Le siège social d’Hydro-Québec (Alexa Tymocko)
Plan stratégique contesté, projet informatique coûteux et rumeurs de privatisation. Dur début d’année pour Hydro-Québec. La rumeur de privatisation, que le Premier ministre Jean Charest s’est vite empressé de démentir, est sans doute la nouvelle qui a le plus retenu l’attention.
En novembre dernier, Mario Dumont, chef de l’Action démocratique du Québec, lançait aussi l’idée, en pleine campagne électorale. La proposition n’est pourtant pas nouvelle. Depuis les années 1980, avec l’essor du néo-libéralisme, le caractère public de la société d’État a été remis en question, çà et là. Si l’idée a toujours été défendue, elle a aussi fait face à de nombreux détracteurs. Tous disent avoir l’intérêt des Québécois comme priorité, mais qu’en est-il réellement ?
L’idée de privatisation est d’abord et avant tout une désapprobation du système actuel. M. Dumont reprochait en novembre à la société d’État de ne pas faire preuve d’efficience. Le 3 février dernier, Claude Garcia, ancien président des opérations canadiennes de Standard Life, abondait dans le même sens en présentant une étude, Comment la privatisation d’Hydro-Québec permettrait-elle d’enrichir les citoyens québécois?, conjointement avec l’Institut économique de Montréal (IEDM). La non efficience prouvée de la société créée en 1944 est donc la prémisse de base qui semble justifier une privatisation tantôt partielle, tantôt totale.
Deux principaux avantages se dégagent d’une privatisation partielle. D’une part, la vente d’actions permet une certaine liquidité instantanée. Dans l’hypothèse de M. Dumont, les dix milliards engrangés auraient pu servir à alléger de 600 millions de dollars par année les paiements du gouvernement en remboursement de la dette. D’autre part, la présence du secteur privé dans l’administration d’Hydro-Québec, tel un chien de garde, assurerait l’efficience de l’entreprise. « En privatisant partiellement Hydro-Québec […] le conseil d’administration […] aurait véritablement comme tâche de maximiser la valeur de l’entreprise pour l’ensemble des actionnaires et d’assurer une gestion serrée des opérations », soutient Marcel Boyer, vice-président et économiste en chef de l’IEDM.
Certains prônent plutôt la privatisation complète de la société d’État. Dans l’étude présentée en février, M. Garcia avance que le Québec s’enrichirait aussi de 10 milliards par an, après la période transitoire, si la société d’État passait entièrement au secteur privé.
Le plan mis de l’avant par M. Garcia s’échelonne sur dix ans. Une décennie durant laquelle l’entreprise devra rapidement passer au secteur privé, puis augmenter progressivement ses tarifs jusqu’au prix du marché. Les clients résidentiels payent en moyenne 6,8 cents le kilowatt/heure (kWh) au Québec. Si les Québécois payaient 11,4 cents le kWh, soit le même prix qu’à Toronto, les calculs de M. Garcia démontrent qu’Hydro-Québec générerait ainsi plus de six milliards de dollars supplémentaires chaque année. Il soutient aussi que les Québécois seraient plus sensibilisés à l’économie d’électricité et que l’énergie économisée pourrait alors être exportée à fort prix.
De plus, M. Garcia suggère que le gouvernement du Québec adopte la même stratégie énergétique que l’Alberta. C’est que la province la plus riche du pays a confié l’exploitation des ressources énergétiques au secteur privé et bénéficie plutôt de redevances avantageuses. Selon le plan proposé, cette redevance atteindrait, au Québec, la somme annuelle de huit milliards après la décennie de transition. Somme toute, la structure privée d’Hydro-Québec semble effectivement être rentable.
Si la privatisation d’Hydro-Québec n’est toujours pas chose faite, malgré que l’idée soit dans l’air depuis plus de 20 ans, c’est qu’une vaste majorité de la population, spécialistes confondus, s’est prononcée contre à maintes reprises. Quelques jours après la proposition faite par l’ADQ, un sondage Léger Marketing révélait que 53 % des Québécois étaient contre l’idée d’une privatisation, même partielle, de la société d’État. Dans une entrevue accordée au journal Le Devoir, Jacques Parizeau, qui voit toujours des avantages à la privatisation, soutenait que le simple fait d’évoquer une telle option a toujours créé au Québec un « soulèvement psychologique général » puisqu’Hydro-Québec est un « symbole de fierté nationale ». Or, la désapprobation de la privatisation est-elle une position fondée ou bien est-elle une réaction strictement instinctive, voire, émotive ?
La grande majorité des spécialistes doute de l’utilité d’une privatisation partielle, incluant ceux qui prônent la privatisation totale d’Hydro-Québec. Le secteur public y aurait toujours un rapport de force trop important. De façon générale, la privatisation partielle n’est considérée que transitoire. Une première étape à franchir avant la privatisation totale.
L’argumentaire des spécialistes qui s’opposent à la privatisation complète est, elle aussi, partiellement économique. Par ailleurs, Gabriel Ste-Marie, économiste à la Chaire d’études socio-économiques de l’UQÀM, s’en prend directement aux chiffres avancés par M. Garcia. Il soutient notamment que M. Garcia ne comptabilise pas les frais qu’Hydro-Québec paye en taxes, frais et intérêts au gouvernement dans son calcul. Ainsi, si ces montants étaient pris en compte, on constaterait que la société d’État rapporte déjà près de 10 milliards par an à la société québécoise.
De plus, M. Ste-Marie met de l’avant le fait que bon nombre de régions ont une économie qui dépend de la présence des alumineries subventionnées. « Retirer cet avantage ne signifie pas seulement perdre les emplois directement liés aux industries concernées, dit-il, mais aussi la faillite des petites et moyennes entreprises qui sont en lien avec ces secteurs économiques. »
Finalement, à l’argument économique s’ajoute aussi une dimension sociale. En tant que société d’État, Hydro-Québec a certaines obligations. L’entreprise doit, par exemple, verser annuellement 1 % de ses bénéfices nets en dons et commandites. De telles habitudes corporatives ne pourraient vraisemblablement pas être imposées à une entreprise privée.
Selon toute vraisemblance, le débat sur la privatisation d’Hydro-Québec refera surface tôt ou tard. Les deux options ont d’ardents défenseurs qui ont de solides arguments. Hydro-Québec pourrait être beaucoup plus rentable qu’elle ne l’est actuellement. Toutefois, les défenseurs du statu quo, quant à eux, rapportent le débat autour du concept de « Maître chez nous ». Dans cet ordre d’idées, le rôle sociopolitique de la société d’État prime sur le désir de maximiser les profits.
Les sympathisants des deux camps, à cheval sur leurs principes, réussissent à démontrer les bienfaits de l’une ou l’autre des alternatives. Il ne s’agit en réalité que d’une question de principes, d’idéaux. Les adeptes du néo-libéralisme, plus à droite, accorderont plus de crédibilité à l’argumentaire économique. Les défenseurs de la social-démocratie, campés plus à gauche, seront, quant à eux, plus sensibles aux enjeux sociaux. Le débat public entourant la privatisation d’Hydro-Québec servira donc à se positionner en tant que société.
Commentaires
merci cela m’a beaucoup aidé pour mon travail scolaire
camillePq vous mettez pas pourquoi il a été construi le siège social d’hydro-québec
JP