Les mille et une grèves

Quelques grafittis apparus pendant la grève du SPUQ

Grève à l’UQÀM. Pour plusieurs d’entre nous, ces deux mots semblent aller de paire. Que ce soit la grève des professeurs, des étudiants ou des employés de soutien, rares sont ceux qui s’en étonnent encore. Face à ce constat, une réflexion sur la récente grève menée par les professeurs semble d’autant plus urgente.

Un autre type de combat était-il possible ? Certainement ! lance Claude Hillaire-Marcel, professeur au Département des sciences de la terre et de l’atmosphère, ouvertement opposé à la grève. Selon lui, la question n’est pas de savoir si les revendications du SPUQ sont légitimes ou non, mais bien plus si l’action syndicale choisie est réellement la bonne. Comme l’explique M. Hillaire-Marcel, « il est surprenant, dans ce milieu de gens particulièrement éduqués, que la grève soit le seul moyen d’action envisageable ».

Dans une lettre d’opinion, M. Hillaire-Marcel s’adresse à Michèle Nevert, présidente du SPUQ, et déplore que le manque d’imagination du corps professoral ait mené « à un blocage dans lequel les étudiants sont pris en otage ». Plus loin, il ajoute : « Le SPUQ aurait pu faire appel à d’autres moyens d’action, plus tôt d’ailleurs, s’il jugeait que les négociations ne progressaient pas assez vite ». Par exemple, le fait de retenir la transmission des notes finales et des dossiers d’admission aurait pu avoir de lourdes conséquences administratives. Ou encore, il aurait été possible de saturer durant des mois tous les portails électroniques et téléphoniques des membres de la direction et du gouvernement en rappelant incessamment les revendications fondamentales des professeurs uqamiens.

Sceptique, M. Hillaire-Marcel affirme que cette grève, qu’il qualifie « d’absurde », entraînera avec elle une « saignée majeure dans les effectifs-étudiants de l’UQÀM à la rentrée prochaine ». Ceci ne semble pas être tout à fait faux. La pénurie de professeurs, leur sous-financement, un ratio étudiants/professeurs anormalement élevé et la grève actuelle sont autant de raisons pouvant décourager de nombreux étudiants qui considéraient l’UQÀM pour leurs études supérieures.

« Lorsqu’une grève est lancée, il n’est pas évident de l’arrêter », soutient M. Hillaire-Marcel. En effet, la confrontation entre le SPUQ et le ministère a atteint un point de non-retour, tout comme la menace d’annulation de la session mise de l’avant par Mme Nevert. Il faut aller jusqu’au bout, et ceci explique certainement l’appui à la grève de la plupart des associations étudiantes. Dans ce combat qui s’éternise, ce sont pourtant ces mêmes étudiants qui sont particulièrement pénalisés. Par exemple, au cycle supérieur, les travaux de recherche sont interrompus, tout comme les allocations faites aux étudiants qui y participent. Aussi, les étudiants étrangers sont parmi les plus grands perdants, étant venus de loin et défrayant des coûts bien supérieurs à la moyenne pour une éducation qu’ils ne reçoivent pas.

Ici et ailleurs, de nombreuses manifestations font rage dans l’espace public afin d’empêcher la privatisation de l’enseignement supérieur, de réinvestir dans cet enseignement et d’améliorer les conditions de travail des professeurs. La lutte menée par le SPUQ est en lien direct avec cette réalité, et elle est sans aucun doute justifiée. Comme le souligne M. Hillaire-Marcel, « où le bât blesse, c’est dans le modus operandi ». Ainsi, si les changements revendiqués par le SPUQ sont valables et incontestables, il faudrait peut-être reconsidérer les moyens utilisés pour les atteindre.

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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