Pour se ventiler l’esprit

À l’ère d’Internet où l’on peut, en un simple clic, connaître tout sur une foule de sujets, les livres d’introduction ont-ils toujours leur place? Il faut croire que oui puisqu’ils permettent à des universitaires de faire une synthèse de sujets parfois complexes, un peu éclatés, voire contradictoires. C’est ce que propose Francis Dupuis-Déri avec l’altermondialisme.

D’emblée, le mouvement est présenté comme une lame de fond, un ressac contre le néolibéralisme et ses dérives. Il s’agit d’une « convergence de mouvements sociaux et d’acteurs politiques  » s’exprimant dans le cadre de la mondialisation du capitalisme. L’altermondialisme est généralement analysé selon six grands axes : une réaction défensive des victimes de la mondialisation, une réaction conservatrice ou réactionnaire, l’antiaméricanisme, les contextes nationaux et régionaux, l’émulation et la mondialisation de l’activisme, le renouvellement de la gauche et de l’extrême gauche ainsi que l’effet de réaction discursive face au néolibéralisme.

L’auteur présente les principaux constituants de l’altermondialisme (blacks blocs, forums sociaux, Marche mondiale des femmes, syndicats, etc.), ses débats (réformistes/radicaux, contre-pouvoir/antipouvoir féminisme, etc.), ses principaux auteurs (Noam Chomsky, Naomi Klein, Susan George, etc.) ainsi que les temps forts du mouvement et la répression. Il relève aussi ses nombreuses contradictions. Une large place est faite à la place du Québec tandis que le passage sur « la bataille de Seattle  » est particulièrement vivant.

Francis Dupuis-Déri laisse dépasser son jupon idéologique, ce qui est globalement une excellente chose. Toutefois, ce biais colle parfois beaucoup moins à la réalité. Il y a, par exemple, ce coup de poing envoyé au Parti québécois : « Plusieurs nationalistes au Québec sont racistes et s’inquiètent de la pression de la concurrence internationale sur les entreprises détenues par des Québécois « de souche  », sans parler de leur attitude paniquée face à l’immigration. » Il nuance en mentionnant que certains d’entre eux ont développé un discours libre-échangiste, tel Jacques Parizeau. Cela dit, un tel coup porterait mieux s’il était lancé au Front national ou à l’extrême droite européenne.

Essentiellement descriptif, il s’agit d’une bonne introduction à l’altermondialisme. Il aurait été intéressant de savoir ce qui fait qu’un auteur peut être classé dans cette catégorie. Ricardo Petrella est-il altermondialiste, par exemple ? Le livre de poche finit sur une note libertaire. Chose certaine, les 10 premières années du mouvement sont certainement un prélude à un mouvement social qui semble aller en s’amplifiant.

Francis Dupuis-Déri, L’Altermondialisme, Boréal, 2009, 128 p.

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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