Rachida Dati : maman humiliée et politicienne déchue

Rachida Dati, ex-ministre de la Justice française

La ministre de la justice perd son poste et ira représenter comme deuxième candidate l’Île-de-France aux élections du Parlement européen en juin. Une chute spectaculaire infligée par le prince Sarkozy à celle qui fut pourtant l’élue-vedette, la numéro deux de l’UMP people. Même son retour ultra médiatisé après son accouchement éclair ne lui a pas sauvé la peau. Dès son retour, le 7 janvier, la presse occidentale alimente constamment la critique : mauvaise mère, mauvais exemple, mauvaise femme. De partout on la pointe du doigt, son tailleur me-revoilà et ses talons aiguilles ne-m’enterrez-pas-trop-vite font la une des grands quotidiens français. Les journalistes, spécialement les journalistes féminines, la blâme d’agir en homme politique; les féministes l’accusent de faire régresser un droit social durement acquis : le congé de maternité.

Le vendredi 2 janvier, Rachida Dati accouche par césarienne de son premier enfant. Mercredi le 7 janvier, à 11h tapant, elle se présente au conseil des ministres. La presse a été avertie, la ministre a elle-même annoncé son retour, les flashs crépitent, le scandale éclate, elle fera les journaux pendant les 7 jours suivant. Dans la quotidien britannique The Observer, on la traite de mauviette, incapable d’imposer aux élites de l’UMP le respect des droits des femmes. De partout fusent les critiques personnelles, allusions aux plaies probablement encore vives suite à la césarienne, on ose même mentionner que la ministre doit être aux prises avec de furieuses montées de lait. La décison qu’a prise Rachida Dati est personnelle, à la fois privée et politique, le retour au travail avec ou sans congé de maternité est un choix légitime. Par contre, le risque de se faire virer pendant son absence et le procès médiatique que lui a fait la presse le sont beaucoup moins.

Rachida encourage le mythe de la maternité glamour

Les journaux sont sortis interroger tout le monde : les féministes, en l’occurrence les Chiennes de garde, le Conseil national pour le droit des femmes, les pédopsychiatres, les ex-ministres ayant aussi accouché durant leurs fonctions, tout le monde a un opinion. Qui dit mieux ? Ségolène a accouché d’un enfant alors qu’elle était ministre de l’environnement. Elle pose 2 jours plus tard, le bébé à gauche, les dossiers à droite, bravo pour la conciliation travail-famille. Le problème avec Rachida, c’est que le bébé n’est pas dans la photo, elle seule y apparaît, prête à bosser, comme les autres politiciens. Le verdict : recul de la condition de la femme, décisison scandaleuse, mauvais choix pour l’enfant. D’ailleurs, le même écho se fait entendre ici, nos journalistes ont aussi crié au scandale et se sont apitoyés sur le sort du bébé privé de sa maman. Rachida, comme d’autres mamans-vedettes, donne une fausse image de la maternité. Faudrait-il qu’elle soit mère et uniquement mère ? Grosse question. Encore une : le congé de maternité est-il seulement pour les femmes « ordinaires  »? Un journaliste du Monde lance la nouvelle blague misogyne à la mode : « Chérie, arrête de dire que tu es fatiguée, t’as vu Rachida !  ».

Rachida, le symbole de la nouvelle France ? Tu parles !

Lors de sa nomination en 2007 à la tête de la Justice, ministère haut en importance s’il en est un, certains ont vu le nouveau visage de la France, une petite-fille d’origine modeste née dans les cités, une beurre (maghrébine), une ambitieuse, une travailleuse. Parfaite aux côtés d’un Sarkozy qui se fait élire en disant que les Français doivent travailler plus, parfaite pour réformer la justice française et resserrer l’étau autour de la racaille des banlieues. Et pourtant ! L’instrumentalisation politique est pratique courante, une fois les réformes scélérates entamées, dont l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans et les peines plancher pour les récidivistes, Sarkozy se dit déçu du travail de la ministre et congé de maternité ou pas, il ne se gêne pas pour l’envoyer faire un tour du côté de Strasbourg. Rachida Dati quittera donc l’Élysée en juin pour aller brader comme deuxième candidate, derrière l’ex-ministre de l’agriculture, les élections au Parlement européen. Nathalie Collard a écrit dans La Presse que l’exemple de Rachida démontre que le « prix à payer pour occuper un poste aussi important que le sien serait de faire comme si un accouchement était aussi banal qu’un traitement de canal  ». En fait, cela n’a pas suffit. Malgré ses prouesses de superwoman, Rachida Dati perd sur tous les plans.

Cet a paru dans l'édition Février 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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