Quebecor : la loi du plus croche

Noée Murchison, journaliste en lock-out

" Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle «  -Thomas Jefferson

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Ayant contribué à l’épopée d’Union Libre, Noée Murchison a gravi les échelons du journalisme québécois pour finalement se retrouver en lock-out avec ses compatriotes du Journal de Montréal. Cet énième conflit de travail médiatique est-il, hélas, un autre symptôme d’un cancer généralisé de la presse écrite? Assistons-nous au triomphe du tout-à-l’économie sur les idéaux démocratiques? État des lieux.

Le 24 janvier dernier, les journalistes syndiqués du Journal de Montréal (JdeM) ont été flanqués en lock-out sans motifs valables. Cela n’augure rien de réjouissant pour un métier déjà en berne. Devant le spectre du conflit de plus d’un an qui a frappé leurs collègues du Journal de Québec récemment, la tradition de scab institutionnel chez Quebecor et le prétexte classique du ralentissement économique, les lock-outés du JdeM devront s’armer de patience.

Noée Murchison est du lot des naufragés qui se sont rabattus sur le site ruefrontenac.com pour faire avancer leur cause. « Ce conflit de travail était parfaitement évitable étant donné la situation financière du JdeM. Ce lock-out a été planifié, il fait partie d’un phénomène de « convergence illimitée  » et de « debranding  » du JdeM, autant d’écueils pour la qualité et la diversité de l’information journalistique au Québec », vocifère calmement la jeune journaliste bien connue pour son flair et sa rigueur dans le milieu journalistique. « Le choix de nous mettre en lock-out est très drastique. Avec la mise sur pied de l’agence maison QMI et la désaffiliation de la Presse canadienne, Quebecor prend les grands moyens pour accroître son contrôle sur le monde médiatique. Cela ne peut que réduire davantage les sources locales à long terme, puis minimiser le temps dont les journalistes disposeront pour cueillir, analyser et réfléchir sur l’information. On veut faire de nous des professionnels de relations publiques plutôt que des journalistes indépendants  », dénonce-t-elle.

En somme, le conflit au JdeM reflète bien la valse, voire le déclin, du journalisme écrit dans le monde. Les rares survivants doivent miser sur l’émotion et la légèreté plutôt que sur l’analyse critique en profondeur. Dans un tel contexte, l’émergence du journalisme sur Internet peut prendre la forme d’une bouée de sauvetage pour un métier fortement précarisé. « Les blogues et les chroniques Web permettent une démocratisation sans précédent de l’information. Les journalismes écrit et électronique sont complémentaires, pas en compétition  », fait valoir Noée.

Lors d’une avant-première de leur documentaire Derrière la Toile – le 4e pouvoir, Jacques Godbout et Florian Sauvageau ont également livré leur perception d’un monde médiatique en profonde mutation avec Internet qui pénètre dans l’univers journalistique avec la délicatesse d’un éléphant dans une boutique de céramique. Si une nouvelle nous était jadis livrée comme un cours magistral, elle prend maintenant la forme d’une conversation, argumente Florian Sauvageau, cette icône de l’enseignement du journalisme au Québec. Or, cette conversation conduit à des dérapages, à savoir une surinformation et souvent une désinformation difficiles à gérer dans l’espace anarchique d’Internet.

Bref, le journalisme contemporain est un domaine, une industrie dira Quebecor, qui tâte un peu partout pour retrouver ses repères. Dans la plupart des cas, les groupes de presse misent sur la convergence pour accroître leur emprise sur la bataille de l’information. Avec pour résultat des journalistes talentueux contraints de « vendre  » leurs produits au plus offrant. Et ce, dans l’intérêt le plus éloigné du droit du public à une information de qualité. « Syndiquez-vous  », qu’ils disaient…

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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