a la ferme intention de sacrifier sur la place publique nos vies à tous pour son propre bien-être égoïste. Il est devenu coupable parce qu’il s’est d’abord fait criminel, l’ayant choisi et allant être forcé à l’assumer par la loi et la carcéralité de l’État. Par ses choix et surtout par sa volonté, le criminel a abjuré la raison commune, elle qui est la règle et la mesure sociale développée dans et part la collectivité. Puisque le criminel s’affirme ainsi en ne se refusant pas aux crimes, pourquoi ne pas lui octroyer une sentence proportionnelle à ses méfaits sociaux. Il est temps d’arrêter de victimiser le criminel et il faut le responsabiliser de ses actions en lui faisant prendre la pleine mesure de ses choix, comme pour tout adulte.
Par les lois que nécessite toute collectivité, certaines actions sont illégales et d’autres hautement répréhensibles. Par le libre arbitre que chaque criminel témoigne, la gradation des sentences s’en trouve ainsi légitimée, laquelle se clôt évidemment par la peine de mort pour les plus dangereux, les plus nuisibles à la société, et qui sont aussi impossibles à réhabiliter.
Toute cette pensée sur la responsabilisation s’inscrit donc dans une affirmation existentielle de l’État (par ses lois et sa justice) sur la volonté tout aussi existentielle du criminel, où chacun doit remplir ses devoirs : l’État en appliquant la loi du Contrat, et le criminel en recevant la sentence qui lui incombe. Dans ce face à face, un seul dispose de la légitimité et de la force morale du nombre à préserver le tout, à préserver l’être- autant que le vivre-ensemble. Le criminel qui trompe ou ment lors du procès ou encore qui fuit devant ou pendant sa sentence répète, à nouveau, le bris du Contrat.
Un crime grave ne peut pas recevoir la même sentence qu’un léger. Si on ne cumule pas les sentences, des crimes restent impunis. Mais dans cette proportionnalité des crimes à s’additionner selon la quantité et la gravité des crimes commis, à quoi cela sert-il, à qui cela peut-il être utile, de cumuler les sentences au-delà de la vie d’un humain ? Que de cumuler une peine de 185 années, comme Kenneth Lay (Enron), même s’il avait été dans les chairs de sa mère au moment de commettre son crime, il est évident qu’il ne fera pas ces années d’incarcération. Il vient un temps où la sentence proportionnelle ne sert plus à rien par rapport aux crimes du criminel.
Il y a des crimes qui sont trop odieux pour qu’un individu ne sache pas d’avance que ce qu’il s’apprêtait à commettre était fort de conséquences négatives. Le trafic et la conception de drogue (tel le GHB, drogue du viol ), les génocides, les ethnicides, la traite d’humains et tous ces crimes qui ont de multiples répercussions collectives et perdurent pendant de nombreuses années (tels les crimes financiers à la Bernard Madoff et à la Vincent Lacroix) sont du nombre. Face à de tels crimes, la réhabilitation n’apportera rien. Quelqu’un qui commet l’une de ces atrocités contre le genre humain n’a rien compris à la vie et cet individu prouve de facto, par ses gestes, qu’il n’est pas réhabilitable. Il faut se le dire : il y a des crimes auxquels il n’y a aucune réhabilitation possible. Les programmes sociaux de réinsertion et de réhabilitation ne fonctionnent pas tous ni ne fonctionnent sur tous les criminels ; c’est encore une question de résistance (par le libre arbitre) à la réinsertion de la part du criminel.
Si la société, ses savoirs et sciences ne sont pas capables de réhabiliter, il est nécessaire de mettre à mort l’irrécupérable. Pendant qu’il est en vie et en liberté, il est hautement dangereux ; pendant qu’il est incarcéré à vie, il détourne diverses ressources vers sa personne. Sans la peine de mort, il s’ensuit une minimisation du crime et de ses impacts dans la collectivité et auprès des victimes.
Étant mort, le criminel ne peut plus récidiver, aggraver la condition humaine des victimes qu’il a d’ailleurs créées, ni davantage créer de nouvelles victimes et n’occasionne plus aucun souci ni frais, à la fois à l’État, à la société et aux victimes, tout en n’accaparant plus les forces de l’ordre par des moyens et des raisons diverses. Celles-ci peuvent désormais se préoccuper de la prévention plutôt que de la répression. Mais à ne faire que prévenir, nous ne punissons pas ceux qui, tout de même par leur libre arbitre, ont choisi de s’adonner à la violence de l’être et du genre humains.
Commentaires
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