" La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison." – Jean Jaurès (1859-1914)

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Si le Québec est une institution laïque, alors il l’est, et il faut en tenir compte dans nos agissements citoyens. Mais les agissements ces derniers mois des élus laissent penser le contraire. D’abord, le refus des élus nationaux de retirer du Parlement le crucifix (symbole catholique, non-musulman, non-juif), et ensuite toutes ces prières récitées par des maires et leurs citoyens. Qu’en est-il de la laïcité au Québec ?

La conséquence première du Rapport sur les pratiques d’accommodements raisonnables (Bouchard-Taylor) est que celui-ci a été mis sur une tablette dans la journée-même, et ce, par un parti politique pour qui l’être humain n’est qu’une patate chaude à gérer et qui ne mériterait que d’entendre parler d’économie. Mais si ce rapport avait été appliqué quant à sa proposition de laïcité ouverte, celle-ci aurait pour conséquence d’ouvrir le Québec à davantage de multiculturalisme, ou d’interculturalisme si vous préférez, pour reprendre l’expression des commissaires.

La laïcité ouverte, telle que le préconisent le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard, consiste à permettre l’intrusion de la religion (et l’Église conséquemment) dans l’espace public en autorisant le port de symboles religieux, et ce, au nom de la tolérance. Comment distinguer l’aspect politique de la ferveur religieuse lorsque la foi est véhiculée publiquement, au sein des institutions publiques ? Pour le moins, c’est difficile à distinguer l’un et l’autre, l’un de l’autre.

Mais, d’un autre côté, l’État reste-t-il neutre face à l’Église lorsque ses acteurs publics portent les symboles de leurs croyances ? Avec le rapport sur les accommodements raisonnables, Charles Taylor redéfinit ce qu’est la laïcité pour la conformer au multiculturalisme canadien –d’où cette idée de laïcité ouverte–, alors que les Québécois ont été réfractaires au multiculturalisme. Quant au Mouvement Laïque québécois (MLQ), il prône la laïcité, sans adjectif, soit la séparation de l’État des Églises, laquelle permet encore et toujours la liberté de croyance. Celle-ci, dans un État laïc, « ne confère nullement aux croyants ou aux incroyants le droit à quelque assistance des pouvoirs publics et des institutions pour l’expression de leurs convictions respectives  », comme le souligne Henri Laberge, ex-président du MLQ.

Il n’est pas étonnant que Charles Taylor air proposé une laïcité ouverte puisque ce penseur est en faveur d’un nivellement des cultures pour qu’elles ne puissent plus se distinguer les unes des autres sur une base nationale, ce qui est pourtant le propre des peuples; chacun est distinct des autres, notamment par sa culture, même si ces peuples ont une histoire en partie commune. Cela dit, la laïcité ouverte, a des conséquences à l’échelle canadienne, notamment pour la culture francophone résidant au Québec. S’il y a bien un fait de certain, c’est que les Québécois sont et forment un peuple, et qu’ils disposent d’une culture bien distincte de celle des anglophones du Canada, laquelle est bien distincte de celle de nos voisins du Sud, même si ces cultures sont toutes deux issues de la même origine anglo-saxonne. Il est donc faux de voir ces peuples à titre de communautés culturelles comme les autres (juifs, musulmans, etc.) dans ce Canada, si uni soit-il. Cependant, à titre informatif, la Constitution ne reconnaît légitime aucun peuple, ni au Québec ni dans le reste du Canada, sauf pour les premières nations ou encore qu’à un niveau politique, tel que pour ce prétendu événement fondateur ayant culminé en 1867. Dans cette Constitution, il n’y a que des communautés (linguistiques, religieuses) reconnues. Et pourtant, chaque peuple est distinct des autres.

Certes, la province du Québec est laïque, mais il semble pertinent d’établir clairement, suite à ce rapport vite oublié par les élus de l’Assemblée nationale, ce qu’est la laïcité et de quelle laïcité nous parlons au Québec, ainsi que sa portée et ses limites en matière de vivre-ensemble québécois. Cette question est toujours d’actualité, car certains maires du Québec bafouent ce principe de séparation de l’État des Églises. Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, ayant refusé de se soumettre à l’avis de la Commission des droits de la personne, a été forcé par la Cour de retirer la prière lors de la tenue des conseils municipaux de cette ville. Cela avait tout de même coûté quelques 240 000$ de deniers publics avant qu’il n’obtempère. Il en a été de même pour les maires de Verdun et de Valleyfield, geste que n’ont pas encore fait les maires de Trois-Rivières, Yves Lévesque, et de Saguenay, Jean Tremblay.

Pourtant, au nom de leurs convictions personnelles religieuses, ces deux maires récalcitrants face aux recommandations de la Commission occasionnent des dépenses publiques pour la défense personnelle de leur foi. Évidemment, ceci brime les droits des citoyens qui n’ont aucune religion, en plus de brimer la neutralité de l’État et de ses institutions publiques. Au nom de leur liberté d’expression –ce qui n’est pas la même chose que la liberté d’expression religieuse–, les maires de Saguenay et de Trois-Rivières briment celle de tous leurs concitoyens, et indirectement, de tous les Québécois, catholiques et autres. Et pourtant, il est si simple de conserver ses convictions religieuses à un niveau personnel, dégagées et éloignées de ses fonctions publiques, de l’espace public.

Comme le disait John Locke, penseur anglais, « le culte religieux est cet hommage que rend le croyant à son dieu, qu’il adore d’ailleurs à la manière qui lui sied et où il ne s’agit que d’un commerce qui n’a lieu qu’entre cette divinité et le croyant lui-même ; celui qui le gouverne, voire ses voisins, n’y ont aucune part. » Lorsque des maires font leur prière en public, peu importe la divinité à laquelle ils s’adressent, ils menacent la paix de la laïcité. Ainsi, ils détournent le bien public vers l’usage privé. En somme, ils abusent de nous en abusant de leurs fonctions publiques.

Peut-être que l’une des méthodes simples pour vraiment séparer l’État des Églises, donc le pouvoir politique du « pouvoir  » religieux, c’est de confronter les croyants avec l’impossibilité qu’ils ont de prouver l’existence de leur divinité. En fait, c’est même plus simple que cela : pourquoi leur divinité ne viendrait-elle pas, elle-même, réciter la prière ? C’est parce qu’elle n’existe pas. Fin des sottises!

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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