Aquingate

Mur adjacent au Café Aquin

Les fresques révolutionnaires, les slogans parfois extrémistes, les messages sympathiques et accueillants et les œuvres improvisées gisaient là, couverts d’une déplaisante couche de peinture mal agencée encore toute fraîche. L’acte aurait été commis vers la mi-août, tout juste avant l’arrivée des étudiants, probablement pour éviter le lynchage du pauvre peintre qui a dû se taper la tâche.

Les spéculations vont dans tous les sens, mais il semble y avoir consensus parmi la population étudiante que cela était un acte direct de confrontation… À moins que ce fût pour nous punir d’avoir soutenu la grève l’an dernier ? Ou bien encore, peut-être que l’administration voulait redorer son image publique ? Peut-être un étudiant avait-il laissé un slogan trop indécent ? Eh bien non ! Invitée à s’expliquer, l’UQAM a indiqué que le pavillon Hubert-Aquin a enfin pu « profiter […] pour son 40e anniversaire […] d’un grand ménage afin de pouvoir offrir aux membres de sa communauté des installations accueillantes  ». Explication qui manque un peu de dramatisme pour certains, vous l’aurez compris.

Les premières fresques étaient apparues, selon les estimations, vers 1996, et avaient toujours été tolérées depuis. Tout un choc donc du côté des associations étudiantes qui croyaient qu’il était entendu d’office avec les Services d’entretien que les murs étaient sacro-saints. La coutume ne semble cependant pas avoir fait loi et la directrice du Service d’entretien des composantes architecturales, Odette Béliveau, a nié tout accord de ce genre : « Pas du tout, répond-elle, il s’agissait simplement d’une tolérance tacite.  » De plus, cette rumeur a récemment été nourrie du fait que des contracteurs privés ont été engagés pour accomplir le travail. Ce à quoi Mme Béliveau a répondu que le service était simplement débordé et que l’emploi de personnes externes était nécessaire. Les coûts de « l’opération peinture  » qui s’étendait, semblerait-il, aux autres pavillons, s’élèvent à un peu moins de 13 000$.

L’UQAM n’a pas jugé bon de négocier avec les étudiants ni même de transmettre l’information au moment d’effacer les couleurs des corridors des sciences humaines. Dans une telle atmosphère d’incertitude, les rumeurs foisonnent, les réunions secrètes pullulent, les discussions désabusées se propagent et des complots se trament… Certains soupçonnent même l’administration de vouloir facturer le coût de la remise à neuf aux diverses associations étudiantes entourant le Café Aquin, ce qu’a nié le Service des communications. Toutefois, Union Libre a appris que les Services à la Vie Étudiante ont rencontré les représentants des conseils exécutifs de ces mêmes associations et leur ont offert de subventionner un projet étudiant pour décorer à nouveau les corridors… et ce, comble de l’ironie, à hauteur de 13 000 dollars !

Cela n’est pas trop surprenant, car quiconque est retourné sur les lieux de l’incident dernièrement a sûrement remarqué que l’esprit créatif de certains étudiants n’a pas été réprimé par la censure monochrome. Agents de sécurité tentent peut-être tant bien que mal d’empêcher que d’autres créations soient commises, mais ils restent impuissants devant ce raz-de-marée de compositions improvisées et spontanées. L’UQAM ne semble pas avoir pris bonne mesure de cette propagation, qu’elle estime manifestement être de simples graffitis. Aucune discussion n’avait été entamée avec les étudiants, ce qui aurait été au moins un premier pas vers un rapprochement après des années de tensions, de magouilles, de crise et de grèves.

Alexandre Caron, étudiant en science politique, se désole de voir le paysage du Aquin retrouver un ordinaire ennuyeux : « C’est dommage que l’UQAM n’ait pas voulu conserver ces dessins-là : d’accord ou pas avec ce qui était écrit, ça faisait partie de l’histoire de l’université, qui ne peut pas se cacher d’avoir un eu passé engagé.  » Néanmoins, il est vrai que depuis la dernière grève, les messages avaient débordé dans l’espace et pris un ton plus provocateur. Mais la direction n’a pas pu concevoir qu’il y avait là un lègue important des étudiants des années précédentes, et une occasion de préserver une partie de l’identité de cette micro-société, qui va bien au-delà des irritants laissés par scandales et crises.

Cet a paru dans l'édition Octobre 2009 de l'Union Libre. Si vous souhaitez y réagir, nous vous invitons à écrire un article qu'il nous fera plaisir de publier. Alternativement, vous pouvez laisser un bref commentaire ci-dessous.

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