La Guadeloupe aux Guadeloupéens?

Élie Domota, porte-parole du LKP

Une Guadeloupe indépendante ? Oui et non. Peut-être. Certainement pas. Pas dans les faits. Les grèves générales des deux derniers mois en Guadeloupe ont fait couler beaucoup d’encre. Des manifestations, des bris de voitures, des barrages routiers, des exactions de part et d’autre de la clôture, du sang et quelques morts. Un conflit patronat-prolétaires. La vieille histoire, quoi ! Cependant, sur les quelques 1600 km² de la Guadeloupe, l’émergence d’une telle agitation cause un désordre irréparable. Irréparable et difficilement définissable. Bien que Jacques Bangou, maire de Pointe-à-Pitre, qualifie ce mouvement social de « digne et solidaire  », il est indéniable que le département d’outre-mer français en restera profondément secoué. Le maire de la capitale de la Guadeloupe, en entrevue téléphonique à CHOQ.FM, admet que les grèves générales ont complètement « paralysé  » l’activité économique durant tout le mois de février, du nord au sud de la grande île des Antilles.

Ce conflit camoufle pourtant une conjoncture plus fondamentale encore. C’est le statut de la Guadeloupe qui est, par la force des choses, remis en question. Le chef syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, avec ses propos incendiaires des dernières semaines, propage l’image d’une population qui sort le drapeau rouge.

Les origines des grèves générales, mises en branle au début de l’année 2009, sont donc peut-être plus profondes qu’il n’y paraît. En plus des demandes de hausse de revenus pour les petits salariés, des analystes croient que le fondement de la présente crise provient de l’indignation enfouie dans le coeur de bien des Guadeloupéens. L’indignation de voir la majorité des postes importants occupés par des békés, des Créoles nés de parents blancs. La Guadeloupe, dans son statut d’ancienne colonie française, devenue un « département d’outre-mer français  », a conservé certaines caractéristiques coloniales, telle une économie en grande partie régie par des Français ayant la peau blanche. Élie Domota a d’ailleurs affirmé à grands cris, comme le rapportait France-2 au début du mois de mars : « Soit vous appliquez cet accord-là, soit vous quittez la Guadeloupe. Nous ne laisserons pas les békés rétablir l’esclavage.  »

Élie Domota, porte-parole du Collectif d’organisations syndicales (LKP), a certes le verbe facile. Mais son attitude haineuse ne fait pas écho à l’opinion de tous les Guadeloupéens. Sur le forum de DOMactu, le quotidien d’actualité des départements d’outre-mer français, on peut lire bon nombre de citoyens antillais qui ne corroborent pas les dires agressifs de Domota. Les termes « vipère présentant des signes de folie  » et « raciste  », utilisés pour qualifier la figure de proue du LKP, se démarquent distinctement. Un internaute pousse même l’audace en affirmant que « des dictatures naissent de tels hommes  ».

Le maire de Pointe-à-Pitre, quant à lui, croit que le conflit s’est plutôt révélé bénéfique sur le plan des rivalités raciales. « Le conflit a permis de mettre à plat ce qui reste des féodalités qui subsistaient entre le peuple et les héritiers colonisateurs.  » Toutefois, il ajoute que les rapports sociaux à l’intérieur même de la Guadeloupe, rapports profondément issus d’une lourdeur post-esclavagiste, risquent de se modifier radicalement dans un avenir rapproché. « Rien ne sera plus comme avant, dit-il, car tout le monde va batailler pour l’émergence d’un patronat guadeloupéen qui ait les moyens de s’exprimer.  »

Le jeune politicien Jacques Bangou affirme qu’il n’est pas à propos de redéfinir les rapports entre le département d’outre-mer français et la métropole. Or, « aucune modification statutaire  » n’est prévue de sitôt.

Il est difficile de savoir ce que veulent vraiment les Guadeloupéens, encore engouffrés dans cette crise interminable. Il est vrai que, d’un côté de la médaille, la position de la Guadeloupe dans la grande France peut être enviable. Leur quota d’aides sociales par habitant est effectivement au troisième rang des plus élevés des différents départements français. Il se chiffre à 713 euros, en comparaison à la moyenne française de 370 euros par habitant. Dans ce décompte, la Guadeloupe se trouve juste derrière l’île de la Réunion et la Martinique, deux autres départements français. Les remontrances de certains citoyens de la métropole envers la colère de leurs frères d’outre-mer sont justifiées jusqu’à un certain point.

D’un autre côté, le niveau de vie en France et celui en Guadeloupe n’ont rien d’analogue. Le taux de chômage en France avoisine les 8%, alors qu’en Guadeloupe, il frôle les 30%. L’autre côté de la médaille démontre donc clairement le besoin criant d’une meilleure gestion en Guadeloupe, qui ne peut que passer par un accroissement de l’aide à la population, c’est-à-dire, par l’aide sociale.

La présence d’hostilités entre Créoles d’origine autochtone et Créoles blancs est incontestable. Une post-colonisation dans la félicité est utopique. Au même titre qu’au Québec, les haines entre francophones et anglophones perdurent. Pour ce qui est de la Guadeloupe, il y a certes un certain non-sens à ce que, par exemple, les policiers qui gèrent une population basanée aient pratiquement tous la peau pâle ou que des bourgeois au teint de pêche gèrent des prolétaires à la peau cuivrée. A-t-on déjà entendu parler de haine raciale?

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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