Alors que le Financial Times évoquait déjà la possibilité d’une récession « imminente  » aux États-Unis dans un article du 30 octobre 2008 intitulé « Consumer data raise recession fears in US  », l’économie canadienne semblait tenir la route. D’un côté, la consommation connaissait son premier semestre en baisse depuis 1991 aux États-Unis (baisse annualisée de 3.1 %), de l’autre, Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances du Québec, y allait d’annonces optimistes : « Ça va surprendre plusieurs personnes de cette Assemblée. Non seulement pour cette année, mais également pour l’an prochain, le budget [du Québec] sera équilibré  ». Sachant que l’économie canadienne est intimement liée à celle des États-Unis et que des prévisions de ralentissement économique mondial fusaient de toutes parts, comment l’économie canadienne aurait-elle pu éviter la crise ? Semble-t-il que Mme Jérôme-Forget, « avec les données dont elle disposait  », pouvait croire que le Québec allait s’en tirer indemne. Rien à voir donc avec les élections, évidemment ! Tout le monde vous le dira. Et puis si la dame à la sacoche de fer nous le disait, il fallait bien le croire. Nous proposons ici un rapide coup d’œil sur une réalité économique canadienne qui ne peut être ignorée. Nous traiterons (modestement) de la dépendance économique canadienne à l’égard du voisin du sud. Notez que depuis la réalisation de cette enquête, Statistiques Canada a révisé ses données de manière rétroactive comme elle le fait annuellement.

Commerce et échange

L’analyse du bilan macro-économique des comptes nationaux indique que l’économie du Canada est fortement tributaire de celle des États-Unis. On constate qu’environ 80% des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis et que cela représente près de 25% du PIB. À côté, les données correspondantes des autres partenaires économiques canadiens semblent dérisoires : moins de 10% de la valeur des exportations va à chaque partenaire. Ces chiffres indiquent que le quart de notre produit intérieur brut est directement corrélé à notre capacité à exporter sur le marché américain et ce, depuis 1994 (signature de l’ALENA). Notons que depuis 2000, la part des exportations aux États-Unis en pourcentage du PIB tend à diminuer et que depuis 2005, la valeur absolue des exportations aux États-Unis a connu une baisse de 1,89% en 2006 et de 1,48% en 2007, passant de 368,4 milliards de dollars à 356,1 milliards. Toutes choses étant égales par ailleurs, une diminution des importations américaines de produits canadiens peut donc avoir un impact significatif sur le PIB canadien. Jusqu’à 2008, la variation du produit intérieur brut aux prix de base calculé sur la balance des paiements demeurait relativement forte lorsqu’on la compare avec la chute du taux de croissance du PIB de la crise du début du siècle : 9,91% en 2000, 3,22% en 2001, 3,54% en 2002, 5,62% en 2003, 6,42% en 2004, 6,47 % en 2005, 5,88% en 2006, 6,05% en 2007. En d’autres termes, le taux de croissance du PIB passait de 9,91% en 2000 à 3,22% en 2001, alors que la chute n’a pas été aussi importante entre 2004 (6,47%) et 2007 (6,05%) ce qui laissait entendre que l’économie ne se trouvait pas particulièrement affectée en 2007. Du point de vue de la production uniquement, l’économie canadienne semblait donc, au moment où Mme Jérôme Forget s’est prononcé sur la capacité du Québec à éviter la crise, ne pas subir trop fortement les contrecoups de la situation américaine, même si on aurait pu supposer qu’elle se voie affectée à terme.

En matière d’investissement, le Canada demeure très dépendant des États-Unis, alors que plus de 55% des investissements directs étrangers, des investissements de portefeuille et plus de 45% des autres investissements proviennent des États-Unis. Fait à noter, seuls les investissements de portefeuille sont en baisse depuis le premier trimestre 2007, poste qui, sur le total des investissements, est aussi le seul à avoir diminué depuis le dernier trimestre de 2006, passant de 529,5 à 506,9 milliards de dollars. L’impact de la baisse des investissements de portefeuille totaux ne peut cependant pas être uniquement attribuée à la baisse des investissements américains, étant donné que le graphique révèle une baisse de 2,55% de l’importance des investissements américains de portefeuille au Canada par rapport au total de ces mêmes investissements. Il en résultait, au moment de faire cette analyse, un impact minime de la crise américaine sur le bilan des investissements au Canada, bien que la dépendance du Canada demeure évidente.

Ce que cela signifie en dernière analyse, c’est que l’économie canadienne est dépendante de celle des États-Unis. Ce n’est pas une grande nouvelle, en effet. La question est plutôt de savoir comment une crise économique sérieuse aux États-Unis aurait pu être évitée au Québec si 80% des exportations canadiennes vont à des entreprises américaines et si plus de 50% des investissements au Canada proviennent des États-Unis.

Cet a paru dans l'édition Avril 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

Commentaires